« Tue le flic dans ta tête » : Pour réprimer un festival antifasciste, la préfecture du Jura en pleine désinformation
Les 4, 5 et 6 septembre, Lons-le-Saunier était au centre d’un « forum antifasciste, décolonial, anti-impérialiste et contre la guerre » organisé par « l’action antifasciste Jura » (AFA 39). Point d’orgue de cet évènement, qui comprenait aussi des conférences et concerts, une manifestation, le dimanche matin, dans les rues de la ville. C’est à l’occasion de cette déambulation qu’un grave dérapage a été déploré, puisque « des inscriptions ignominieuses appelant au meurtre des policiers ont été commises sur du mobilier urbain » selon la préfecture. Laquelle arrosera très largement ses contacts, réseaux sociaux et autres médias-partenaires pour relayer l’actualité, tout en s’abstenant de préciser la nature exacte des propos reprochés ou de respecter le principe du contradictoire. C’est que derrière cette annonce, l’intox s’avère flagrante.
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« Voix du Jura », « Plein Air », « 20 Minutes », « le Parisien », « Ouest France », « BFM-TV », « TF1 »… On ne compte plus les titres locaux et nationaux qui, via les pouvoirs publics et une dépêche de « l’Agence France-Presse », se sont précipités, régurgitant la nouvelle sans le moindre approfondissement. Dans le lot, pas une de ces références ne prendra la peine de rechercher, au-delà du narratif grandiloquent, quel est le slogan en cause. Seule « France 3 Franche-Comté » aura l’honnêteté de poser la question à l’administration, indiquant que celle-ci « n’a pour l’instant pas apporté plus de précisions sur le nombre de ces inscriptions et leur teneur ». Avec « le Progrès », le naufrage est encore plus total, le journal, présent sur place, s’il n’a pas considéré utile de flouter les protestataires, a, en revanche, censuré l’unique cliché du « forfait » et décliné toute transcription pourtant bien utile.
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Or, l’assertion litigieuse apparaît bien plus prosaïque que les spasmes néo-raeganiens recyclés, comme « l’action antifasciste Jura » l’expose dans un communiqué, paru hier sur « Instagram ». La phrase qui a fait trembler la république n’étant autre que « tue le flic dans ta tête », une formule exhortant à lutter contre le désir de pouvoir, de contrôle, d’ordre, que chacun·e peut éprouver dans sa vie personnelle ou militante. Apparue dans le sillage libertaire de mai-68, son équivalent anglophone – « kill the cops inside your head » – est abondant via le théâtre, la musique ou la philosophie. Quant à la forme elle-même, Lakdar Benharira, pour « SOS Racisme Jura », décrit un cortège placide, alors que « le Jura insoumis » ironise sur « Facebook » à propos d’une dégradation réalisée au « feutre noir effaçable en quelques minutes avec un chiffon et de l’alcool ménagé sur un panneau qui ne servira plus ».
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Chanson, visuel, peinture… Ces dernières années, l’usage du slogan « kill the cop inside your head » est très répandu, notamment aux États-Unis d’Amérique, ce qui est facilement vérifiable en un clic sur internet – captures d’écran « Yakkie »/« Bandcamp », « Patterson9191717 »/« Reddit » et Jamie Keenan/« Burleyfisherbooks ».
Une manipulation grotesque en somme, achevée par des démentis cinglants et la parution d’une photographie. La claque est si lourde que « le Progrès », qui avait initié le bidonnage, ne pourra que céder au revirement, concédant l’escroquerie. Reste que le mal est désormais fait, peu de concurrent·e·s s’étant amendé·e·s et alors que le maire de Dole et l’extrême droite ont pris le relais. Mais aussi grave que l’inertie médiatique, c’est la dissuasion judiciaire. Car le préfet, Pierre-Édouard Colliex, non-content de salir fallacieusement la date et ses participant·e·s, a saisi le parquet. « Sur la foi de ce délire, les autorités pourraient maintenir l’opportunité de réprimer le mouvement. On est pas inquiet·e·s si ça devait finir au tribunal, tant les charges sont misérables. Mais en attendant, les convoqu’, perquis’ et pressions risquent de pleuvoir » s’inquiète un membre de « l’AFA 39 ».
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En Franche-Comté, les rassemblements antifa dans le viseur des préfectures ?
Sur la région, ce n’est pas la première fois qu’une date de ce genre est étouffée à partir de bases très discutables. En novembre 2025 à Arbois, la jonction entre restrictions administratives et menaces ultranationalistes avaient ainsi empêché la tenue d’un « forum décolonial et antifasciste ». Puis, durant le « Besac Antifa Fest » en juin 2026 à Besançon, c’est une entrevue avec l’avocat franco-palestinien Salah Hamouri qui avait été interdite par la préfecture du Doubs en lui imputant de prétendues attaques contre les Juifs/Juives. Une décision cassée par les juges, relevant que « le préfet ne rapporte la preuve d’aucun propos antisémite précis imputable au requérant ni ne soutient qu’il aurait fait l’objet de poursuites pénales pour des propos de ce type ». L’État semble vouloir annihiler toute voix antifasciste, quitte à user de moyens fallacieux.
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Toufik-de-Planoise
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Illustration d’en-tête : Banderole annonçant la tenue du « forum antifasciste, décolonial, anti-impérialiste et contre la guerre » les 4-5-6 septembre 2026 à Lons-le-Saunier – Capture d’écran/« action antifasciste Jura ».



