À Besançon, l’histoire comtoise continue de s’écrire dans les librairies

La Franche-Comté, terre d’histoire et de traditions, continue de briller par la richesse de son patrimoine. Que ce soit pour ses villes, comme Besançon, connue comme l’ancienne capitale de l’horlogerie et pour ses fortifications érigées par Vauban au XVIIe siècle, ou pour ses villages historiques, son histoire s’est ancrée dans le temps et résonne à travers la France et au-delà, notamment dans la littérature. Si à Besançon, quelques librairies locales ont fait le choix de concentrer leur activité sur d’autres sujets, une majorité s’attache à préserver et à transmettre cette mémoire comtoise à travers leurs rayons. « Le Ch’ni » est parti à la rencontre de ces lieux où l’histoire de la région est encore bien présente, constituant notre portrait du mois.

 

Des rayons dédiés à l’histoire franc-comtoise

L’histoire de la région continue de trouver sa place dans plusieurs établissements consacrés à la littérature. S’ils n’y accordent pas tous la même place dans leurs allées, cette dimension régionale faisait partie du projet initial de chacun d’entre eux. « L’objectif, c’était de faire une librairie d’occasion, mais qui propose les mêmes rayons qu’une librairie de neuf » nous explique Laurélie Monget, gérante de la librairie de seconde main « Le Bibliovore ».

Entre livres d’histoire, témoignages, revues ou encore romans, le choix est large dans ces établissements. Ils proposent des thématiques variées allant de l’architecture de Vauban à l’histoire de l’absinthe, en passant par l’occupation et la résistance pendant la Seconde Guerre mondiale. Les personnes interrogées déplorent toutefois la rareté grandissante de certains sujets, comme l’horlogerie, malgré la demande importante des clients. Gilles Perin, gérant de la « Bouquinerie d’Anvers » depuis une trentaine d’années, l’explique par le fait que les collectionneurs conservent les ouvrages sur le sujet, les rendant ainsi de plus en plus compliqués à trouver.
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Une approche différente en fonction des établissements 

Si les établissements proposent pour la plupart des écrits relatifs à l’histoire de la Franche-Comté, leur manière d’aborder cette littérature diffère quelque peu, aussi bien au niveau du nombre d’ouvrages qu’ils proposent, que sur la façon dont ils les mettent en avant.

Au-delà de l’activité commerciale, les bouquineries jouent en plus un rôle important dans la sauvegarde, en conservant des livres destinés à disparaître, tant ils sont rares et anciens. C’est ce qu’affirme Éric Genest de la « Bouquinerie Latulu », qui compte près de quatre cents ouvrages sur l’histoire franc-comtoise. « Sans les bouquineries, on ne peut pas les trouver et certains seraient même voués à être détruits ». La Bouquinerie d’Anvers se détache elle aussi de l’image de la librairie classique. Malgré les quelque deux mille livres qu’elle propose, parmi lesquels on retrouve principalement des revues historiques, en tant que bouquinerie, elle dépend fortement des arrivages et ne peut donc pas toujours répondre aux demandes des clients. Les enjeux sont les mêmes pour les librairies d’occasion, comme « Le Bibliovore », dont le rayon « régionaliste » comprend une quinzaine de livres, principalement des romans, des essais historiques et des ouvrages sur Besançon, généralement placés en vitrine. 

« Les Sandales d’Empédocle », librairie plus traditionnelle, met en avant près de cent cinquante livres écrits par des auteurices locaux/locales et organise généralement une petite rencontre autour de la sortie d’un ouvrage. Elle est également partenaire de différents événements qui participent à la constitution de sa collection d’ouvrages régionaux, comme le festival littéraire « Livre dans la boucle », qui prend place chaque année à Besançon.

