À Besançon, 500 personnes observent une minute de silence contre le racisme et l’islamophobie
La journée de lundi aura été marquée par des temps de recueillement partout en France. Mais à Besançon, rien ne s’est déroulé comme prévu, avec une cérémonie officielle et à huis-clos, qui a été fortement critiquée, notamment sur les réseaux sociaux et une autre, annoncée et réalisée devant un important public.
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Ce lundi, dans de nombreuses moyennes et grandes villes du pays, des rassemblements citoyens ont été organisés pour dénoncer « le racisme et l’islamophobie » après les évènements du 23 octobre 2026. Ce jour-là, depuis sa voiture, un militant d’extrême-droite a tiré à l’arme automatique à Trappes puis à La Verrière dans les Yvelines, causant la mort d’un homme de 26 ans, Pengo Bossio Wangi, et blessant plusieurs autres, dont une enfant de 11 ans lourdement touchée. Un acte qualifié par les autorités d’attentat « raciste » et « terroriste ». Compte tenu de la situation et de l’émotion que cela a suscité en quelques jours dans la société française, des rassemblements ont donc été décidés dans plusieurs villes en France, notamment à Besançon. Mais tout ne s’est pas déroulé selon le programme annoncé dans la capitale comtoise.
Sur « Facebook », une publication à rapidement circulé le lundi matin, jour-même du rassemblement alors prévu à 18h, en fin de journée. On peut ainsi lire sur le flyer numérique préparé en vue de communiquer sur l’évènement : « En soutien aux victimes de l’attentat de Trappes // Refusons le racisme et l’islamophobie ». Toutefois, et alors que la publication avait été partagée de très nombreuses fois par les internautes bisontin·e·s, le site de la Ville de Besançon a annoncé après 13h qu’un rassemblement avait déjà eu lieu Esplanade des Droits Humains, non loin de la mairie. Dans l’annonce faite par la Ville, on peut ainsi lire : « À la suite du crime terroriste à caractère raciste qui a frappé Trappes, le maire Ludovic Fagaut, les élus de la République et les représentants des cultes se sont réunis aujourd’hui pour exprimer leur profonde émotion, leur solidarité avec les victimes et leurs proches, ainsi que leur soutien aux habitants touchés par ce drame ».
Alors que s’est-il passé à Besançon ? Est-il bien convenable qu’un rassemblement autour d’évènements aussi tragiques ait été perturbé de la sorte ? Pourquoi la presse et les journalistes – et donc les citoyen·ne·s bisontin·e·s – n’ont été prévenu·e·s que quelques minutes avant le rassemblement annoncé par la mairie ? En ce qui concerne « le Ch’ni », la rédaction n’a même pas été prévenue du tout.
Des Bisontin·e·s et des élus d’opposition en colère
L’annonce de la tenue d’une cérémonie à huis-clos a été aussi tardivement annoncée que génératrice de confusion pour de nombreux·se·s internautes, comme en témoignent certains commentaires de la publication de la Ville sur les réseaux sociaux. « On les compte sur les doigts de la main. Que des élus-es ?? » réagit une habitante de Planoise. « [Le] site de Besançon ma ville n’est pas réservé uniquement à Monsieur Fagaut, il en FAIT son Fil politique pour diffuser ce qu’il a décidé tout seul ! » écrit un autre bisontin. « A 12h15 ? Et la populace n’était pas conviée ? », semble s’étonner un internaute. Si de très nombreux internautes s’offusquent d’un rassemblement à huis-clos, d’autres semblent être en phase avec la démarche du maire : « Arrêtez avec votre supposé racisme en 2026, une légende urbaine, par contre la connerie oui l’irrespect et le manque d’empathie générale sont bien réels », commente un compte. « Si tout le monde vient, cela équivaut à une énième manifestation et bis repetita pour les dégradations possibles. Nos élus se sont vus. C’est le principal, non ? », se demande un autre.
Alors qu’est ce qu’il s’est passé au juste pour en arriver à un tel couac ? Interrogé par nos soins, Hasni Alem, élu d’opposition qui n’a pas pu se rendre au rassemblement de 12h15 se défend : « Nous avons été prévenu·e·s le jour même et bien trop tard, tout le monde ne pouvait pas se rendre disponible sans s’organiser et être prévenu plus en avance » explique-t-il. Ainsi, Anne Vignot (EELV), Jean-Sébastien Leuba (PS), Abdel Ghezali (PS) ont pu être présent·e·s lors du rassemblement en petit comité.
De plus, sur l’organisation même des événements, « Nous avons envoyé une lettre samedi pour demander au maire d’organiser un rassemblement lundi à 18h. Nous n’avons eu aucune réponse de sa part, même après 24 heures d’attente. Nous avons ensuite annoncé notre rassemblement place Granvelle » souligne l’élu d’opposition communiste. Ce dernier estime également que le maire de Besançon a craint la tenue d’un rassemblement citoyen : « Il a eu peur de se faire huer. Il a eu peur d’avoir un épisode aussi désastreux que celui de son rassemblement ‘Pas Touche à ma mairie’ où il s’est fait huer. (…) Et donc, il s’est dit ‘Je vais faire un rassemblement en catimini’ pour bien montrer qu’il a fait quelque chose. Pour moi, c’est une honte totale et absolue ».
Un rassemblement maintenu place Granvelle
La nuit tombant hier, le rassemblement prévu par l’opposition a toutefois réuni environ 500 bisontin·e·s sur la place Granvelle à 18h, selon les chiffres des organisateurices. Les élus d’opposition notamment ont pu prendre la parole à tour de rôle devant un public bel et bien présent. Anthony Poulin, Séverine Véziès, Barbara Romagnan, Hasni Alem ou encore Ahmet Kaan Polat (militant PS). Toustes ont été unanimes pour condamner le racisme et toutes les formes de discriminations basées sur la religion ou l’ethnie, supposée ou réelle. « Nommons les choses. C’est un crime raciste, islamophobe et négrophobe. Le racisme tue (…) et face à ce racisme, tous les êtres humains se souviennent qu’ils sont semblables », a notamment déclaré Séverine Véziès.
D’autres prises de parole remarquées ont aussi été faites, notamment d’habitant·e·s du quartier populaire de Planoise. « Nous sommes musulmans, chrétiens, juifs, croyants ou non croyants (…) mais nous avons tous quelque chose en commun. Nous sommes des êtres humains et nous avons tous droit au même respect. Aujourd’hui, nous pensons aux familles et à tous ceux qui souffrent du racisme, parfois même le silence », ont conclu notamment des habitantes de quartiers populaires bisontins.
Myriam Bendjilali
Contrairement aux informations erronées publiées par « Plein air », le confidentiel et controversé « comité de vigilance antifasciste de Besançon » n’était en rien à l’initiative de cette date. Divers·e·s élu·e·s et représentant·e·s de différents partis nous confirmant que l’opposition municipale était seule tributaire de ce rassemblement, laquelle fut bien exclusivement en charge de l’organisation, la gestion et l’animation de l’événement. Plusieurs interlocuteurs/interlocutrices prendront d’ailleurs leur distance avec l’appropriation, coutumière, de cette formation, ne comptant que quelques membres, qui, malgré leurs affirmations et communiqués, sont régulièrement épinglé·e·s pour leurs dérapages racistes, antisémites, islamophobes, anti-LGBT+ et leur proximité documentée avec l’extrême droite.
Illustration d’en-tête : Environ 500 personnes étaient présentes lundi 26 octobre 2026, Place Granvelle à Besançon. Crédit : Toufik-de-Planoise.


