Un Bourbon dans la Comté, Allenbach aux abonnés absents

Édito. Comme nous le révélions le 4 juillet dernier, un certain Louis de Bourbon était récemment de passage à Besançon en compagnie du maire « les Républicains » Ludovic Fagaut. Pour ce prétendant au trône de France qui se rêve en futur « Louis XX », aucune raison de cacher sa fierté concernant l’héritage historique et politique de son grand-père, Francisco Franco. Mais une autre affiliation de cet hôte mérite également d’être soulignée, l’intéressé s’inscrivant dans la dynastie capétienne régnante de 1283 à 1830. Laquelle s’est illustrée par de multiples tueries sur toute la Franche-Comté, jusqu’à l’annexion du territoire. Très porté sur le symbole quand il s’agit de sa « mère-patrie », Jean-Philippe Allenbach, autonomiste associé à la droite locale, n’a cependant pas saisi l’occasion d’évoquer ce passif sensible avec ses partenaires…

Au XVIIe siècle, le Royaume de France a commis nombre d’exactions dans ce qui était le « comté de Bourgogne » alors rattaché de longue date au Saint-Empire romain germanique. Si la « guerre de dix ans » fait ainsi émerger le célèbre « Comtois, rends-toi ! Nenni, ma foi ! » lors du siège de Dole en 1636, ce sont deux tiers des habitant·e·s qui y sont exterminé·e·s par le fer, le feu ou la famine. Un supplice maintenu avec une première conquête puis une seconde, tout aussi abondantes en atrocités, ainsi qu’en témoigne notamment le massacre d’Arcey en 1674. Avant de conclure sur la ratification des « traités de Nimègue » en 1678, signant la fin des bains de sang mais aussi l’abolition de toute autonomie. Prélude d’une bataille contre « l’assimilation » à marche forcée jusqu’au XXe siècle, faisant presque disparaître les traditions, cultures et langues du terroir.

Cette réalité, on la doit donc à la « maison de Bourbon ». Celle dont se réclame encore aujourd’hui le « duc d’Anjou », présent le 23 juin dernier à Besançon pour une parade militaire avec Ludovic Fagaut. Habitué à dégainer les communiqués plus vite que son ombre, Jean-Philippe Allenbach s’avère étonnement discret quant à cette entrevue et les ressorts profonds qu’elle soulève. Car sans aller jusqu’à taper dans l’exhortation mémorielle, un rappel sur le sujet aurait pu être opportun pour le président du « Mouvement Franche-Comté ». D’autant plus avec un vieux camarade, le nouvel édile et lui s’étant régulièrement retrouvés sur le plan électoral. Mais la gueulante aurait sans doute été plus fâcheuse que le folklore d’une fontaine, d’un étendard ou du rattachement à la Suisse ; c’est aussi à cela qu’on vérifie les limites de la fibre et du discours « régionalistes ».

.
Illustration d’en-tête : Louis XIV au siège de Besançon (1674), tableau d’Adam François van der Meulen conservé au musée de l’Ermitage de Saint-Pétersbourg.