Saône, Chargey-lès-Port, Abbenans… Parfois incognito, l’extrême droite investie dans plusieurs communes comtoises

En Franche-Comté, combien d’élu·e·s battent désormais pavillon à l’extrême droite suite aux dernières élections municipales ? À cette question, il n’y pas de réponse précise. Car, si plusieurs listes revendiquent une affiliation au « Rassemblement National », bien d’autres candidatures ont, au contraire, éclipsé leurs appartenances organiques ou idéologiques. Difficile, dès lors, d’établir une cartographie véritablement fidèle et complète de la situation, tant il est délicat d’identifier les « seconds couteaux » qui évoluent « incognito » au sein de groupes réputés « sans étiquette », « divers » ou même « centristes ». « Le Ch’ni » en a cependant retrouvé quelques-uns, dont l’ascension peut parfois laisser songeur. .

Cartographie, mise à jour, des élu·e·s associé·e·s à l’extrême droite, actuel·le·s et passé·e·s, dans la région, par « l’observatoire de l’extrême droite en Franche-Comté » (voir en plein écran)

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Un ex-référent « Reconquête » sur les hauteurs de Besançon
Saône est une commune de 3 195 âmes, nichée à quelques kilomètres de Besançon. Après avoir été présidée par le charismatique Benoit Vuillemin, l’ex-maire a voulu passer le relais à de nouvelles têtes. Conduite par l’ancien premier adjoint Lylian Calvat, cette liste de succession, intitulée « continuité et ambitions », l’emporte nettement, dès le 15 mars, avec 67,58% des voix, face aux concurrent·e·s « divers gauche » mené·e·s par Yoran Delarue, lui-même édile de la mairie de 2014 à 2020. Une majorité dont l’état-major est essentiellement constitué par l’équipe sortante, avec une orientation oscillant surtout entre macronistes et centristes de droite. Mais, pas seulement. Faisant son entrée en quinzième position, on retrouve un certain Fabrice Galpin.

Sur le site de campagne, un portrait dithyrambique est consacré à son parcours et sa volonté de ne pas « renier son identité ». Rien ne manque, si ce n’est, étrangement, un mot sur ses ancrages, révolus ou présents, pourtant marqués. Car l’intéressé, après être passé par « les Républicains », a aussi été, dès 2021, un cadre de « Reconquête », le parti d’Éric Zemmour, officiant comme « délégué départemental », en plus de participations aux législatives de 2022 et européennes de 2024, axées sur une xénophobie assumée. Adhésion qui n’est plus d’actualité ou étiquette trop sensible, nous n’aurons pas de réponses de son groupe, tout juste installé. Mais dans cette bourgade qui a accueilli le nationaliste Fabien Bouglé, une large « union des droites » n’est pas exclue. .

Aperçu de Saône – Wikipedro/cc-by-sa-4.0.

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Plusieurs bastions lepénistes confirmés
À Pays-de-Clerval (Doubs), Clovis Roussel, collaborateur « UDR » de Matthieu Bloch, a, quant à lui, gagné la mairie, avec 71,37% des voix, contre l’adjointe sortante Martine Marquis, en apparaissant officiellement « sans étiquette ». Même chose à Chargey-lès-Port (Haute-Saône), où Antoni Magnin s’est imposé pour un deuxième mandat face à Virginie Fick, par 113 suffrages et 72,44% des votant·e·s, le tout dépourvu de la moindre nuance, s’agissant pourtant du suppléant d’Antoine Villedieu et d’un membre notoire du « RN ». Sur Chevroz (Doubs), Franck Bernard est lui aussi réinvesti avec 69 bulletins soit 100% des voix, faute d’adversaire ; là encore, le notable se prétend autonome alors qu’il a déjà concouru pour le « Front National » lors des cantonales de 2015.

Ailleurs, leurs « camarades » ont plus volontiers exalté proximités et bagages ; une stratégie d’implantation au cœur de terres jugées favorables, manquant parfois la victoire d’un iota. Comme à Pont-de-Roide/Vermondans (Doubs), où Quentin Dechaux, assistant parlementaire de Géraldine Grangier, s’incline à 46,65 %, raflant au passage six sièges dans l’opposition. Un échec dû au comportement du socialiste Denis Arnoux, maire depuis plus de trente ans, mais qui s’est retiré pour offrir le maximum de chances à « l’apolitique » Éric Boone. À Lure (Haute-Saône), même nombre de postes, qui se doublent de trois mandats au conseil communautaire, sous l’égide de la conseillère régionale « RN » Nathalie Fritsch, perdant une triangulaire à 42,96%. .

