« Avec Fagaut, notre modèle social s’effondrera d’autant plus !
Ielles étaient près de deux cents hier après-midi à braver le froid et la pluie, déterminé·e·s. À l’issue de la « conférence salariale », « CFDT » (« Santé Sociaux »), « CGT » (« Action Sociale » et « Santé Privée »), « Force Ouvrière » (« Action Sociale » et « Santé Privée ») et « SUD/Solidaires » (« Santé Sociaux ») appelaient à la grève et à la mobilisation des secteurs du social et du médico-social. Augmentation des salaires, pérennisation des budgets, égalité d’accès aux droits, embauche de personnel ou encore amélioration des conditions de travail étaient au cœur des revendications du jour. Après un piquet devant « l’Association des Paralysé·e·s de France » à 12h30, un cortège est parti à 15h00 de la place Marulaz. .
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Beaucoup espéraient que la participation serait plus forte, tant la situation est jugée critique et la nécessité d’un rapport de force vitale. « La colère gronde, mais, comme partout, cette expression se voit aussi précarisée, morcelée, écrasée » estime Nicole Friess, candidate aux élections municipales pour « Lutte Ouvrière », venue soutenir les salarié·e·s. Pour les concerné·e·s présent·e·s, reste que la coupe est en effet pleine : « Assurer l’accompagnement d’enfants, de personnes âgées ou handicapées, c’est essentiel dans notre société. À la manœuvre, ce sont d’ailleurs souvent des femmes, pour des tâches difficiles, ayant une rémunération qui baisse avec l’inflation. Avec la tarification à l’activité arrivée en 2026, les choses vont s’aggraver » tranche Catherine Caillet pour la « CFDT ».
Un constat notamment partagé par Pascal Descamps, délégué « CGT » à « l’ADDSEA ». Mais le défilé passant devant la boutique Jeanne-Antide à Battant, le syndicaliste prendra également le mégaphone pour adresser une pique plus politique : « Nous faisons une première halte ici, ce n’est pas pour rien, vous l’aurez deviné. Car avec Fagaut, notre modèle social s’effondrera d’autant plus ! Comme d’autres, son projet consiste en réalité à s’en prendre aux plus infortuné·e·s d’entre nous. Plutôt que de combattre la misère, il s’agit de chasser cette institution loin du centre-ville, où sont pourtant les usagers/usagères. L’échelon municipal est déterminent dans l’accueil et la prise en charge des populations, nous ne devons pas laisser les libéraux et autoritaires saccager un tissu social qui fait notre fierté ».
Derrière une banderole affichant « des moyens pour le social/médico-social », le trajet s’est poursuivi jusqu’au siège de la direction enfance-famille au conseil départemental. Les huées redoublent alors d’autant plus, lorsque le porche se referme brutalement à l’approche des protestataires. Alors que l’association « Solidarité Migrant·e·s/Réfugié·e·s » y menait déjà une action quelques jours plus tôt, le traitement des mineur·e·s reste pour beaucoup un axe particulièrement inflammable. « On aurait presque envie que le Doubs passe à gauche, pour que ça se calme un peu » lance une voisine, « mais c’est vrai qu’avec ce qu’on voit sur l’ASE, il y a de quoi péter un boulon » reprend-t-elle. La journée s’est achevée sur Chamars, où la foule s’est dispersée après des discussions sur le pavé. .

Une « lettre ouverte aux candidat·e·s »
À travers un communiqué que nous restituons ci-dessous, le « Comité de lutte sociale et médico-sociale » a tenu à se saisir des prochaines échéances électorales afin de faire part de ses inquiétudes, souhaits et demandes :
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« Mesdames et Messieurs les candidats.
Les 15 et 22 mars prochain se tiendront les élections municipales au travers desquelles se façonneront des orientations déterminantes pour le quotidien de nos collectivités locales et de leurs habitants.
Dans ce contexte, nous, travailleurs sociaux des secteurs de la protection de l’enfance, de l’insertion, du handicap, salariés de service public comme de structures associatives, vous interpellons pour connaître vos intentions, vos priorités et vos engagements en matière de politique sociale, de prévention et d’accès aux services.
