Vers une réinvention de la mobilisation et de l’occupation à l’UFR SLHS de Besançon ?

Les origines de la mobilisation étudiante
Depuis fin septembre, les étudiant·e·s de l’UFR SLHS de l’Université Marie et Louis Pasteur ont commencé à se mobiliser à Besançon, comme partout ailleurs en France. Leur objectif était de manifester leur soutien au mouvement des lycéen·ne·s. Début octobre, les étudiant·e·s ont donc fait part de leurs propres revendications. En outre, leur mobilisation s’inscrit au niveau national avec la participation de la jeunesse engagée à la Coordination Nationale Étudiante, qui s’est tenue à Grenoble, le 18 octobre dernier. Enfin, les intrusions de la police sur les sites de Mégevand (le 2 octobre) et de Canot (le 6 octobre) à Besançon ont relancé la vague de mobilisations. Cette dernière a été encore plus suivie au sein de l’UFR SLHS.

Une fac occupée, c’est quoi ?
Concrètement, aucun cours habituel ne se tient en cas d’occupation de la faculté. De plus, l’administration et les différents services ne peuvent pas fonctionner de manière normale. A contrario, la direction et quelques personnes habilitées à travailler doivent être présent·e·s sur le site, Mégevand à Besançon par exemple. Cela permet aux étudiant·e·s d’avoir accès à la cour de la fac. D’ordinaire, un blocage simple s’arrête à cette étape-ci.

Cependant, depuis le 6 octobre à Besançon, on parle notamment de « blocage ouvert ou occupé ». L’occupation permet à toutes les personnes mobilisées ou non de venir, de participer ou juste de boire un café. Aussi, cela permet de créer du lien avec des personnes extérieures au blocage ou qui seraient de passage pour vérifier si elles ont cours ou pas.

Qui gère l’occupation de la fac ?
Les sites de Mégevand et de Canot sont tout à la fois bloqués et occupés durant toutes les heures d’ouverture de la fac. Toutefois, les sites de l’Arsenal et d’Hérodote sont seulement en état de blocage. Pour réaliser ces actions, les participant·e·s utilisent des chaînes et des cadenas. Ces outils permettent de pallier le manque de moyens humains tout en restant très pratiques.

Pour organiser le blocage et l’occupation, les étudiant·e·s mobilisé·e·s se coordonnent grâce à l’autogestion. En principe, c’est très simple : personne ne prend de décision majeure seul·e et des assemblées générales (AG) de fonctionnement ont lieu tous les matins. Le but consiste à se répartir les différentes tâches. Cette méthode n’est pas sans difficultés, puisque l’un des problèmes majeurs que les étudiant·e·s mobilisé·e·s rencontrent est dû très souvent aux limites de ce type d’organisation autogérée. En effet, souvent, un noyau dur de personnes engagées accepte de prendre une grosse partie des responsabilités, même si les étudiant·e·s les plus investi·e·s restent à l’écoute et très accessibles à toutes les personnes motivées.

L’ensemble des acteurices se répartit en commissions, elles-mêmes votées en AG. Il peut exister différents types de commissions, comme celle dédiée à l’éducation populaire gérant la mise en place de cours alternatifs. Il y a également la commission communication, ou encore celle intitulée « Médic’ ». Cette dernière est divisée en deux branches : un groupe d’écoute et de soutien d’un côté et les « street médics », de l’autre.

Les « street médics » auto-organisent des formations éclair afin de rappeler aux volontaires les bases du PSC1 et quelques pistes pour lutter efficacement contre la répression. Iels se répartissent sur les différentes manifestations, déclarées ou pas. Leur objectif est de venir en aide aux personnes amenées à être blessées ou en détresse en cas de besoin

Banderole "Soutiens aux pilleurs - euses, le seul ennemi c'est l'état
Une autre banderole au dessus de la chaire de l’amphithéâtre Donzelot, à la faculté des Lettres et des Sciences Humaines du site Mégevand à Besançon, le 23 octobre 2026 – Crédit : AL.

Des étudiant·e·s d’horizons divers constituent un panel représentatif de l’ensemble des filières proposées à l’UFR SLHS (philo, socio, langues, lettres, psycho, arts du spectacle, etc). Contrairement aux idées reçues, celleux qui se mobilisent ne sont pas des « militant·e·s d’ultra gauche qui ont la flemme d’aller en cours » mais bien des personnes aux parcours scolaire et militant variés, syndiquées ou non, et qui souhaitent faire entendre leurs revendications. Le syndicat « Solidaire étudiant·e·s » se positionne notamment en soutien aux étudiant·e·s mobilisé·e·s.

Quelles relations avec les autres acteurices de la fac ?
Les relations avec la direction sont parfois tumultueuses. Depuis le début du mouvement, des négociations ont lieu tous les jours pour obtenir de meilleures conditions de travail et d’études pour les personnes mobilisées. Des avancées ont pu déjà être obtenues, telles que l’ouverture des toilettes et la possibilité d’accéder à des salles et à l’amphithéâtre Donzelot, qui reste le plus grand du site Mégevand. La grande majorité des enseignant·e·s soutiennent le mouvement étudiant, mais peu d’entre elleux font le choix de s’impliquer réellement auprès de ces derniers. D’autres personnels de la fac soutiennent elleux aussi le mouvement.

