« Le RN c’est des gauchos pour moi, je vote Reconquête » : À Besançon, les dérapages verbaux de deux policiers filmés lors de « l’acte IV contre la vie chère »
Dès le 17 octobre dernier, « le Ch’ni » relatait comment certain·e·s fonctionnaires de police multipliaient les dérapages verbaux à l’encontre de manifestant·e·s. Un cas loin d’être isolé, bien des voix dénonçant depuis des attitudes ou propos misogynes, racistes et dégradants, notamment lors de contrôles d’identité. Hier, samedi 7 novembre, à l’issue de « l’acte IV contre la vie chère », c’est dans ce cadre que deux agents useront d’un vocabulaire particulièrement fleuri à l’encontre d’une jeune femme. Aux postures moralisatrices et allusions sexuelles, l’échange prendra un tournant autrement plus politique quand un uniforme proclamera ouvertement ses préférences électorales.
.
Après un « cortège sauvage » réunissant 4 000 protagonistes à Besançon, la manifestation du jour s’est muée en affrontements. Il est alors 18h15 rue de la Madeleine quand les dernières poches de résistance sont traquées par les forces de l’ordre. Les vérifications s’enchaînent, comme sur un jeune passant au niveau de la boutique « Chaos friperie ». Présente aux abords du commerce avec deux amis qui en attestent, Lily (*) sort son téléphone pour capter la scène. « À la suite des tabassages qui sont sortis, c’est un réflexe. Si un abus se produit, il faut pouvoir en certifier » indique-t-elle. Un état d’esprit qui agace rapidement les condés, deux surgissant pour faire obstruer la captation au motif d’un contrôle d’identité.
« J’ai le droit de filmer » affirme-t-elle, entamant un dialogue tendu avec un agent. Lequel reviendra vite sur cette liberté, reprenant : « vous pouvez filmer, vous pouvez faire ce que vous voulez avec la vidéo, vous masturber ce soir si vous voulez, ça ne me dérange pas, ça ne me regarde pas » scandalisant son interlocutrice qui réplique « c’est dégueulasse, vos propos sont répugnants ». Mais les charges persistent, le policier insistant pour imposer le qualificatif « mademoiselle » malgré les protestations et un usage supprimé depuis 2012. Pendant que la conversation demeure laborieuse, le second fonctionnaire intervient ponctuellement pour dire par exemple « on en a marre des gens qui nous filment tout le temps ».
.
Vidéo complète, floutée par nos soins – Crédit : Lily (*).
.
Puis, de se lâcher : [policier] « Vous n’aimez pas la police, vous avez le droit » ; [Lily] « effectivement je ne vous aime pas » ; [policier] « Eh bah moi c’est réciproque, je vous rassure hein » ; [Lily] « pourquoi, parce que je suis une citoyenne française ? » ; [policier] « citoyenne française de quoi, si ça se trouve vous êtes pas une citoyenne française. On n’est plus en 1789, vous êtes perdue. Ah vous me fatiguez, si vous saviez le mépris que j’ai pour les gens comme vous, mais un jour vous verrez, un jour va arriver bientôt. Il va bientôt arriver » ; [Lily] « et quoi ? » ; [policier] « il y a des choses qui vont changer dans ce pays » ; [Lily] « je crois que vous, vous votez RN non ? » ; [policier] « le RN c’est des gauchos pour moi, je vote Reconquête, je suis royaliste ».
Après 3:17, la vidéo se coupe au moment de la palpation. Reste une séquence édifiante, que Lily a transmis hier soir à notre rédaction : « Ces sorties sont fréquentes mais peu documentées, c’est donc l’occasion d’appuyer les nombreux témoignages à ce sujet. J’ai également pris contact avec une avocate, jugeant que la situation était suffisamment inadmissible pour réfléchir sur un plan légal ». D’un point de vue déontologique et administratif, les deux uniformes semblant bien s’éloigner nettement de cadres primordiaux à l’instar du « crédit et renom de la police nationale et de la gendarmerie nationale » (R. 434-12 CSI), de la « relation avec la population » (R. 434-14 CSI) ou encore des « contrôles d’identité » (R. 434-16 CSI).
.
Toufik-de-Planoise
.
(*) le prénom a été modifié.
.
Illustration d’en-tête : Aperçu d’une charge policière, le 7 novembre rue Battant – Crédit : Toufik-de-Planoise.
