Chez « les Écologistes » du Doubs, une affaire de VSS mal traitée qui fait à nouveau tache

Alors que beaucoup d’encre a été versée à l’égard du socialiste Jean-Sébastien Leuba, c’est surtout un autre dossier qui aurait pu plomber « l’union de la gauche » durant l’entre-deux-tours des dernières élections municipales à Besançon : l’histoire d’un encarté écologiste et figurant sur la liste « Besançon Vivante, Juste et Humaine », accusé de graves violences physiques et sexuelles par son ex-compagne en 2024. Un cas bien documenté mais resté extrêmement discret, confiné dans les seules arcanes du parti. Jusqu’à son explosion récente en interne, suscitant des interrogations au sein des troupes et allié·e·s. Si le mis en cause a toujours nié l’adoption de comportements litigieux et que le volet judiciaire s’est depuis orienté vers un « classement sans suite », restent des questions politiques plus que jamais d’actualité.
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Il y a un an, la presse nationale déjà au rendez-vous
Dans un dossier publié le 12 mai 2025, le média « Reporterre » retraçait les tenants et aboutissants d’une affaire de brutalités conjugales. « Entre la nature des faits reprochés et le traitement opéré par les instances, j’ai eu un haut-le-cœur. Si à l’époque nous avions su de qui il s’agissait, les choses auraient été très différentes » tempête une petite main, membre de la « société civile » très engagée durant la campagne. Car si ce papier brosse précisément chronologies et témoignages, il ne cite néanmoins aucun nom, territoire ou élément permettant d’identifier les protagonistes. Or, l’intrigue évoque bien une situation qui s’est déroulée dans la capitale comtoise début 2024, visant un cadre « les Jeunes Écologistes » exclu de cet organe dès l’ouverture du contentieux. Avant d’être immédiatement repris par « les Écologistes », avec un poste « d’assistant parlementaire » à la clé.

Mais par le truchement d’un message anonyme adressé à quelques partenaires, ce passif refait surface progressivement courant mars 2026. « Ça ressemblait à un habituel règlement de compte entre chapelles, mais le fond ne pouvait cependant qu’interpeler. On a été plusieurs à demander des explications, on nous a alors assuré qu’il s’agissait d’une simple dispute qui avait un peu dégénéré. Un souhait s’était quand même dégagé pour éloigner l’intéressé, par application du principe de précaution. Mais il a été maintenu, pour ne pas dire imposé. Alors on en est resté là, je dois reconnaitre. Ce n’est qu’après qu’on a appris les détails exacts, pour beaucoup ça a été la douche froide et une colère intense. Je ne sais pas comment on a pu en arriver là, si ce n’est une logique de clan bien rodée, où les intérêts passent parfois avant les valeurs » confie encore un autre colistier de premier plan.
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Logo de la formation « les Écologistes – Franche-Comté », adopté fin 2023 – capture d’écran « Facebook ».

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« On aurait dû l’écarter »
Dans la recomposition qui suit la défaite inédite de la gauche, le sujet commence néanmoins à s’inviter au sein des débats. « On n’en parle pas ouvertement, c’est tabou. Mais à un moment ou à un autre, ça finira par revenir, donc autant prendre le taureau par les cornes une bonne fois pour toutes. La cellule des ‘Jeunes écolos’ indique que c’est l’un des pires cas traités cette année-là, mais on le refourgue en place éligible à un scrutin aussi majeur… En se cachant derrière un classement sans suite, qui n’est d’ailleurs pas une relaxe ! Alors qu’on en fasse pas tout un foin par respect des institutions, d’accord ; mais a minima, on aurait dû l’écarter de ces échéances. C’est bien d’avoir des discours et propositions féministes, mais ça aurait été mieux d’agir concrètement. Surtout que la parlementaire qui est citée, elle n’en est pas à son coup d’essai dans ce registre » fulminent deux militantes environnementalistes.

Contacté·e·s par nos soins, les écologistes Dominique Voynet, Anne Vignot, Anthony Poulin et Cécile Prudhomme nous ont répondu dans la foulée par un texte commun : « Dès la prise de connaissance des éléments relatés, en février 2024, un signalement a été transmis au procureur de la République, ainsi qu’à la cellule de lutte contre les violences sexistes et sexuelles des Écologistes. À l’issue des auditions conduites par les services de police, le procureur de la République a prononcé un classement sans suite. De son côté, la cellule de lutte contre les violences sexistes et sexuelles des Écologistes a estimé que les éléments portés à sa connaissance ne justifiaient pas l’ouverture d’une procédure d’enquête. Dans l’attente de ces décisions, des mesures conservatoires avaient été mises en place à titre préventif, notamment un retrait temporaire des réunions et des instances de représentation ».
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« Collages féministes Besançon », slogan collé sur une aubette : « résolution 2024 – remettre en question mes comportements violents » – capture d’écran « Instagram ».

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Quel destin si la majorité sortante avait été réélue ?
Balayant toute volonté d’omerta, le quatuor indique également que « ces mesures ont été conduites avec toute la discrétion nécessaire, afin de préserver la dignité des personnes concernées et de ne pas les exposer inutilement ». Même avec ces explications, il n’en demeure pas moins un sentiment de « profond malaise » quant à la « brutale découverte des faits » et la « constante relativisation des écologistes sur le sujet », selon la formule d’une énième interlocutrice dernièrement avisée, d’autant plus touchée que « Anne Vignot avait fait de la lutte contre les violences sexistes et sexuelles un leitmotiv de son mandat ». Concernant le responsable ciblé, celui-ci, toujours en fonction au palais Bourbon, n’a pas donné suite à nos demandes. Rappelant que sur les délais de prescription, une infraction peut être poursuivie dans un délais de six ans pour les délits et de vingt ans pour les crimes.

Un contexte lourd de sens, qui aurait pu avoir des incidences en cas de reconduction d’Anne Vignot à la tête de la cité. C’est d’ailleurs cette perspective qui froisse encore celles et ceux interrogé·e·s, une large part estimant que cet hypothétique futur élu n’aurait eu aucun mal à rafler un portefeuille conséquent. « On entendait çà et là qu’il devait être nommé premier adjoint, c’est évidemment une exagération. Mais ce qui était certain, c’est qu’il aurait été dans l’exécutif avec un poids réel » nous relate notre source initiale. « Sans même évoquer la possibilité que la victime ou le parquet relancent les choses, ça aurait eu quel sens si cette personne avait hérité de charges comme l’égalité femmes/hommes, la citoyenneté ou la famille ? Okay il n’a pas été pas condamné et ne le sera sans doute pas, mais c’est aussi notre devoir que d’aller un peu plus loin que le seul verdict des tribunaux ».

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Illustration d’en-tête : Cession collage par « les Écologistes – Franche-Comté » le 27 janvier 224 à Besançon, dans le cadre de la campagne électorale des européennes en faveur de Marie Toussaint – capture d’écran « Facebook ».