Au cours des dernières semaines, les étudiant·e·s non engagé·e·s sont passé·e·s régulièrement au début des blocus afin d’avoir plus d’informations sur la durée des actions de mobilisation. Des échanges ont eu lieu entre les personnes mobilisé·e·s et des étudiant·e·s extra-communautaires qui cherchaient à mieux comprendre le mouvement et qui voulaient partager leurs craintes concernant le déroulé de leur année universitaire.

Lors de certaines AG, plusieurs voix se sont élevées contre le blocage, évoquant notamment la situation des étudiant·e·s en LAS-philo, qui craignent que leurs examens et leurs concours ne tombent en même temps. Iels ont été invité·e·s à joindre leurs enseignant·e·s pour s’organiser entre elleux. La question des élèves en Erasmus à l’UFR SLHS s’est aussi posée, concernant la possible absence de note pour le semestre, ce qui pourrait avoir des conséquences pour leurs universités d’origine. Le problème est toujours en cours de discussion actuellement parmi les enseignant·e·s responsable des Erasmus.

Une fac occupée reste vivante
Grâce à la motivation des étudiant·e·s mobilisé·e·s, plusieurs ateliers de pancartes et banderoles ont été mis en place au cours des premiers jours du blocus. Ces ateliers sont toujours opérationnels aujourd’hui. De plus, ils ont permis au site de la faculté de Mégevand de se métamorphoser, notamment les murs intérieurs de l’établissement. Plus tard, lors du déblocage de la fac, une grande partie des pancartes a été déplacée dans l’amphithéâtre Donzelot pour « refaire la déco », comme cela a été évoqué par de nombreux·se·s étudiant·e·s investi·e·s au cours des dernières semaines.

Une autre banderole « Monarc Démission » présente dans l’amphithéâtre Donzelot à Mégevand, le 19 octobre 2026– Crédit : AL.

En outre, d’autres ateliers et des cours ont été mis sur pied. On a pu ainsi assister à un atelier coiffure, à un dragshow, le jeudi 22 octobre et à différents autres cours alternatifs. Parmi ces derniers, on retrouve : « Haïti : pays colonisé, révolutionné, effacé » s’étant tenu le mardi 20 octobre ou encore « L’autodéfense en statistique », le mercredi 21 octobre dernier.

Autre point, des banderoles ont été affichées dès le début des blocus sur la devanture de la fac du site de Mégevand. Pour rappel, elles ont été lacérées, coupées et jetées dans les conteneurs face à la fac durant la nuit du 20 au 21 octobre. Récupérées et réparées lorsque cela était possible, elles ont ensuite été affichées de nouveau, le jour même, en signe de protestation.

Sur les sites de Canot et de Mégevand, plusieurs personnes restent présentes pour accueillir les curieux·es·s qui passent à la fac. Des réponses sont alors apportées au mieux. Anecdote intéressante : l’interrogation la plus récurrente de toutes demeure encore et toujours celle de savoir si « la BU est ouverte ». D’ailleurs, les étudiant·e·s se sont amusé·e·s à fabriquer des pancartes disposées à l’entrée de la bibliothèque universitaire lors des blocus. On pouvait y lire : « OUI la BU est fermée, mais il y a du café en B04 » en référence à une salle de cours aménagée pour l’occasion.

Mémorial des profs et élèves décédé·e·s par suicide avec une banderole « Megevand la Noire » affichée lors des « semaines noires », cliché pris le 4 novembre 2026 – Crédit : AL.

Quelle suite ?
Les cours ont repris comme prévu le lundi 2 novembre, suite à la décision de l’AG datant du vendredi avant les vacances universitaires. De plus, la fac a bel et bien été débloquée. Dès le vendredi soir précédant la pause d’une semaine, les étudiant·e·s mobilisé·e·s ont fait promettre au doyen de garder l’amphithéâtre Donzelot en l’état ou encore d’obtenir une autre salle à l’avenir.

Pour information, la requête n’a pas encore abouti et reste encore en attente à la date du mardi 3 novembre. Ce même jour, une action s’est déroulée sur le site de Mégevand afin d’empêcher le doyen d’accéder à son bureau, l’objectif étant de mettre un coup de pression et d’obtenir la banalisation de la journée du mardi 3 novembre. Par la suite, deux entrevues se sont tenues, l’une en présence du doyen, l’autre de la présidence. Concernant le site de Canot, des actions ont été menées pour déstabiliser la tenue des cours et des examens. Enfin, lors de l’AG du 4 novembre, un nouveau blocage a été décidé, les jeudi 5 et vendredi 6 novembre.

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Illustration d’en-tête : Entée principale de l’UFR-SLHS – site Megevand le 5 novembre dernier, affublée d’une banderole en hommage aux soulèvements de la Commune – Crédit : AL.