À Besançon, l’ex-collaboratrice du groupe « LFI » à la mairie règle ses comptes, l’antenne locale se défend

Magalie Suter, cinquième colistière sur la liste de « La France Insoumise » à Besançon, a livré au « Ch’ni » sa mauvaise expérience vécue au sein du groupe municipal local, un témoignage qui arrive au moment où, nationalement, le parti politique de Jean-Luc Mélenchon apparaît comme la voie la plus crédible à gauche pour défier le « Rassemblement National ».
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L’échéance de la prochaine élection présidentielle se rapproche en France. Le scrutin s’annonce décisif pour l’avenir du pays, quelle qu’en soit l’issue. L’extrême droite pourrait arriver au pouvoir, une première en France depuis la Seconde Guerre mondiale. Parmi les autres options possibles, la gauche pourrait aussi parvenir au second tour si elle mobilise toutes ses forces vives. Cela laisserait entrevoir un espoir de revirement ainsi qu’une défaite du « Rassemblement National ». Des enjeux très nationaux qui s’amorcent d’abord et avant tout dans chaque commune du pays, dans chacun de leurs quartiers, y compris ceux qui ont été très souvent relégués au second, voire au troisième plan. Pourtant, la clé d’une victoire de la gauche pourrait bien venir du vote des habitant·e·s de ces quartiers populaires, dont la parole a longtemps été omise et méprisée.

À Besançon, tout cela reste fort à propos. Alors que la campagne a officiellement commencé en ce début d’automne 2026, il semblerait toutefois que le groupe bisontin de « La France Insoumise » (LFI) ait traversé quelques turbulences, précisément autour de ces enjeux. Ancienne colistière et collaboratrice du groupe municipal « LFI » à Besançon, Magalie Suter est elle-même issue des quartiers prioritaires de la capitale comtoise. Comme elle l’explique, son profil d’habitante de « QPV », notamment, lui a valu de pouvoir participer activement à la dernière campagne des municipales.

Magalie Suter a aussi souhaité livrer une critique de son expérience en politique locale au cours de cette campagne et après, une expérience qui lui a beaucoup coûté en énergie, selon son propre aveu : « J’ai sacrifié ma vie de famille pour cette campagne », explique-t-elle. Elle poursuit son récit en décrivant le malaise ressenti au fur et à mesure de ses activités auprès du groupe mélenchoniste : « Je sentais qu’il y avait un malaise avec quelques camarades, qui trouvaient que je prenais trop de place. Pour ma part, je n’estimais pas prendre trop de place. J’estimais faire campagne ». Une attitude qu’elle dénonce et qu’elle explique par le rôle qu’elle a joué, en particulier dans la période avant les élections. « Il est vrai qu’on me voyait beaucoup sur les réseaux parce que je faisais souvent des actions dans le quartier de Planoise ou dans d’autres quartiers populaires ».
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Aperçu de la caravane insoumise 2026, qui s’est arrêté sur le quartier prioritaire de Planoise – Crédit : Toufik-de-Planoise.

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« Tout s’est envenimé »
Les choses se sont finalement accélérées pour Magalie Suter après les élections municipales, dans lesquelles le groupe « LFI » a fait 10 % et son entrée, en conséquence, au conseil municipal à Besançon. Figure montante et symboliquement importante de cette liste aux municipales à Besançon, Magalie Suter finit par obtenir un poste de collaboratrice auprès du groupe : « En mai 2026, Séverine Véziès me demande d’être sa collaboratrice de groupe. Car, elle estimait que j’étais pertinente sur certains points. Étant donné aussi qu’il est vrai que j’élève seule mes enfants et que financièrement c’est compliqué, elle a eu la gentillesse de me proposer le poste. Donc, j’ai accepté parce que je trouvais que je le méritais pour ce que j’avais apporté à la campagne. Et aussi, je me disais que cela allait être un surplus financier pour mes enfants ».

Pourtant, quelques jours seulement après le début de son contrat, Magalie Suter regrette sa décision : « J’ai (…) regretté d’être collaboratrice parce que c’est là que tout s’est envenimé pour moi, en réalité ». Elle décrit avoir fait face à des rappels à l’ordre qu’elle estime « disproportionnés », elle raconte aussi avoir été progressivement et tacitement mise à l’écart du groupe, notamment lors des commissions (NDLR, réunions réalisées par les élu·e·s de la ville pour préparer les conseils municipaux à venir). Sollicité par « le Ch’ni », le parti local à Besançon de « LFI » a démenti cette affirmation de leur ancienne collaboratrice. « Mme Suter, en tant que collaboratrice, n’assiste pas aux séances auxquelles siègent nos élu·e·s car la préparation des conseils municipaux et des dossiers débattus en conseil ne faisait pas partie de sa fiche de poste. Son temps de travail, de 32h mensuelles, couvrait les tâches prévues qui lui étaient dévolues et n’aurait pas permis qu’elle soit sollicitée au-delà. Néanmoins, elle était libre d’y assister à titre personnel, comme les autres militant·e·s ».
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Séverine Véziès lors de la campagne législative de 2024, place René Cassin – Crédit : Myriam Bendjilali.

