Intempéries aux « Instants Gourmands », le mensonge de trop ?
Édito. Trois jours après les graves incidents météorologiques qui ont secoué la région, la place Granvelle est redevenue ce lieu de rencontre, de partage et de joie populaire que permettent les « Instants Gourmands ». Mais si les services de la voirie se sont acharnés à nettoyer les derniers stigmates, la polémique reste quant à elle toujours extrêmement vive. Car, très vite, des interrogations ont émergé, critiquant le maintien de cet évènement, alors même que les alertes se multipliaient quant à l’approche d’une tempête. Une salve rejetée par le maire « les Républicains » Ludovic Fagaut, qui affirme avoir fait évacuer le site juste avant les bourrasques. Ce que récusent de nombreux témoins, que nous avons sollicités.
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Face aux interrogations croissantes apparues dès jeudi matin dans un article « du Ch’ni » et via deux communiqués de l’opposition municipale communiste et écologiste, Ludovic Fagaut n’a cessé de jurer vendredi, de « l’Est Républicain » à « MaCommune.info » en passant par « Ici Besançon », avoir ordonné la fermeture de l’évènement dès 18h45 et dans tous les cas « une dizaine de minutes avant que la forte rafale ne s’abatte et fasse tomber les branches ». Une version cependant contredite par de multiples voix, à commencer par notre correspondant sur place à ce moment-là. « Panique aux Instants Gourmands, plusieurs branches tombées, une femme prise en charge par les pompiers, évacuation du site » écrivait-il à notre rédaction juste après les faits, jeudi à 19h02.
Une lecture qu’il renouvelle pleinement, à la lumière des positions officielles émises : « La scène que j’ai exposée, elle s’était produite quelques secondes plus tôt juste sous mes yeux. Je ne rapporte donc pas les mots d’un·e intermédiaire, mais très exactement ce que j’ai vécu. Si une personne a été blessée par la chute d’une branche, c’est que l’évènement n’avait pas été frappé d’une quelconque restriction. D’autant plus qu’avant l’incident, j’ai pu voir des élu·e·s – comme le second adjoint Jean-Pascal Reyes – faire le tour sans rien recommander de particulier. Avant les premiers vents, aucune consigne n’est apparue aux commerçant·e·s et aux visiteurs/visiteuses. Ce n’est qu’après les bourrasques qu’agent·e·s de sécurité privée et police municipale se sont déployé·e·s, afin d’interdire la place ».
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Comme lui, la victime hospitalisée, avec laquelle nous avons échangé, abonde clairement en ce sens, s’étant d’ailleurs manifestée le lendemain soir en commentant la publication « Facebook » de Ludovic Fagaut, dans laquelle il assurait publiquement que « la sécurité des visiteurs, des exposants et de l’ensemble des équipes demeure notre priorité ». « C’est moi qui ai reçu la branche – une énorme branche qui ressemblait à un arbre. Pendant que nous profitions tous, j’ai été malheureusement violemment touchée. Le choc m’a fait perdre connaissance. J’ai le visage, le cou et le dos balafrés, avec points de suture. Ainsi qu’une fracture de l’omoplate. Alors non, cette branche n’est pas tombée ‘après’ l’annonce de la fermeture du site » a-t-elle relaté et confirmé.
D’autres sinistré·e·s se sont également rapproché·e·s du conseiller « PCF » Hasni Alem, livrant un récit identique : « Un ami et moi avons reçu la même branche que cette dame, on a filé au CHRU Minjoz grâce à des proches qui nous y ont conduit… Refusant l’ambulance proposée, pour ne pas mobiliser des véhicules spécialisés. Les dommages sont notables, la branche ayant heurté l’arrière de mon crâne. Un médecin m’a indiqué que, si j’avais reçu la partie de la branche la plus proche de l’arbre plutôt que son milieu, les conséquences auraient pu être bien plus dramatiques. Rapidement, je me suis rendu compte qu’au moins sept personnes présentes ce soir-là y étaient à la suite des incidents de Granvelle. Je tiens à le dire, jamais nous n’avons reçu le moindre message de prévention ou d’alerte ».
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Même auprès des tenanciers/tenancières interrogé·e·s par nos soins, le discours est accablant pour l’édile : « On nous avait prévenu qu’il fallait préparer moins de nourriture afin de limiter les pertes, parce que le site allait très sûrement fermer à cause des intempéries. Ça, c’est vrai. Donc on s’attendait à cette issue, en revanche on a eu l’annonce formelle qu’après la bourrasque, quand les branches sont tombées. On a eu le temps de couper nos feux et le matos de cuisson, puis on a dû évacuer et attendre que ça se calme pour venir ranger nos stands » atteste notamment l’animateur d’un cabanon. Mais sous couvert d’un strict anonymat, comme l’ensemble de nos contacts dans ce registre, qui préfèrent « ne pas vouloir d’ennuis pour pouvoir revenir sereinement l’année prochaine ».
Équipes techniques, société de gardiennage, riverain·e·s et tiers·e·s, nous aurions pu encore longuement reprendre les paroles de ces « petites mains » qui s’inscrivent en faux contre les affirmations de Ludovic Fagaut. Ce qui ne l’empêchera pas d’asséner sa vérité malgré les évidences, dans une dérive trumpiste alimentant ses plus fanatiques. Lesquel·le·s se déchaînent d’autant plus sur les réseaux sociaux, à l’instar de Baptiste Piquard, responsable d’une agence de communication, n’hésitant pas à moquer « une branche est tombée, la team fragile en action », ou Maxence Tournier, agriculteur, selon qui « si les écolos n’avaient pas mis d’arbres dans la rue la branche ne serait pas tombée ». Un échantillon édifiant, qui exclut en plus la masse des propos insultants.
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Entre les bulletins de vigilance explicites sur le secteur et les dispositions prises sur plusieurs parcs de la cité, la population n’en reste pas moins lucide. Monsieur le maire voulait-il maintenir coûte que coûte sa prise de parole devant les caméras et notables, quitte à minimiser un péril probable qui s’est finalement abattu ? Pour celui qui espérait « passer à côté [des orages] » avant leur survenue, cette « roulette russe » aurait pu virer au drame. Mais les problèmes sont loin d’être terminés pour autant, puisque des sources n’excluent pas d’analyser le volet légal de cette affaire. Au-delà des considérations politiques et morales, c’est la bien responsabilité civile et pénale de l’administration qui pourrait ainsi être engagée si des manquements étaient avérés.
Dans les précédents connus, le « drame de Pourtalès » fait figure de cas d’école. Lors d’un concert organisé par la municipalité de Strasbourg le 6 juillet 2001, les vents violents avaient fait s’écrouler un platane emportant treize personnes dont deux enfants. Poursuivie devant les tribunaux, la majorité socialiste avait rejeté toute responsabilité en estimant que « le phénomène météorologique survenu ce soir-là ‘ne pouvait pas être anticipé’ ». Une rhétorique qui n’est pas sans similitudes avec la capitale comtoise, le cabinet de Ludovic Fagaut ayant déclaré à « Ici Besançon » que « cette rafale de vent était impossible à prévoir ». La métropole alsacienne fut néanmoins condamnée à 150 000 euros d’amende, les juges ayant relevé « l’absence de prise en compte de l’alerte météorologique ».
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Toufik-de-Planoise
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Illustration d’en-tête : Aperçu des « Instants Gourmands », au lendemain de la tempête. La vie a repris son cours, l’évènement renouant avec le succès. Crédit : Jean-Claude Jacottot.
