Face aux mouvements sociaux, fichages et assignations individuelles débarquent aussi en Franche-Comté

Si les interdictions préfectorales et condamnations arbitraires sont déjà devenues le quotidien des mouvements sociaux, ces dernières semaines un nouveau dispositif s’est ajouté à l’arsenal fourni des pouvoirs publics. Une série de « mesures de contrôle administratif et de surveillance » ont en effet été délivrées à des manifestant·e·s sur toute la France, un outil issu de l’anti-terrorisme rappelait notamment « Mediapart ». Signés du ministère de l’intérieur, les textes se recoupent dans les argumentaires et conséquences visant à entraver les éléments jugés dangereux. En Franche-Comté, pour la mobilisation du 31 octobre, au moins trois personnes ont été concernées, dont deux à Belfort, soulignait « Ici », ainsi qu’une en Haute-Saône, que nous avons retrouvée.
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W. vit près de Marnais, manifestant occasionnellement entre Vesoul et Besançon. Pour l’acte III contre la vie chère, il entendait bien gagner la capitale comtoise pour traduire sa colère. Mais, le 30 octobre, alors qu’il se trouve à son domicile, des agents de police frappent à sa porte vers 16h00. « Ils avaient un papier à me notifier, je suis tombé des nues » expose le jeune homme, poursuivant : « J’ai d’abord lu les considérants, qui parlent du 17 octobre et de l’attentat de Trappes, avant d’aller aux effets concrets, qui m’imposent la justification de ma résidence sous 24h00, l’impossibilité de sortir de ma petite commune, le pointage quotidien à 15h00 sur la gendarmerie la plus proche, sous peine de trois ans de prison et 45 000 euros d’amende. J’étais complètement stupéfait ».

Le document, que nous avons pu consulter, reprend largement, comme contexte, les différentes atteintes à l’État ou à l’ordre public considérées comme les plus graves, des cortèges sauvages aux massacres racistes. Avant de se concentrer sur le cas de W., en un seul petit paragraphe. « On m’a fait une fiche de parcours militant, où il est écrit que j’appartiens à la mouvance d’ultra-gauche et que je suis en contact avec des ‘gilets jaunes virulents dans le département du Doubs’ » relate-t-il. Une liste de méfaits s’y ajoute, comme des « dégradations » commises en avril 2023 à Vesoul, ses protestations au passage de la flamme olympique en juin 2024 à Besançon, ou encore une arrestation lors des cortèges du 24 octobre dernier toujours dans la cité de Victor Hugo.

Un réquisitoire qui se veut édifiant, mais dont le fond scandalise d’autant plus l’intéressé. « On met des qualificatifs pour faire peur, mais la réalité est beaucoup moins impressionnante si on va vraiment au bout des choses. Les dégradations de 2023 à Vesoul par exemple, c’est une simple contravention pour un seul graffiti réalisé contre la réforme des retraites. Alors oui on peut trouver que ce n’est pas extraordinaire, mais quel rapport avec la tuerie commise par Kevin Tessier ? Concernant mon interpellation récente, j’ai été appréhendé car je portais un masque à gaz pour me protéger des lacrymogènes… Le truc est ici tourné en ‘participation à visage dissimulé à un attroupement’, sans jamais préciser qu’après mes vingt-quatre heures de garde à vue, je n’ai fait l’objet d’aucune poursuite » détaille-t-il.

S’il a respecté les injonctions, W. n’en reste pas moins déterminé à engager un recours. « Si aujourd’hui je laisse passer ça, quelles garanties aurai-je par la suite ? Car pour l’instant, c’est seulement deux jours qui tombent, mais rien n’empêche de multiplier ou prolonger ces ordonnances. Ce qu’il se passe est absolument inadmissible, j’envisage de saisir les tribunaux afin qu’on cesse ces entraves et ce harcèlement » assène-t-il. Une volonté qui rejoint une réflexion plus large, sur la liberté d’expression. « C’est place Beauvau qui gère ici, mais il doit bien y avoir des remontées du renseignement territorial pour édicter ces curriculum vitae orientés. Ça en dit donc assez long sur le fichage à l’œuvre, Brest nous en livrant encore une belle démonstration » analyse une source spécialiste du domaine.

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Toufik-de-Planoise
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Illustration d’en-tête : Aperçu d’une manifestation lycéenne, le 8 octobre 2026 à Besançon – Crédit : Toufik-de-Planoise.