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« Carences professionnelles et difficultés de disponibilité »

Comprenant que sa présence devenait non-souhaitée, Magalie Suter explique avoir pris la décision de partir de son propre chef, ne supportant plus une ambiance de travail compliquée et intenable pour elle. « Mon contrat se terminait le 31 octobre, je leur ai dit que j’arrêtais à cette date. Mais iels ont décidé d’arrêter mon contrat juste avant, au mois de septembre 2026 ». Une situation qui a aujourd’hui des conséquences sur son quotidien de maman solo et qui a motivé, en partie, sa décision de prendre la parole publiquement. Interrogé·e·s sur ce point, les Insoumis·e·s de Besançon ont réagi en détaillant que le contrat de travail de Magalie Suter a été respecté et que des tentatives pour améliorer sa situation ont été mises en place : « L’équipe ayant fait le constat que le travail fourni par Mme Suter, ainsi que sa posture professionnelle durant les évènements auxquels elle participait en tant que collaboratrice du groupe, ne donnaient pas satisfaction, il a été décidé, au mois de juillet, de modifier sa fiche de poste et de renouveler sa période d’essai, afin de lui permettre, comme elle le souhaitait et s’y engageait, de remplir correctement sa mission », écrit le groupe politique.

Toutefois, cela n’a pas semblé convenir à la mère de famille.  « Début septembre, elle nous a fait part de sa volonté de mettre un terme à sa collaboration pour raisons personnelles, et l’a confirmé lors du rendez-vous avec le responsable Ressources Humaines de la ville. En accord avec elle et pour nous permettre de nous organiser rapidement pour assurer la continuité de notre activité politique, son contrat a été interrompu fin septembre », détaille le parti bisontin. Il ajoute que la période a été particulièrement difficile à gérer en interne : « Durant cette période, l’équipe a dû beaucoup s’organiser pour s’adapter aux carences professionnelles et aux difficultés de disponibilité de Mme Suter ».

Au delà des détails purement professionnels, Magalie Suter a aussi voulu mettre l’accent sur l’aspect plus politique de sa démarche de témoignage : « J’aimerais bien qu’on reconnaisse que les habitant·e·s des quartiers populaires à Besançon méritent d’être vraiment entendu·e·s, que l’on puisse les mettre en valeur parce qu’iels ont du talent ». La situation est d’autant plus injuste, selon elle, qu’elle estime avoir joué un rôle décisif dans l’entrée des élus « LFI » au conseil municipal à Besançon. « Lors des dernières municipales, le groupe a obtenu un score plus important que lors des précédentes campagnes, notamment dans les quartiers prioritaires de la ville. Je pense que j’ai beaucoup apporté dans cette élection », conclut Magalie Suter. Du côté de « La France Insoumise » à Besançon, ces « allégations concernant notre travail de fond dans les quartiers populaires, outre qu’elles sont particulièrement insultantes, sont démenties par les faits : les animateurices et militant·e·s des groupes d’action de « LFI » ont prouvé, par leur présence, leurs contacts et leurs actions depuis des années, leur dévouement et leur engagement aux côtés des habitant·e·s », concluent-iels.
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Tee-shirt floqué Mélenchon, dans le cadre de la campagne des présidentielles de 2027 – Crédit : Toufik-de-Planoise.

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Des problèmes locaux aux enjeux nationaux
Pour des habitant·e·s des quartiers populaires bisontins interrogé·e·s, le moment n’est pas aujourd’hui venu de régler ses comptes. « Au niveau national, c’est le parti qu’il faut au pouvoir si on veut une rupture avec la politique mise en place », nous dit un habitant. Sur ce que souhaitent vraiment les habitant·e·s des quartiers, ce planoisien nous confie : « Les habitant·e·s du quartier veulent quelqu’un qui représente le quartier, qui a vécu dans le quartier, qui sait ce que c’est un quartier en fait ». Cependant, toujours pour lui, « Aujourd’hui, le parti qui défend le plus les quartiers populaires, c’est « LFI », que ce soit à Besançon ou nationalement avec le bel exemple de Bally Bagayoko en Seine-Saint-Denis. Il est issu des quartiers. Il est devenu maire et ça fait du bien à la ville de Saint-Denis, il y a aussi David Guiraud, le maire de Roubaix, il fait aussi des choses bien (…) Cela montre bien qu’aujourd’hui, les seul·e·s qui nous proposent une rupture et un vrai programme, notamment dans les quartiers populaires, qu’on les aime ou pas, c’est « LFI », conclut-il.

À la fin de son témoignage, Magalie Suter explique qu’elle souhaite poursuivre la politique en étant « sans étiquette » pour « vraiment faire entendre et faire respecter la parole des habitant·e·s et citoyen·ne·s issu·e·s des quartiers ». Son témoignage n’arrive donc pas au hasard, alors que la campagne pour les prochaines élections, dépassant le cadre local, est en cours et bat son plein. Dans tous les cas, il est évident que seul·e·s les habitant·e·s des quartiers populaires pourront résoudre en profondeur les problèmes vécues par les citoyennes et les citoyens de ces quartiers. 

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Myriam Bendjilali

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Illustration d’en-tête : Présentation des équipes insoumises, le 21 novembre 2025 lors du lancement de la campagne des élections municipales. De droite à gauche, Magalie Suter, Etienne Bertonèche, Séverine Véziès, Martin Meillion et Hélène Magnin-Feysot. Les trois derniers sont actuellement élu·e·s d’opposition à la municipalité de Besançon  – Crédit : Myriam Bendjilali.