Après la fermeture des « Instants Gourmands », la ville de Besançon questionnée sur ses responsabilités
Ce jeudi 27 août devait marquer le retour des « Instants Gourmands » sur la place Granvelle pour une 31e édition, un évènement de quatre jours mêlant cuisine, musique et boisson en plein cœur de la capitale comtoise. Les festivités furent de courte durée après des vents violents, pourtant largement annoncés, provoquant plusieurs chutes de branches sur le site et au moins une blessée, évacuée par la suite par les pompiers. Un incident, qui interroge sur le maintien de l’évènement et donc la responsabilité du maire, Ludovic Fagaut.
.
Des rires à la tempête
Tout se passait bien ce jeudi soir sur la place Granvelle à Besançon. Certes le ciel semblait s’assombrir, mais pas de quoi décourager les curieux et curieuses venues profiter de l’évènement, goûtant des cuisines locales ou du monde, discutant avec les artisan·e·s ou simplement buvant un verre en écoutant la premier concert de ce petit festival. Ce n’est que vers 18h30 que des bourrasques commencent, rien d’inquiétant mais quelques personnes quittent le site. D’autres constatent la présence du maire et se disent que si l’évènement n’est pas fermé, c’est qu’il n’y a rien à craindre. Pourtant vers 19h00, des vents violent soufflent, font claquer les portes des chalets, tomber des poubelles, les gens commencent à évacuer le site en panique, lorsque deux branches tombent…
Elles s’effondrent sur une table où plusieurs personnes buvaient un verre, tout le monde autour est sonné. Personne n’ose bouger pendant une poignée de secondes puis on remarque quelqu’un couché sous les branches, plusieurs personnes courent la dégager alors que le vent souffle encore. Le secours présents sur place arrivent rapidement, alerté par les cris, des tables sont mises, en protection de fortune, au dessus de la personne pour éviter une nouvelle chute. Elle est inanimée mais elle respire, elle reprendra connaissance avant l’arrivée des pompiers. Pendant que les secours font leur travail, la foule encore présente est sommée par la police municipale de se disperser et de quitter les lieux. Le vent s’est calmé mais les commerçant·e·s et consommateurices encore présent·e·s sont sous le choc.
Dans l’évacuation, on entend pester des membres de la sécurité : « Pourquoi ils ont pas fermé ce putain d’évènement ? » Une personne assise à la table d’à côté de l’accident témoigne : « tout s’est passé très vite, le vent, les branches, à deux mètres près c’était nous, à quelques secondes c’était des enfants, à quelques minutes c’était même le maire, la personne était blessée à la tête, elle saignait, j’espère qu’elle va bien ». Il semblerait qu’elle soit sortie de l’hôpital depuis. Plus tard, alors que l’évènement est annoncé comme fermé pour la soirée, des commerçant·e·s nous expliquent : « Les années précédents, Vignot fermait le site en cas de vent et les commerçants gueulaient, Fagaut a dû vouloir faire l’inverse, pas de bol, l’accident est arrivé ».
.



.
La mairie de Besançon a-t-elle failli dans ses obligations de sécurité ?
Rapidement, les habitant·e·s se sont demandés si l’incident aurait pu être évité. Lors d’un évènement sur la place publique, il est de la responsabilité de l’organisateur, ici la ville de Besançon, d’anticiper au mieux les questions météorologiques, afin de prendre toutes les mesures utiles visant à préserver la sécurité de chacun·e. Y compris si cela implique l’annulation de l’évènement. Une disposition particulièrement préconisée concernant la place Granvelle, qui avait déjà été touchée les éditions précédentes, les nombreux arbres présents nécessitant une attention accrue en cas de bourrasques. Un fait connu, comme le confirme diverses associations qui y programment régulièrement des rassemblements, festivals et autres marchés. Ainsi, le péril était-il bien considéré ?
Car les alertes officielles ont été transmises aux administrations à 09h16, répercutées des sites spécialisés à la préfecture sur ces « rafales dommageables voire une tornade » entre 17h00 et 20h00. La ville de Besançon annonçait d’ailleurs à 12h35 que les cimetières seraient fermés pour cause « d’orage violent et de grêle à partir de 16h ». Une mesure loin d’être isolée puisqu’un arrêté municipal aurait même été promulgué pour l’occasion, plusieurs sites étant restreints, à l’instar du Square Saint-Amour concernant le « risque de chute de branches ». Les pouvoirs publics locaux étaient conscients qu’un phénomène virulent risquait de toucher la capitale comtoise de plein fouet, mais ont donc, malgré tout, décidé de maintenir comme prévu l’évènement.
Entre enjeux organisationnels, financiers, sociaux, il était sans doute difficile d’acter une telle décision alors que devait se tenir le discours d’inauguration de Ludovic Fagaut, lequel, répondant aux craintes des médias, espérait « passer à côté [des orages] pour ce soir ». Une conférence de presse qui a pu se tenir in-extremis, mais un pari dangereux qui aurait pu tourner au drame. Ce n’est pas la première fois que l’édile est critiqué en la matière, l’opposition lui ayant reproché d’avoir maintenu les feux d’artifices du 14 juillet pendant la sécheresse et alors que Belfort était confrontée à des départs d’incendies. Ce matin, le communiste Hasni Alem n’a pas manqué de publier un communiqué, s’interrogeant sur « le choix de privilégier l’image d’une inauguration municipale plutôt que la sécurité des Bisontins ».
.



.
Revenant sur cette nécessaire interruption, le maire a cependant assuré que « la sécurité des visiteurs, des exposants et de l’ensemble des équipes demeure notre priorité ». Alors que les alertes météorologiques continuent, au moins pour la journée de vendredi, et que de violents orages de grêle ont ravagé le Doubs au nord de Besançon, la reprise des « Instants Gourmands » semble plus qu’incertaine. La ville n’a toujours pas communiqué depuis hier soir, mais semblait déterminée à rouvrir l’évènement comme en témoignent les nombreux agents venus pendant la nuit nettoyer le site, bloqué par des agents de sécurité alors que le vent soufflait encore. Si la sécurité de l’évènement est réellement la priorité, peut être est-il temps de pratiquer l’adage « prudence est mère de sûreté ».
.
Nadwo et Toufik-de-Planoise
.
Illustration d’en-tête : Les branches qui ont chuté sur le groupe de personnes attablées, déplacées pour permettre l’intervention des secours – Crédit : Nadwo.
