Le « Hirak » algérien : retour sur un mouvement politique et démocratique qui a changé les mentalités
Pour la chronique du Lobby, le « hirakiste », militant des droits humains et syndicaliste bisontin, Yazid Temim revient sur le mouvement politique algérien qui a transformé la conscience citoyenne des Algérien·ne·s à travers le monde.
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Qu’est ce que le « Hirak » ?
Le mot « Hirak » vient de l’algérien. Il signifie « Peuple ». Il a été utilisé pour désigner le mouvement politique historique des Algérien·ne·s à travers le monde. Le « Hirak » a porté une exigence de dignité, de justice et de démocratie dans la conscience du peuple algérien et de sa diaspora. Né en février 2019 en Algérie, ce mouvement populaire inédit a rapidement trouvé un retentissement dans la diaspora algérienne sur tous les continents. À Besançon, comme dans de nombreuses villes françaises, des citoyen·ne·s se sont rassemblé·e·s chaque semaine pour soutenir les revendications démocratiques du peuple algérien.
Quel évènement a déclenché le mouvement ?
Le 22 février 2019 est la date la plus importante du mouvement puisque ce jour-là, des millions d’Algérien·ne·s sont descendu·e·s dans les rues pour s’opposer à un cinquième mandat du président Abdelaziz Bouteflika. Très vite et au cours des jours suivants, les revendications dépassent la question présidentielle. Il s’agit d’exiger une transformation profonde du système politique en Algérie. Si aujourd’hui la mobilisation dans les rues s’est progressivement essoufflée, notamment avec la pandémie de covid-19, l’esprit du « Hirak » demeure présent dans les consciences de nombreux·se·s Algérien·ne·s.
Quelle est l’une des particularités du « Hirak » ?
Le « Hirak » se distingue par son caractère, pacifique (« Silmia », en algérien), massif, trans-générationnel et non partisan dans ses premières phases. Les manifestations hebdomadaires deviennent un symbole d’unité nationale autour de valeurs démocratiques. Les slogans réclament tous la même chose : un État de droit en Algérie avec la séparation des pouvoirs, une justice indépendante et une véritable souveraineté populaire.

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Et à Besançon ?
Le « Hirak » à Besançon est l’une des mobilisations de la diaspora en France. Elle s’est organisée rapidement. Des rassemblements réguliers ont lieu dans le centre-ville, réunissant des Algérien·ne·s de différentes générations, mais aussi des sympathisant·e·s français·e·s sensibles aux aspirations démocratiques du mouvement. Ces rencontres avaient plusieurs objectifs : exprimer un soutien moral aux manifestant·e·s en Algérie, informer l’opinion publique française et internationale, maintenir un lien entre la diaspora et les événements du pays, créer un espace de débat politique et citoyen. À Besançon, comme ailleurs, l’atmosphère était souvent marquée par un fort sentiment de fraternité. Des discussions se poursuivaient après les rassemblements, autour de l’avenir de l’Algérie, du rôle de la jeunesse et des réformes nécessaires.
Ce qui m’a le plus marqué à Besançon
Une anecdote personnelle que j’appelle le déclic de l’engagement en ce qui me concerne : je me rappelle d’un rassemblement à Besançon où un homme d’un certain âge, arrivé en France depuis plusieurs décennies, tenait le drapeau algérien et le drapeau amazigh dans ses mains. Il regardait les jeunes autour de lui avec émotion et répétait « Je n’aurais jamais pensé voir un jour des Algériennes et Algériens réclamer leurs droits ensemble, sans violence ». Ce moment m’a marqué. Car j’ai compris que ce n’était pas seulement une manifestation politique, c’était un moment de transmission entre générations. J’ai compris ce jour-là que l’engagement pour la démocratie ne concernait pas uniquement l’Algérie, mais aussi la responsabilité de chaque citoyen·ne envers l’avenir de son pays. Des scènes comme celle-ci ont donné à de nombreuses personnes l’envie de s’impliquer davantage, que ce soit dans le débat public, la vie associative ou la sensibilisation autour des questions démocratiques.

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Pourquoi les rassemblements ont fini par s’arrêter ?
L’arrêt du « Hirak » à Besançon, comme partout ailleurs, est dû notamment à l’impact décisif de la pandémie de covid-19, qui a profondément bouleversé la dynamique du mouvement. Pendant les différents confinements, les restrictions sanitaires ont interrompu les manifestations hebdomadaires et limité les rencontres publiques. Après les confinements, quelques reprises ont eu lieu, mais la mobilisation n’a pas retrouvé l’intensité des débuts.
Les objectifs du « Hirak » ont ils été atteints ?
Pour la mémoire du « Hirak » et pour beaucoup d’Algérien·ne·s, le mouvement a constitué une expérience fondatrice de citoyenneté et de participation collective. Le pouvoir politique a engagé certaines réformes institutionnelles, mais de nombreux observateurs estiment que les attentes exprimées en 2019 n’ont été que partiellement satisfaites. Le « Hirak » a toutefois modifié durablement le paysage politique, il a rendu la société civile plus visible et a encouragé une nouvelle génération à s’intéresser aux affaires publiques, à la politique, à la vraie histoire de l’Algérie.

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Que devient l’esprit du « Hirak » aujourd’hui ?
En Algérie comme au sein de la diaspora, beaucoup continuent de croire qu’une évolution démocratique est possible. Le « Hirak » a peut-être quitté temporairement les rues et les places publiques, mais il a laissé une empreinte durable dans la conscience citoyenne des Algérien·ne·s, il a laissé l’image d’un peuple capable de se rassembler pacifiquement pour réclamer plus de liberté, de justice et de dignité. Et c’est peut-être là qu’est la plus grande victoire du « Hirak ». Il a su transformer une revendication politique en une espérance collective qui, malgré les interruptions et les difficultés continue de vivre aujourd’hui.
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Texte écrit par Yazid Temim.
Illustration d’en-tête : Manifestation le 9 juin 2019 à Béjaïa – Akechii/cc-by-sa-4.0.
