Dictature et démocratie : Eugénie Mérieau éclaire la question
Devant un auditoire famélique d’une petite vingtaine de personnes, la politologue et constitutionnaliste Eugénie Mérieau était de passage au foyer de la Cassotte, ce jeudi soir, pour une conférence organisée par « Récidev » et dédiée à la question des régimes politiques : qu’appelle-t-on démocratie ? Quelles différences avec la dictature ? Mais surtout, quelles proximités ?
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Là où les deux modes de gouvernance semblent éloignés à tel point que l’un et l’autre sont souvent présentés comme antagonistes, celle qui est maîtresse de conférences en droit public à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne les a au contraire présentés comme un continuum. De nombreuses démocraties portent en effet en elles les germes de la dictature : lois d’exception, élections à choix limité, dissolutions d’assemblées, rôle des autorités face à un « ordre public » aux contours flous et autres interdictions d’expression ou de manifestation, pourtant garanties par divers textes, notamment une constitution érigée en valeur suprême, en forment autant d’exemples.

À l’inverse, la dictature se construit le plus souvent, sur une architecture issue des révolutions françaises et américaine, par la présence d’une constitution (exemple pris, celle de Corée du Nord), d’élections – au résultat déjà connu, certes – ou de contre-pouvoirs « officiels » dont l’usage reste cependant très superficiel. Des interpénétrations que la conférencière ne manque pas de développer, en expliquant qu’à la faveur d’un événement dangereux pour le pays, notamment une guerre, la démocratie a vite fait de voler en éclat pour n’être restaurée que partiellement, voire pas du tout, selon les contextes. En tout cas pas sans la mobilisation populaire.
Après une rapide séance de questions, la soirée s’est poursuivie en musique, l’intervenante possédant la double casquette conférencière / artiste. Sous son nom de scène « l’Étrangère », Eugénie Mérieau, armée cette fois-ci de sa guitare électrique, a proposé une série de chansons poétiques engagées, à l’instar de certains titres tels que « Elle s’appelait Lou » ou « Bientôt la fin du monde ». Une suite plus légère malgré la gravité de certains thèmes, non sans lien avec les concepts de son domaine d’expertise. Ainsi s’est achevé le dernier rendez-vous du cycle « Libéralisme et libertés » mis en place par « Récidev ». Davantage de fréquentation la prochaine fois ?
Illustration d’en-tête : Aperçu de la conférence.
