Une note de la gendarmerie de Saint-Vit amalgame gens du voyage et escroqueries
Ce week-end, une délégation de neuf cents caravanes est arrivée dans la région. Un simple passage pour ces membres surtout issu·e·s de la communauté évangéliste « Vie et Lumière », qui comptent prochainement achever leur pèlerinage dans le Loiret. En attendant, alors que leur présence est prévue depuis déjà plusieurs semaines, la cohabitation reste difficile. À Saint-Vit, le maire a annoncé le dépôt d’une plainte concernant l’occupation d’un terrain agricole près du stade. Dans la foulée, les gendarmes ont adressé une note à l’ensemble des mairies du secteur, alertant cette fois sur un risque d’arnaques perpétrées par les intéressé·e·s. Habitant·e·s et associations dénoncent ces écrits, jugés infondés et discriminatoires.
« Je vous contact pour signaler l’installation d’un convoi de gens du voyage sur la commune de Saint-Vit (environ 150 caravanes), il sont arrivés hier et devraient rester une semaine. De nombreux habitants (Saint-Vit et communes avoisinantes) nous ont déjà signalé du porte à porte pour la réalisation de petits travaux (nettoyage, espaces verts, bricolage etc.), il se pourrait que des tentatives d’escroquerie aient lieux. (ex : nettoyage terrasse au karcher pour 20€, au moment de payer le montant sur le TPE n’est pas de 20€ mais de 1500, la personne ne fait pas attention et paie 1500€). Je vous encourage à faire de la prévention dans vos communes respectives, notamment auprès des personnes âgées qui sont souvent ciblées sur ce type d’escroquerie » (sic).
Ce texte, en date du 29 juin, signé de la « Communauté de Brigades de Saint-Vit », a été adressé à de multiples administrations par voie électronique. La plupart l’ayant reproduit à leurs administré·e·s et publiquement diffusé, comme Busy, Cessey, Chenecey-Buillon ou Villars-Saint-Georges. Pour le grand public, l’alerte est donc bien passée, ainsi qu’en témoigne un riverain particulièrement écœuré. « Moi, j’ai directement reçu ce mail. Je m’interroge sur ces propos que j’estime diffamatoires, à caractère raciste, incitant à la haine. Plus globalement et surtout dans le contexte politique et social actuel, ce genre de message met à mal le vivre ensemble et la cohésion sociale de notre territoire » réagit-il en envisagent de saisir le « Défenseur des Droits ».
Une lecture tranchée à laquelle souscrit pleinement Rémy Vienot, président de « Espoir et Fraternité Tsiganes de Franche-Comté » : « Je le dis sans ménagement, ce type de propos est illégal. Nous sommes déjà intervenu·e·s dans le Jura par le passé, où ce genre de recommandations policières étaient pourtant régulières. Aucun acte délictuel n’a été objectivé ici, que ce soit précédemment dans ce groupe ou depuis leur établissement. Alors pourquoi se permettre de stigmatiser ainsi toute une population, d’autant plus sur des bases aussi floues ? ». Contacté·e·s en début d’après-midi par texto et téléphone quant au caractère généralisant du contenu et à l’absence de faits précis caractérisés, les militaires concerné·e·s n’ont pas donné suite à nos questions.
Nous aurions voulu savoir, par exemple, comment les signalements « de nombreux habitants de Saint-Vit et des communes avoisinantes » qui matérialisent ces « porte à porte », évoqués noir sur blanc dès lundi après-midi, ont pu ainsi être établis, à propos d’une population qui, rappelons-le, a débarqué à peine quelques heures plus tôt et était alors surtout affairée aux bases de son implantation. « Invention totale, hystérie collective, copier-coller d’un communiqué type ? Tout est possible, mais le procédé interroge vraiment. Car moi, par exemple, je vis dans un village qui n’a rien à voir, rattaché à la communauté de communes de Loue-Lison. Si on a été sollicité jusque là, c’est dire à quel point le ratissage a été très large » précise notre témoin.
Un doute d’autant plus fort, que le territoire n’est pas connu pour son hospitalité particulière envers les itinérant·e·s. Maire depuis 2001, Pascal Routhier n’a pas hésité à expliquer, auprès de « France 3 », son opposition au contingent du moment, relevant le « risque de pollution de la nappe dû aux rejets dans les sols de l’eau issue du lavage de leur linge ou de leurs véhicules par exemple ». Une crainte qui fait sourire, notamment chez les militant·e·s écologistes interrogé·e·s : « Utiliser l’entretien de vêtements pour imaginer une potentielle corruption des sources ou brocarder sur la déconvenue d’un exploitant local, fallait oser. L’environnement et la paysannerie, sa majorité et lui y pensent moins quand il s’agit de la ZAE des Champs-Chevaux et ses effets ».
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Illustration d’en-tête : Aperçu d’un gendarme, de dos, lors de « techno parade », en 2011 à Paris – Rog01/CC BY-SA 2.0.
