È lai revoyotte !

 

Les dix-sept premières comtoiseries rassemblées ont permis la publication du livre Comprendre les langues régionales de Franche-Comté + 850 prénoms francs-comtois, aux éditions Cêtre de Besançon. Les suivantes permettront certainement une nouvelle édition augmentée dans un futur proche.

Globalement, les trente comtoiseries ont contribué à mettre en lumière un patrimoine trop souvent méconnu et galvaudé, car trop souvent confondu et mal nommé. Cependant, difficile de dire si les comtoiseries ont influencé sur une réelle prise de conscience ? Et si résultats il y a, peut-être seront-ils visibles dans quelques années seulement.

Écrire une comtoiserie n’est finalement qu’une initiative parmi tant d’autres. En 2026, elles existent bel et bien, mais elles sont isolées, telles les petits panneaux en arpitan du hameau de Largillat/Lardziyâ dans le Saugeais, installés le 30 avril. Une initiative originale d’un habitant du lieu-dit, Bernard Faivre, qui, on l’espère, saura convaincre le conseil municipal du Pays-de-Montbenoît d’étendre la signalisation bilingue à l’ensemble de la commune, aujourd’hui formée des villages de Hauterive-la-Fresse, La Longeville, Montbenoît, Montflovin et Ville-du-Pont.

Enfin, l’activité de quelques associations dans le Nord Franche-Comté mérite encore et toujours d’être saluée, mais combien de temps encore tiendront-elles sans réel renouvellement de leur base active vieillissante ? Bien que quelques nouvelles encourageantes nous parviennent par quelques autres médias régionaux au sujet des activités du Patois Fougerollais, de la section des Patoisants de la Haute-Savoureuse de Chaux, et de l’Union des Patoisants en Langue Romane de Belfort-Montbéliard, la folklorisation à outrance et le manque d’attractivité semble mener au désintérêt des jeunes générations pour ces structures.

Ainsi, il n’est pas certain que le salutaire hors-série du magazine La Vôge dédié au dialecte franc-comtois de Giromagny vienne combler l’absence définitive de l’émission Patois animée sur RFC Belfort-Montbéliard par Jean-Marie Bressot et François Busser.

Que chaque force vive soit quand même remerciée pour leurs efforts d’hier, d’aujourd’hui et de demain.

Si les comtoiseries doivent servir, qu’elles servent la volonté de se réapproprier le franc-comtois et l’arpitan comme langue de chaque jour. Que cette volonté puisse mener à la pose de panneaux bilingues, à écrire des livres, à composer des chansons, à faire vivre des associations. L’apprentissage et la transmission sont les seuls moyens de donner un avenir à nos langues, et si l’État ne peut nous aider, alors faisons sans lui, par l’autogestion.

Pierre-Joseph Proudhon n’a-t’il pas dit en son temps, au sujet du dialecte franc-comtois de Besançon :

« Le pur patois bousse-bot, c’est dans notre rue qu’il faut aller l’entendre. »

Et Proudhon a raison, c’est dans la rue de Battant et dans les rues de toute la Franche-Comté que nos langues régionales doivent retrouver leur place. Mais comment faciliter la transmission si les canaux de diffusions cessent ?

Votre chroniqueur s’excuse d’arrêter de rédiger les comtoiseries comme il a arrêté d’enregistrer l’émission Les langues de chez nous sur RFC Jura à Dole, mais cela n’est pas par manque de motivation ou d’intérêt. La raison est surtout celle d’un travail plus large où l’investissement de l’énergie, du temps et même de l’argent est considérable ; la traduction de nombreuses œuvres de la pop-culture en fait partie : Tintin, Lucky Luke et Martine entre autres. Mais si tout ce travail se fait indépendamment du « Ch’ni », il ne manquera pas de vous informer de son avancée.

D’avance, bonne lecture/Boènne yéjure/Bouna lectura… Dâli, mes poûeres boènnes dgens de B’sançon èt d’âtres yues, è lai revoiyotte !*

*alors, mes pauvres bonnes gens de Besançon et d’autres lieux, au revoir et à bientôt !

Billy Fumey

Illustration d’en-tête : Billy Fumey à l’occasion du séance de dédicaces pour son livre Comprendre les langues régionales de Franche-Comté + 850 prénoms francs-comtois, le 8 novembre 2025. Capture d’écran Facebook.