Besançon promulgue un « arrêté anti-mendicité », les opposant·e·s annoncent un rassemblement
C’était une promesse du candidat « les Républicains » Ludovic Fagaut, désormais inscrite dans la réalité avec son élection en mars dernier. La ville de Besançon vient en effet d’édicter un « arrêté anti-mendicité », qui vise les « sollicitations agressives » et autres « état d’alcoolisation » sur la voie publique de diverses zones pendant l’été. Un document signé hier dans son cabinet, façon Donald Trump. La décision a été prise dans l’intérêt des habitant·e·s et commerçant·e·s, assure l’édile qui espère ainsi rétablir ordre et tranquillité. Reste que l’esprit, l’application et l’efficacité de ce texte se sont immédiatement vus pilonnés par la vérité du terrain et l’opposition municipale. Cette dernière organise d’ailleurs un rassemblement, lundi 1er juin place Louis Pasteur.
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Cent-cinquante euros d’amende et six mois de prison ferme
Angoulême, Carcassonne, Lorient, Vierzon, Nice, Nevers, Melun… À cette liste, il faut désormais ajouter Besançon. Depuis hier et jusqu’au 15 octobre prochain, la capitale comtoise est donc sous l’égide d’un « arrêté anti-mendicité » renouvelable sans limite. Une ordonnance qui entend donc interdire toute invitation répétée, agressive ou sous empire alcoolique à la solidarité émanant d’une personne nécessiteuse envers des tiers·e·s, mais également l’ivresse ou la détention de chiens provoquant une « gêne ». La restriction s’étend chaque jour de 10h00 à 20h00, sur de larges portions du centre historique et de Châteaufarine. Tout·e contrevenant·e s’exposant à des sanctions, fixées à une amende de cent-cinquante euros et jusqu’à six mois de prison ferme.
Une ratification effectuée de manière grandiloquente devant certains médias, « le Ch’ni » n’ayant pas été invité malgré nos demandes. Mais qui s’expliquerait, sur le fond, pour ses partisan·e·s, par une soixantaine de mains courantes, collectées sur près de deux mois par les nouveaux services de la cité, sans qu’il ait été toutefois possible d’en vérifier l’authenticité ni l’exactitude. Le débouché politique choisi n’en a pas moins suscité un fort engouement sur les réseaux sociaux, l’électorat de droite s’étant déjà fait remarqué pour sa sensibilité particulière concernant les sans-abris. Avec, déjà engagée, la prochaine étape, par le démantèlement des structures sociales du quartier Battant ; en premier lieu, la boutique Jeanne-Antide et son accueil de jour pour les plus précaires.
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L’instauration d’une véritable chasse aux pauvres ?
Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le périmètre comporte aussi la rue Champrond, où est justement installée cette institution. Si le bilan de Ludovic Fagaut au département apparaît catastrophique sur ce volet, l’intéressé assume ainsi une volonté de reléguer les « galérien·ne·s » loin d’un secteur qu’il veut consacrer au tourisme. Un horizon pouvant entraîner de graves répercussions sociales, ainsi que nous l’explique une assistante sociale très choquée par l’actualité. « Si les gens de la rue peuvent se montrer violents, c’est par ce que la rue est violente ! M., c’est une de mes suivies. Ça fait des mois que je bosse pour qu’elle ait confiance en moi, qu’on trouve des solutions ensemble. Avec cet arrêté, il est possible qu’elle parte de Besançon et devienne encore plus vulnérable ».
Une alerte, qui en suit d’autres. Un lecteur nous rapportant avoir été témoin des effets concrets de cette publication, dès ce vendredi après-midi. « Près de la gare-Viotte, une jeune femme statique qui faisait simplement la manche a été virée par la police municipale. Il lui ont dit que le Maire venait d’interdire cette pratique, donc qu’il fallait arrêter sous peine de poursuites. Ni son attitude ni le lieu n’étaient concernés, mais ça n’a pas empêché les agent·e·s de sévir. C’est là toute la réalité de cet arsenal, d’un côté Ludovic Fagaut donne un cadre légal, lui évitant un recours devant les tribunaux, mais, derrière, il permet de traquer ce qu’il estime être les indésirables sociaux. Je suis scandalisé, ce n’est plus la cité de Victor-Hugo » nous a t-il notamment relaté ce jour au téléphone.
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Un front du « Parti Socialiste » au « NPA-A »
Dès qu’ielles en ont été avisées, les voix de gauche n’ont pas tardé à réagir. Y compris « les Écologistes », qui avaient, pourtant, en 2018, sous le mandat de Jean-Louis Fousseret, signé un premier « arrêté anti-mendicité », proscrivant « le stationnement assis », avant d’admettre quelques regrets après la polémique. Sans pour autant infléchir leur politique urbaine, ou se joindre aux hommages populaires. Une ambigüité que souligne l’ancien adjoint Jacques Vuillemin, pour qui ce précédent a ouvert la porte à la situation actuelle. Mais, dans l’opposition, le mouvement tente de mener une contestation, au-delà de ses rangs, avec ses alié·e·s socialistes, communistes, insoumis·e·s, ainsi que d’autres forces telles que le « Nouveau Parti Anticapitaliste – l’Anticapitaliste ».
« La tranquillité publique ne se décrète pas devant les caméras. Elle se construit dans la durée, avec de la cohérence, des moyens humains et du dialogue. L’arrêté pris par le Maire de Besançon contre ce qu’il appelle la ‘mendicité agressive et alcoolisée’ constitue une erreur politique, une erreur juridique et surtout une erreur humaine » tranche le « PS », quand « LFI » dénonce un acte qui « s’attaque avant tout aux plus précaires, ne règle rien, déplace la pauvreté, la rend moins visible et stigmatise celles et ceux qui vivent déjà dans des conditions extrêmement difficiles ». Toutes les parties se donnent rendez-vous le 1er juin à 18h00 place Louis Pasteur, promettant d’ici là de lancer des analyses juridiques alors que le « Comité Européen des Droits Sociaux » a épinglé la France ce 5 mars 2026.
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Illustration d’en-tête : Un galérien, à Besançon, en 2019, ayant trouvé refuge dans l’office d’une banque où apparaît, en contre-plan, sa publicité de l’époque.