 

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Une littérature portée par des acteurs attachés à leur territoire

La littérature consacrée à l’histoire de la Franche-Comté continue d’exister avant tout grâce à l’engagement d’acteurices profondément attaché·e·s à leur territoire. Dans les librairies et bouquineries locales, les ouvrages les plus recherchés sont souvent le fruit du travail d’auteurices du coin, qui consacrent leurs recherches à la mémoire locale. Qu’iels soient historien·ne·s universitaires ou chercheurs et chercheuses indépendant·e·s, iels contribuent à faire vivre un patrimoine écrit qui dépasse le simple cadre académique. Parmi les auteurices de référence, on retrouve notamment Gaston Coindre, à l’origine de l’ouvrage « Mon vieux Besançon », qui fait partie des classiques pour les amateur·e·s d’histoire comtoise, à retrouver dans les rayons de la « Bouquinerie d’Anvers ». Au-delà des historien·ne·s reconnu·e·s, certains ouvrages naissent aussi de l’initiative de passionné·e·s désireux·se·s de raconter l’histoire de leurs villages ou de mettre en lumière un aspect méconnu du patrimoine régional. Le gérant de la « Bouquinerie Latulu » nous donne l’exemple d’un particulier ayant étudié l’histoire de son village et qui en a fait une monographie.

Les spécialistes interrogé·e·s constatent, pour la plupart, un renouvellement de nouvelles thématiques avec des écrits basés sur des fouilles archéologiques et des archives. Certaines parutions permettent de combler des trous dans l’histoire de la Franche-Comté, avec par exemple le cas de l’Église Sainte-Madeleine, sur laquelle nous n’avions que très peu d’informations jusqu’à la parution d’un ouvrage sur le sujet, il y a quelques années. Gilles Perin constate malgré tout le vieillissement des écrivain·e·s qui, s’iels continuent d’écrire, ne sont plus aussi actif·ve·s qu’auparavant, en raison du temps et de la mobilité que demandent les études aujourd’hui, qui sont plus poussées et plus techniques qu’elles ne l’étaient par le passé. 

L’histoire franc-comtoise vit également à travers les acheteurs et acheteuses de cette littérature, principalement des locaux de tous les âges, qui s’intéressent à l’histoire de la région, que ce soit en tant qu’historien·ne, chercheureuse, étudiant·e ou simple passionné·e. Beaucoup s’intéressent à l’horlogerie, mais aussi et surtout à leurs racines et sur l’histoire de leur famille ou de leur village. Cet intérêt des acheteureuses pour l’histoire de leur commune s’inscrit dans l’évolution de la demande qui lorgne de plus en plus sur la thématique de la résistance et de l’occupation en Franche-Comté. Les lecteurices recherchent aujourd’hui des témoignages et des archives de cette période sur l’endroit où iels vivent. Ce nouvel attrait a transformé ces établissements en lieux d’échange avec ces curieux·se·s, qui achètent un livre et racontent des anecdotes sur leur passé. 

L'intérieur d'une librairie, au plafond de bois et aux murs de pierre enduits de crépit blanc. Entre les étagères en bois garnies de livre, l'espace est relativement exigu
« Bouquinerie Latulu », quartier Battant – Photo : Milo Humbert

Gilles Perin déplore toutefois le vieillissement de la population et le changement des comportements, qui se traduit par une baisse de l’intérêt pour l’histoire de la région, notamment chez la nouvelle génération. « Les plus jeunes sont moins intéressé·e·s car iels ont d’autres besoins et préoccupations, iels cherchent directement sur internet mais ne connaissent pas forcément le concept d’une bouquinerie » nous confie-t-il. 

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Un équilibre entre fibre patrimoniale et rentabilité

On peut se poser la question des raisons qui poussent ces librairies à proposer de la littérature historique de la région. Est-ce pour des questions de rentabilité ? Ou par pure fibre patrimoniale ? La réponse demeure assez partagée. Aux « Sandales d’Empédocle », cette littérature représente un chiffre d’affaires limité, mais reste essentielle pour faire vivre le patrimoine local. Dans les bouquineries, le rapport est plus pragmatique : « Il faut que ce soit rentable », reconnaît le responsable de « Latulu ».

Pour autant, le responsable de la « Bouquinerie D’Anvers » souligne la dimension culturelle que peut revêtir une tel lieu. Au-delà du simple commerce du livre, ces endroits deviennent souvent des espaces d’échanges et de transmission, où les clients partagent leurs souvenirs, leurs anecdotes familiales ou encore leur attachement à un village de la région.

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Illustration d’en-tête : un rayon de livres sur le thème de la Franche-Comté – Photo : Milo Humbert