Presque sept mois plus tard, enfin le procès « Némésis »

Ce mercredi 27 mai se tenait au tribunal de Besançon le procès de Yona Faedda, figure fémonationaliste locale du groupuscule identitaire « Némésis », poursuivie pour diffamation à l’encontre de l’ancienne maire de la ville, Anne Vignot. Après un premier débat sur une possible nullité de la procédure, les échanges ont finalement eu lieu dans un ambiance tendue, aussi bien dans la salle que devant le tribunal, où une centaine de personnes s’étaient rassemblées contre le « Collectif Némésis ».
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Du beau monde devant le tribunal

Déjà le 6 juin 2025, Yona Faedda était venue largement accompagnée pour son procès. Encore une fois, on retrouve Alice Kerviel dite Cordier, porte-parole principale du « collectif Némésis », quelques militantes belfortaines du collectif et Matteo Bachetti, ancien proche des « Vandal Besak ». Nouveauté aujourd’hui, il était possible de voir Astrid, une autre porte-parole du collectif, témoignage de la difficulté à trouver des soutiens au niveau local. À cela s’ajoutait aussi deux gorilles, pour accompagner cette vingtaine de personnes, qui semblent faire office de garde du corps à chaque action locale, déjà présents lors du carnaval de Besançon cette année.

Pour ce qui est du soutien à la plainte déposée par Anne Vignot, une centaine de personnes étaient réuni·e·s à l’appel de syndicats, partis et associations locales, devant le tribunal avec banderoles et pancartes, scandant des slogans antifascistes et demandant la dissolution du collectif. On y retrouvait plusieurs membres de l’opposition, au conseil municipal, des figures syndicales locales mais aussi quelques représentant·e·s des mouvements de jeunesse et de groupes autonomes non signataires de l’appel.

Une présence qui faisait tache tout de même, celle d’un activiste rouge-brun, récemment suspendu du « NPA-A » pour ses proximités avec l’extrême droite, présent avec une pancarte contre « Némésis », bien qu’ayant posé bras dessus bras dessous, quelques mois plus tôt, lors du procès d’un individu, depuis condamné définitivement, pour ses discours antisémites à l’appui du groupuscule identitaire. Des faits largement connus à Besançon, qui ne l’ont pas empêché de se pavaner devant tous les objectifs et de marmonner au sujet des « faux journalistes du Ch’ni » au passage de notre reporter sur place.
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Rassemblement contre le « Collectif Némésis » devant le tribunal – Photo Nadwo

 

Enfin des débats sur l’affaire

Après un premier procès entaché par les vices de procédure qui avaient empêché l’affaire d’être traitée en juin 2025, les deux avocats et la procureure de la République ont enfin pu commenter l’affaire et rentrer dans les détails du sujet. Premier acte des discussions, une introduction par le juge : rappel des faits, la diffusion sur le réseau social X d’un tract associant la maire de l’époque au « soutien de violeurs étrangers » et description de la personnalité de la prévenue, avec l’absence étonnante de mention de son engagement militant.

Place ensuite Maitre Tewfik Bouzenoune, avocat d’Anne Vignot, dont l’argumentaire a débuté sur les abus de la liberté d’expression, avant qu’il ne soit coupé en pleine plaidoirie par Alice Kerviel, présente dans le public et scandant « diffamation » après que l’avocat a dit que le collectif « portait un projet raciste ». Après un rappel à l’ordre et une menace d’évacuation de la salle, Maitre Bouzenoune a pu continuer, remettant en cause le caractère polémique ou politique du message accompagnant la diffusion des tracts, ne laissant transparaître que la « jubilation d’une action ». Enfin, il s’étonne de l’absence de preuves apportées par son confrère pour défendre sa cliente.

Puis vint la procureure, visiblement inquiète de la portée médiatique et politique de ce procès et qui fit un long rappel de son rôle, son devoir d’objectivité et sa démarche ne relevant « ni de la validation, ni de l’invalidation de positions politiques ». Après avoir expliqué le caractère avéré de la responsabilité des faits, assumés par la prévenue, et le caractère public de la diffusion, cette dernière s’est attelée à expliquer les raisons qui l’ont amenée à considérer le caractère diffamatoire comme fondé. Pour elle « il semble avéré qu’on impute à Anne Vignot un soutien aux violeurs ».
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Anne Vignot se rendant au tribunal avec en arrière plan Yona Faedda et ses soutiens – Photo Nadwo

 

Une tentative de faire de ce procès une tribune des idées d’extrême droite

Avant d’achever son propos, la procureure évoque aussi le sentiment d’un mépris de Yona Faedda à l’égard de l’institution, avec trois refus de se présenter aux convocations judiciaires dans le cadre de l’instruction. Une remarque qui fait échos à l’attitude précédente d’Alice Kerviel lors de la plaidoirie de Maitre Bouzenoune. Un autre écho, peut-être, celui d’une remarque lancée sur le parvis du tribunal, lieu de prédilection des petites phrases des soutiens de « Némésis », qualifiant la procureure de « vautour qui se cache derrière sa robe » sans que cela n’émeuve Maitre Frédéric Pichon.

Maitre Pichon, avocat de Yona Faedda, s’est d’ailleurs illustré lors de son argumentaire par une rhétorique particulièrement étonnante. Après quelques divagations opposant la vision libérale de Voltaire et celle de Saint-Just, figure de la révolution, détestée par la droite et l’extrême droite, il a repris les éléments de langage de l’extrême droite et du « Collectif Némésis » comme s’ils étaient vérité absolue. Évoquant des affaires comme celle de Cologne en Allemagne pour tenter d’expliquer l’action de sa cliente et justifiant l’absence de preuve de sa part par la simple phrase : « je ne considère pas les propos comme diffamatoires ».

Dans le florilège des allégations tenues par celui qui se considère comme une « national-catholique », il exprime que « Anne Vignot a tendance à voir du racisme et du fascisme partout », qu’elle souhaiterait laisser « grandes ouvertes, les portes de la France ». Il laisse sous-entendre le poncif de « Némésis » sur un acharnement judiciaire en évoquant la nécessité de ne pas « embourber les tribunaux ». Enfin, plus cocasse, il évoque « un choc des générations, où les féministes soixante-huitardes ne pensent qu’à s’en prendre au grand mâle blanc », « drôle que ce soit un grand mâle blanc qui dise ça » répondra Anne Vignot après le procès.

Après des réquisitions d’amendes de la part de Maitre Bouzenoune, 4 000€ au total, et de 175h travaux d’intérêts généraux de la part de la procureure, le procès s’achève enfin avec un renvoi au 3 juillet 2026 à 8h30 pour le délibéré. Les deux parties se quitteront sur le parvis du tribunal sans nouveau coup d’éclat ou quelconque joute verbale. À dans cinq semaines, donc.
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lllustration d’en-tête : Yona Faedda accompagnée d’Alice Kerviel, d’Astrid et du reste de leur groupe, quittant le tribunal.