Canicule dans les écoles bisontines, les parents se rassemblent et s’organisent

À la suite de l’épisode caniculaire de la dernière semaine de juin, iels étaient près de deux cents, parents et enfants, à occuper l’esplanade des Droits humains, ce mercredi 1er juillet à Besançon. Appelé·e·s à pique-niquer devant la mairie pour interpeller le premier édile et ses adjoint·e·s, iels ne rencontreront personne, l’équipe municipale n’ayant pas daigné sortir du bâtiment pour aller à leur rencontre.

Une mobilisation spontanée

Que ce soit des Près-de-vaux, de Bregille, de Saint-Ferjeux, de Rosemont ou encore de Bersot, peu importe l’école représentée sur la place, ce sont les parents qui sont fers-de-lance de la mobilisation. Çà et là, les gens discutent des records de températures dans les établissements scolaires, des chiffres allant de 34 à 37°C sont souvent évoqués. « 32°C dans la salle la plus fraîche de l’école après avoir plaqué des tapis contre toutes les fenêtres » explique une représentante des parents avant d’ajouter « des fenêtres que le personnel éducatif ne peut même pas ouvrir pour aérer sans une permission des services municipaux ».

Face à la situation catastrophique, ce sont d’abord les enseignant·e·s qui ont pris l’initiative d’alerter les parents. « La directrice de l’école nous a contacté pour nous dire que si nous pouvions garder les enfants à la maison, il fallait le faire. Ce n’était pas une consigne de la mairie ou du rectorat, mais un choix de sa part pour protéger les enfants » déplore une maman, qui développe : « Ça pose quand même des questions sur la capacité du service public qu’est l’école d’assurer sa mission, mais surtout sur la volonté de l’État et des municipalités de permettre à l’école de faire son travail ».

Après ces alertes, par école, les parents ont commencé à se réunir et s’organiser pour tenter d’interpeller la mairie. Deux pétitions en ligne sont lancées à Bregille et à Bersot, les représentant·e·s du service éducation sont interpellé·e·s dans les conseils d’école et des mails sont rapidement envoyés pour réclamer des rencontres. Mais au-delà de ça, les parents sont aussi allés aider directement dans les écoles, participant aux aménagements des lieux, apportant des couvertures de survie ou des semblants de tonnelles pour protéger les espaces de vie du soleil. Une véritable solidarité spontanée, qui s’est construite dans l’urgence pour ces lieux d’accueil des enfants et des personnes qui y travaillent.

Des revendications pour toutes les situations climatiques à venir

De ces mesures de fortune prises dans la précipitation, les parents entendent tirer des revendications claires, la principale étant que tout doit être fait pour permettre un accueil des enfants. « Ce n’est pas possible que la sécurité des enfants en période caniculaire soit remise sur les parents. L’école est censée protéger et éduquer les enfants de manière égale, les renvoyer chez eux, c’est les renvoyer aux inégalités de situations dans lesquelles se trouvent leurs parents, mais aussi leurs logements » explique une des représentantes de Bregille. Malgré les messages des enseignant·e·s, les enfants étaient encore nombreux et nombreuses à venir.

Pour les parents, il y avait donc des mesures d’urgence à adopter pour permettre l’accueil : des ressources matérielles (brumisateurs, ventilateurs…) et humaines mais aussi organisationnelles, pour que les équipes des écoles puissent agir sans attendre l’aval systématique des services éducatifs. « Mais tout ça, ce ne sont que des petits pansements, les vacances d’été arrivent en fin de semaine, c’est juste de quoi tenir, la reprise des rénovations des écoles doit se faire pour anticiper les années à venir et l’aggravation de la situation climatique » explique un père. Ce sont surtout des solutions durables que les parents souhaitent mettre en avant dans leur appel à mobilisation.

Et dans ces perspectives durables, la canicule n’est pas la seule chose qui inquiète. « Dans l’idée de faire des rénovations, il va falloir être intelligent et pas se concentrer uniquement sur la chaleur, les hivers qui vont arriver vont être aussi de plus en plus rudes, il faut réfléchir à des aménagements intérieurs et extérieurs qui permettent aussi bien de la fraîcheur que de la chaleur en fonction des saisons » explique un parent de l’école Bersot. Il abonde « en plus de ça, il faut réfléchir à un protocole, faut pas être dupe, tout ne va pas se régler, si jamais l’occupation d’un lieu n’est plus possible, il faut un protocole clair et des solutions de repli pour permettre à l’école de fonctionner quand même ».

Appel au rassemblement et pique-nique diffusé par les parents mobilisés

Une situation critique et un silence pensant

À l’école Bersot justement, les parents racontent les malaises d’une enseignante et d’une agent périscolaire qui est tombée devant les enfants et a dû être conduite aux urgences. « Elle n’est pas revenue et son arrêt dure jusqu’à la fin de l’année » explique une maman. Dans d’autres écoles, les parents évoquent des maux de tête, de ventre, des vomissements et des diarrhées chez les enfants. « Quand je vois tout ça, je me demande quelle image les enfant ont de nous, les adultes, je n’ai pas le sentiment qu’on leur montre qu’iels sont les bienvenu·e·s dans notre monde » regrette une représentante des parents.

Face à la situation et les échecs répétés des échanges avec les représentants du pôle éducatif, les parents veulent maintenant interpeller directement le maire, Ludovic Fagaut, comme le montrent les différentes pancartes faites par elleux et leurs enfants, qui le citent nommément et se moquent de certaines des dernières mesures prises par le premier édile. Si le maire n’a pas daigné venir à la rencontre du rassemblement, l’ensemble des représentant·e·s des différents groupes d’opposition est venu discuter et échanger pendant plusieurs dizaines de minutes.

Dans leurs articles sur le sujet, d’autres médias locaux évoquent une proposition de réunions privées et individuelles de la part du maire à 18h30, visiblement refusée par les parents, préférant une rencontre collective. Pourtant, le rassemblement avait commencé à 16h avec un pic de présence à 17h. À 18h30, la plupart des parents étaient sur le départ, plus aucune personne de l’opposition n’était présente. Plusieurs parents ayant envoyé des mails déploraient ne toujours pas avoir eu de réponse à ce heure-ci. Comment ne pas penser à une phrase d’un des parents présents à ce moment-là : « de toute façon ils ne vont rien dire, rien faire, ils vont jouer la montre, les vacances éteindront la mobilisation ».

Au final, les parents sont partagés entre espoir que les mobilisations dans les écoles continuent et crainte du découragement. Ce vendredi 3 juillet marquera le dernier jour d’école pour les enfants de Besançon, mais certains parents parlent déjà de la rentrée et différent·e·s représentant·e·s de différentes écoles ont échangé leurs contacts. Dans l’immédiat, aucune certitude, seulement des questions : la mairie continuera-t-elle à se démarquer par son silence et son refus de dialoguer ? Est-ce que les élu·e·s prendront les mesures nécessaires pour garantir des conditions d’accueil et d’éducation décentes dans les écoles ? Ou alors les parents devront-ils continuer à se mobiliser ? Rendez-vous à la prochaine crise climatique.

Illustration d’en-tête : Rassemblement des parents et enfants des écoles de Besançon sur l’esplanade des Droits humains.