Acteurs de terrain au plus proche de publics marginalisés et en souffrance, nous faisons le constat amer du recul progressif des moyens alloués à nos secteurs d’intervention. De fait, ce recul s’accompagne de la dégradation conséquente des situations sociales des personnes que nous rencontrons, et ce dans une indifférence sidérante des institutions de l’État.
Ainsi, à l’échelle locale, se dégage des problématiques concrètes sur lesquelles nous souhaitions vous interroger :
– L’implantation de la Boutique Jeanne-Antide et de son accueil de jour a pu faire débat pour certains d’entre vous. Nous alertons sur la nécessité d’une proximité de ces services au plus près des personnes concernées. Contrairement aux hypothèses maintes et maintes fois entendues, déplacer les structures d’accueil ne déplace pas nécessairement les publics. Que proposez-vous pour l’avenir de la Boutique Jeanne-Antide ?
– Par ailleurs, nous questionnons vos orientations en matière de politique publique en faveur des jeunes. Les baisses de financement des services de prévention spécialisés au niveau du Département (baisses approuvées par M. Fagaut au Conseil Départemental en 2025) et les coupes drastiques qui s’apprêtent à impacter les missions locales laissent un vide considérable dans la prise en charge des 18-25 ans. Quelles sont vos propositions pour pallier le manque d’accompagnement de ces jeunes ? De la fin de la présence des services de prévention spécialisée dans des quartiers comme Battant ou Clairs-Soleils ?
– Nous interrogeons également le devenir des CCAS, en première ligne des prises en charge, sollicités par des besoins croissants qui ne sont malheureusement pas accompagnés par des moyens à hauteur de ces besoins. Quelles sont vos propositions pour donner au CCAS les moyens d’assurer ses missions ?
– L’accès au logement représente également une problématique majeure pour les personnes que nous accompagnons, y compris des enfants. Sur le secteur de Besançon et Grand Besançon Métropole, c’est environ 6500 demandeurs de logement social qui se retrouvent sur les listes d’attente du territoire. Êtes-vous favorable à la réquisition des logements vides pour permettre d’offrir un toit à toutes celles et à tous ceux qui en ont besoin ?
– Informés par certains de nos collègues du refus de domicilier administrativement des personnes qui en font la demande au SAAS sous prétexte d’absence de titre de séjour, nous tenons à réaffirmer l’inconditionnalité de ce droit. Vous engagez-vous à assurer que toute personne, quelle que soit sa nationalité, son origine ou sa situation administrative, puisse bénéficier d’une domiciliation au SAAS, condition à l’ouverture de certains droits comme celui à l’Aide Médicale d’État ? Nous rappelons à ce sujet que ne pas permettre à certaines personnes de bénéficier de soins est non seulement inhumain mais pose aussi de graves risques pour la santé publique.
– Si la protection de l’enfance est une compétence du département, la municipalité garde un rôle majeur via la prévention et le repérage des situations problématiques (plan de lutte contre les violences intrafamiliales, meilleurs inclusions des enfants en situation de handicap avec des centres de loisirs et des parcs de jeux adaptés, soutiens psychologiques avec des centres municipaux de santé, coordination des différents partenaires du territoire …). Faire de la protection de l’enfance un pilier de votre mandat, c’est investir dans la prévention plutôt que gérer les crises. Une commune protectrice est une commune qui agit tôt, coordonne efficacement et soutient les familles sans les stigmatiser. Aussi, quels seront vos engagements à ce sujet ?
Enfin, nous faisons le constat de la fermeture en 2025 de 20 lits d’hospitalisation en psychiatrie sur le secteur de Besançon, impactant directement différents services et laissant sans prises en charge des personnes parfois atteintes de graves souffrances psychiques. Face à la prolongation sur 2026 de la Grande Cause Nationale dédiée à la santé mentale, nous questionnons vos propositions en la matière et votre implication à l’échelle locale.
Conscients des prérogatives qui seront les vôtres, nous savons qu’une partie des difficultés que nous observons sur le terrain sont les conséquences de décisions départementales, régionales et nationales. Néanmoins nous vous sollicitons, en tant que potentiel futur élu, pour agir localement et favoriser une politique sociale auprès des personnes, enfants, adolescents et adultes, les plus touchées par la précarité et la misère.
Sincères salutations Le comité des travailleurs médico-sociaux de Besançon ». .
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Illustration d’en-tête : Aperçu du cortège, au niveau de la rue Champrond.
