Dans le sillage de « l’affaire Lyhanna », une onde de choc populaire
Besançon, Belfort, Vesoul, Lons-le-Saunier, Dole, Pontarlier… Lundi soir, de nombreux rassemblements étaient organisés devant les principaux tribunaux de la région. Un ralliement logique pour bien des participant·e·s, mais qui, après réflexion, n’a finalement pas toujours fait l’unanimité. « Venir ici, c’est dire que le problème est surtout du côté des magistrat·e·s. Certes, il y a là aussi des remises en question à effectuer. Mais le fond de ce dossier, c’est sans doute davantage, les politiques menées, au niveau du gouvernement et de l’État, c’est donc devant la préfecture qu’il aurait fallu faire éclater sa colère » explique un retraité. Rapidement, sur place, les discours vont d’ailleurs en effet s’enchaîner contre l’exécutif, le ministre de la Justice Gérald Darmanin en tête.
Avec l’émoi suscité au national, c’est « l’intersyndicale féministe du Doubs » qui a lancé cette initiative dans la capitale comtoise. En mémoire de Lyhanna, fillette de onze ans tuée le 29 mai dernier par un pédocriminel récidiviste. Mais, aussi, pour dénoncer plus largement la situation, en particulier le manque persistant de considération pour les « violences sexistes et sexuelles » ainsi que la « protection de l’enfance ». État d’esprit patriarcal, culture du viol, absence de réels moyens vont ainsi être brossés, notamment par des membres de la « Fédération Syndicale Unitaire » (FSU), devant près de trois cents personnes réunies pour l’occasion. Une série de mots, un cri de rage, une minute de silence, avant d’achever sur le controversé « hymne des femmes ».
Entre-temps, plusieurs voix ont tenu à prendre la parole. Celle d’une victime d’inceste, tout d’abord ; violée par ses frères, elle explique que ses plaintes n’ont jamais abouti. Ce qui ne lui a pas permis d’obtenir justice, de se reconstruire, de tourner la page. Détruite par ce qu’elle a vécu, elle dégradera le domicile d’un de ses agresseurs… Lui valant poursuites et condamnation. Pour elle, les fautifs restent les juges qui ne l’ont pas écoutée. « Nous, on te croit » scande alors la foule, face à ses sanglots. À deux pas, une mère de famille apparaît tout aussi bouleversée, elle qui a perdu son fils de huit ans en 2023, abattu par son ex-compagnon violent. « Nous ne sommes pas des faits divers, mais le fruit des dysfonctionnements de la police, de la justice et de l’État » achève ces témoins. .
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À la faveur d’événements médiatiques particulièrement choquants, il est coutume de voir une ribambelle de déclarations, plus ou moins creuses ou plus ou moins sincères, émaner de nombre de responsables politiques. Des sorties qui prennent une toute autre couleur lorsqu’elles sont confrontées aux faits. Ainsi, il ne fait pas bon rappeler au député « MoDem » Laurent Croizier son alliance avec Ludovic Fagaut, nouveau maire de Besançon, dont l’action au département – dont il est vice-président – est pourtant limpide : 452 000 € de réduction des budgets de la protection à l’enfance entre 2024 et 2025. C’est un membre de la rédaction du « Ch’ni » qui en a fait les frais, son commentaire étant supprimé et son compte bloqué sur la page « Facebook » du député, pour avoir simplement rappelé cet élément pourtant factuel. Une coupe budgétaire justifiée par Christine Bouquin, présidente « LR » du département, par les restrictions imposées par le gouvernement, que le parti centriste a pourtant soutenues et dont le président, François Bayrou, a même été un temps Premier ministre.
Autre élément peu cohérent avec les grandes déclarations de l’élu doubien, son soutien appuyé à son président de parti, François Bayrou justement, dans le cadre de la dénonciation des violences corporelles et sexuelles commises sur les élèves de l’institution Notre-Dame de Bétharram. Lourdement mis en cause dans le maintien de l’omerta autour de décennies d’abus en tous genres dans l’établissement, le président du « MoDem » bénéficiera pourtant du soutien de Laurent Croizier lors de la commission d’enquête, ce dernier fustigeant les questions de Paul Vannier, membre de « LFI », à l’encontre de l’ex-Ministre de l’éducation (1993-1997). Dans le même souffle, il déplore le peu de considération témoignée aux victimes, préférant s’arc-bouter sur les « intérêts politiciens » qui, selon lui, sont à l’œuvre dans cette enquête. Drôle de façon de chercher « ce qui a conduit les victimes au silence » pour protéger les enfants, qu’il désigne aujourd’hui comme « ce que nous avons de plus précieux ». Moins précieux cependant que les alliances politiciennes, semble-t-il.
Toufik-de-Planoise et Peha.
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Illustration d’en-tête : Aperçu d’une pancarte « je suis Lyhanna », tenue par une participante.