Aperçu de Chevroz – Wikipedro/cc-by-sa-4.0.

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2026 entre persistances et ruptures
Le « sans étiquette » mais candidat « RN » aux départementales de 2021 Maurice Belperin à 34,77%, soit deux sièges dont un communautaire à Vilersexel (Doubs) ; la conseillère régionale Inès Martin à 18,15%, soit trois sièges dont deux communautaires sur Héricourt (Doubs) ; la jeune Doriane Nicol à 12,56%, soit un siège sur Delle (Territoire-de-Belfort) ; le référent départemental Christophe Soustelle à 9,13 %, soit deux sièges dont un communautaire sur Belfort (Territoire-de-Belfort) ; ainsi que le « divers-droite » soutenu par le « RN » José Grosjean à 15,43%, soit deux sièges sur Champagney (Haute-Saône) complètent les oppositions. À Gray (Haute-Saône), l’ex-adjoint « Reconquête » Philippe Ghiles a aussi élu un binôme avec 14,14% au premier tour.

Concernant la petite localité d’Abbenans (Doubs), Guillaume Playez emporte deux sièges avec 39,87% contre Rodney Hedin, culminant à 60,13% ; affirmant auprès du média « le Ch’ni » n’entretenir aucun lien avec l’extrême droite a fortiori néofasciste, ce colleur d’affiches pour Antoine Villedieu est néanmoins surtout porteur d’un tatouage « soleil noir » à la symbolique étroitement associée au IIIe Reich selon le site « Fafwatch Franche-Comté ». Achevant le tableau, Christophe Billard, délégué adjoint du « RN 70 », a été réélu sur la liste « sans étiquette » de Dorothée Mercier à Villars-le-Pautel (Haute-Saône) ; quant à Frontenay (Jura), Thomas Bernollin y a lui aussi été reconduit, malgré la polémique relative à son label produisant des titres ouvertement néonazis. .

Aperçu de Vilersexel – A.BourgeoisP/cc-by-sa-4.0.

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Déroutes et forfaits aussi au menu
Dans la catégorie des personnalités « disparu·e·s », il y a d’abord l’influenceur catholique identitaire Julien Delaunay dit « Flooz-Flooz » qui, un temps prétendant à Amoncourt (Haute-Saône), semble s’être complètement évaporé suite à notre enquête du 6 février dernier. Dans cet élan, nous avons encore la « RN » Aurore Vuillemin-Plançon désavouée et retirée de Rouffange (Doubs), le zemmouriste condamné pour propos racistes Christophe Devillers ayant abandonné après avoir été lâché par tous ses soutiens à Ronchamp (Haute-Saône), ou encore le classé « divers gauche » Ismaël Boudjekada dont les apports d’Alain Soral et les dérapages homophobes n’ont visiblement pas trouvé grâce pour se représenter à Grand-Charmont (Doubs).

Après des décennies de règne en intermittence, le très droitier et proche du « RN » Jean-Louis Millet a été défait à Saint-Claude (Jura) ; arrivé quatrième avec seulement 13,63% des voix, il a finalement acté son départ. Steven Fasquelle, lepéniste attaché auprès d’Émeric Salmon et compagnon de route des « Vandal Besak », fut jadis élu au conseil de Flagey-Rigney (Doubs) en 2020. Mais en 2026, candidat en troisième position à Champagney (Haute-Saône), il ne retrouvera pas de mandat, les scores réalisés par sa liste n’offrant que deux places… Du moins, s’il ne bénéficie d’aucun désistement. Entre les faux-départs et les naufrages, on ne manquera pas de souligner, en guise de conclusion, les fiascos du « Rassemblement National », comme à Dole, Vesoul et Besançon.
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Un article, et après ?
Ainsi qu’exposé en préambule, cette liste préliminaire constituée par « le Ch’ni » n’est sans doute pas exhaustive ; toutefois, elle illustre déjà le poids de l’extrême droite au sein des territoires, qu’ils soient ruraux, périurbains ou citadins. Un travail de recherche, recoupement et restitution qu’il sera donc nécessaire de poursuivre ; ce relais pourra s’exercer via « l’observatoire de l’extrême droite en Franche-Comté » (OBEX-FC), lancé au début de l’année 2026 pour reprendre et compléter les différentes publications journalistiques, universitaires et militantes sur ces sujets. Ainsi, pour signaler une erreur, une absence, une interrogation, cette structure est joignable sur son site et/ou à l’adresse électronique suivante : obex-fc@proton.me.


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Walden et Toufik-de-Planoise.


Illustration d’en-tête : Aperçu de Pays-de-Clerval – KBWEi.