Le « Collectif Histoire des Chaprais », la mémoire du quartier
Quartier bien connu des Bisontin·e·s pour son parc Micaud, sa gare de la Mouillère et son emblématique place Flore située sous la gare Viotte, les Chaprais sont également chargés d’histoire, entre survivance fouriériste et anciennes industries aujourd’hui disparues. Un héritage local que s’applique à documenter le « collectif Histoire des Chaprais », qui a récemment mis son site internet en ligne et dont nous retraçons aujourd’hui l’évolution pour notre portrait du mois.
Nous nous retrouvons dans un bar (des Chaprais, bien entendu) avec Jean-Claude Goudot, président fondateur et animateur du collectif, conteur intarissable de l’histoire du quartier et de la vie bisontine de ces dernières décennies. Avant d’être cette passeuse de savoir qu’elle est aujourd’hui, l’association « collectif Histoire des Chaprais » nait d’une toute autre ambition : celle d’un regroupement de trente-cinq familles habitant autour de la rue de la Rotonde pour contester un projet immobilier à la légalité douteuse. Nous sommes en 1998, encore sous l’ère du maire socialiste Robert Schwint, et « l’Association de défense des habitants de Chaprais-Rotonde » vient de voir le jour. Entre divers allers-retours en justice, un abandon de l’agence « SMCI » de Besançon par le promoteur originel, Kaufman & Broad (qui l’avait rachetée en 1997), le projet initial est finalement abandonné, pour être reproposé sous une forme différente en 2005 par Fabrice Jeannot, dont l’enseigne « Pierre et Vie » avait relancé une « SCMI Tradition » en 2002. Malgré un nouveau recours, le projet sort définitivement de terre en 2009. L’association, qui avait en parallèle commencé à s’intéresser aux autres problèmes du quartier et à éditer de petits bulletins, devient alors « Vivre aux Chaprais ».
Participation aux Conseils consultatifs des Habitants
Créés en 1996, les conseils de quartier deviennent en 2008 les Conseils Consultatifs des Habitants (« CCH »), les Chaprais-Cras étant, avec ses quelque quinze mille habitant·e·s, le deuxième plus gros quartier de la ville après Planoise. La nouvelle association s’y investit via ses membres présent·e·s dans ces conseils, et divers événements et actions sont réalisé·e·s : brochures et CD sur la mémoire du quartier, clowns et musiques pour accompagner la rentrée des classes, jeux partagés avec enfants et parents aux parcs Micaud et des Chaprais, mais aussi et surtout suivi de l’avancée des travaux du tram, pour faire remonter en direct les problèmes liés au chantier. Une des initiatives consiste également à reprendre le concept des « cafés histoire » et d’organiser des rencontres dans des bars afin d’y évoquer l’histoire locale. Le collectif propose dans le même temps de relancer les visites du cimetière des Chaprais, abandonnées après divers problèmes d’organisation une quinzaine d’années plus tôt. Un site internet est également créé, qui se déclinera par la suite en « l’humeur des Chaprais », un blog alimenté régulièrement de 2012 à 2022. Un litige autour des commémorations du 75ème anniversaire de la libération de Besançon allait acter une nouvelle direction…
La branche histoire prend son envol
En 2019, plusieurs projets autour de cette commémoration sont retoqués, en raison notamment d’une nouvelle gestion des budgets des « CCH ». « Là, je me suis fâché » admet Jean-Claude Goudot, qui démissionne alors, suivi quelque temps après par les membres de la commission « Patrimoine et histoire », après réalisation des initiatives encore sur le feu. C’est le point de départ du collectif « Histoire des Chaprais », destiné à assurer la publication d’un livre retraçant – ô surprise – l’histoire des Chaprais. Il se rattache alors à l’Association Sportive et d’Éducation Populaire (ASEP). Le covid passe par là et le véritable premier événement ne verra le jour qu’à la rentrée 2021, avec l’exposition de cartes postales agrandies dans le locaux de l’ASEP, rue Résal. L’association loi 1901 véritablement dénommée « collectif Histoire des Chaprais » se constitue en août 2022, afin de pouvoir mener à bien la publication du fameux livre. Des conférences et visites du quartier sont alors relancées, mais aussi sur les figures fouriéristes locales ou encore sur les grandes industries et activités économiques des Chaprais. Face à la quantité importante de support papier nécessaire à l’édition de tout ce savoir, l’idée du site internet germe, pour aboutir en mars 2026.
Centraliser, transmettre, mettre en commun
Depuis le lancement du site collaboratif, Jean-Claude et le collectif s’attellent à la lourde de tâche d’y faire figurer plusieurs années de documents et recherches relatives aux Chaprais. À force d’événements et de démarches mises en place, iels finissent même par être sollicité·e·s en dehors du cadre strictement chapraisien, sur des questions historiques plus larges. « Nous ne sommes pas expert·e·s, mais on sait où trouver les ressources pour répondre aux questions qu’on nous pose : historien·ne·s, géographes, descendant·e·s des figures locales, architectes, archivistes… On a beaucoup réseauté ». Une légitimité glanée au fil des années qui permet à l’association d’être toujours appuyée par la ville dans ses activités. Un foisonnement qui occasionne des rapprochements avec d’autres structures, comme « l’Association d’études fouriéristes », qui participe à faire vivre la mémoire socialiste de la ville. Même si Jean-Claude Goudot se défend de tout militantisme politique : « on a toutes et tous nos idées politiques, mais on tâche de les laisser en dehors du collectif, pour ne parler que de l’histoire, ça nous permet entre autres d’être en bons termes avec les municipalités successives ». Une formule qui, souhaitons-leur, devrait conférer à « Histoire des Chaprais » une certaine longévité.
Illustration d’en-tête : les membres du collectif et quelques ami·e·s posent devant le moulin à huile des halles de Belvoir
