« ¡ Afuera ! », ou « après nous le chaos »

Édito. Il ne l’a jamais trop ébruité, même si c’était un secret de polichinelle. Avec son accession à l’hôtel de ville, Ludovic Fagaut a pourtant dû expliquer sa double appartenance depuis trois ans… Historique et connue, d’abord, auprès du parti de droite « les Républicains », amicale et discrète, récemment, suite à son adhésion à la formation libérale-conservatrice « Nouvelle Énergie ». Une fidélité qui reste floue, entre étiquette officielle, la première organisation, et officieuse, la seconde, qui revendique pourtant l’investiture et la victoire dans la capitale comtoise.

Interrogé par « MaCommune.info » le 25 mars 2026, le militant semble fébrile entre sa « famille politique » (LR) et ce « courant de pensée » (NÉ) aujourd’hui concurrents. À la tête de cette nouvelle boutique, on retrouve David Lisnard, notamment maire de Cannes, vice-président du conseil des Alpes-Maritimes et dirigeant de « l’Association des maires de France ». Lequel proclame aussi, comme propositions-phares, la division de l’immigration légale par huit, une capitalisation partielle des retraites, ou la suppression de 600 000 postes de fonctionnaires.

Mais alors que François Bayrou s’était déjà illustré contre le « code du Travail » en 2014, David Lisnard devait aller encore plus loin pour marquer les esprits. Ce sera chose faite le 7 avril dernier avec l’annonce de sa candidature aux élections présidentielles, s’inspirant ouvertement du néofasciste argentin Javier Milei pour mettre en scène sa détestation des lois, normes et autres protections. Entre la masse des journalistes et l’assise de partisan·e·s fanatisé·e·s, divers textes fondamentaux ont en effet été passés à la broyeuse sous les cris de « vive la liberté ».

À Besançon comme dans le reste de la France, canicules, noyades et feux frapperont seulement quelques mois plus tard. Détail dommageable pour le prétendant à l’Élysée et ses soutiens, plusieurs répertoires sensibles avaient été choisis pour son autodafé symbolique. À l’instar du « code de l’environnement » et du « code de la construction et de l’habitation », soit autant de dispositions sur la réglementation de la baignade, la prévention des incendies en forêt, ou encore la constitution de bâtis imposant des exigences minimales en cas de sinistres, ainsi vilipendées.

Dans l’éventualité d’un revirement, c’est peu dire que la ministre Annie Genevard ne fait pas davantage figure d’avant-gardiste. Mais ici, la violence du geste interroge. Si Ludovic Fagaut s’est visiblement inspiré de la Côte-d’Azur quant à sa politique ornementale, suivra-t-il son camarade sur le reste ? Concernant les catastrophes du moment, les deux compères convergent en tout cas l’un comme l’autre autour des seules responsabilités individuelles.  Pas plus de mea-culpa ni d’horizon solide, en-dehors d’une énième com’ qui relève du « greenwashing ».

Pas plus tard qu’hier, la municipalité s’extasiait encore sur ses controversés « massifs fleuris » dont elle affirme pourtant le « rôle essentiel pour les pollinisateurs ». Une fumisterie pour l’opposition, dont le communiste Hasni Alem expliquant en quoi ces dispositifs n’offrent « ni habitat stable, ni ressources continues sur la saison » alors que ces variétés ne sont pas sélectionnées « pour leur valeur nectarifère » voire que la plupart s’avèrent « stériles ». Un avis assez partagé dans la population, à en croire les dizaines de commentaires reçus en quelques heures via « Facebook ».

Pendant ce temps-là, David Lisnard continue son chemin. Séduisant au sein de la majorité locale, au moins deux élu·e·s, Christine Werthe, adjointe chargée de la « citadelle », du « patrimoine Vauban » et « touristique », ainsi que Kévin Véjux, conseiller municipal pour la « jeunesse » et la « vie étudiante », ayant pris leur carte courant 2025. Mais « Nouvelle Énergie » ou « les Républicains », quoi qu’il en soit, les visions servies apparaissent toujours plus éloignées de l’urgence de la situation et des enjeux inhérents à la préservation du vivant. « ¡ Afuera ! », ou « après nous le chaos ».

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Illustration d’en-tête : Ludovic Fagaut et David Lisnard, se prenant en selfie à l’assemblée générale de l’association des maires de France le 2 juin 2024 – capture d’écran « Facebook »