Intronisé maire, Ludovic Fagaut verse déjà dans l’autoritarisme

Si des tensions étaient à prévoir ce vendredi 27 mars 2026 pour le premier conseil municipal depuis la victoire de la liste « Ensemble, Besançon Avance », bien malin qui aurait pu prédire tout ce qu’il s’y est passé. Des propos liminaires du doyen d’âge, Mohamed Ait-Ali au choix de l’opposition de quitter la salle, en passant par la verve et le mensonge du maire, puis les insultes et menaces du public, ce premier exercice semble déjà donner le ton pour la suite du mandat.
.

Un premier conseil sous haute présence policière

S’il est habituel de constater la présence de policiers municipaux aux abords de ces réunions, ces derniers étaient accompagnés, ce jour, d’une vingtaine de policiers nationaux et d’une dizaine de membres de la BAC en civil sur la place du Huit-septembre 1944. Pour cause, la publication d’un arrêté préfectoral portant sur l’interdiction de rassemblement « visant à troubler l’organisation du Premier conseil municipal » (sic) sur ladite place.

Un appel avait bien tourné, pour inviter à soutenir les élu·e·s de l’opposition, mais rien ne laissant supposer un quelconque trouble. Cet arrêté n’a d’ailleurs pas empêché de nombreux soutiens de se réunir à l’extérieur et accueillir les différent·e·s élu·e·s, avant de faire le choix, soit de se disperser, soit de rejoindre l’intérieur de l’hôtel de ville, aménagé pour l’occasion, en deux espaces de diffusion du conseil municipal.

Une présence accrue des forces de l’ordre s’était aussi mise en place au sein même du bâtiment qui permet habituellement au public d’assister aux conseils municipaux. Face au nombre, une jauge avait été décidée, ne laissant finalement entrer qu’une poignée de proches de la majorité et quelques journalistes. Une presse autorisée parmi laquelle ne figurait pas le Ch’ni, se voyant l’accès à l’étage refusé, car n’ayant aucune carte de presse à présenter.

Policiers en faction aux différentes entrées de la place du Huit-Septembre 1944 – Nadwo pour le Ch’ni.

Des propos liminaires qui donnent le ton

Dans le cadre de ce premier conseil municipal, il est de coutume que le benjamin ou la benjamine soit nommé·e secrétaire de séance et que le doyen ou la doyenne d’âge de l’assemblée préside jusqu’à l’élection du nouveau ou la nouvelle maire. Ce sont donc Manon Monnier et Mohamed Ait-Ali qui se sont acquittés de ces tâches. Tâches qui comprenaient aussi, pour le doyen, la responsabilité d’un discours liminaire, pour introduire le conseil.

Une mission qu’il a remplie non sans faire réagir l’opposition, faisant référence à la liste « Besançon, vivante, juste et humaine » comme « une coalition au service d’une idéologie ». « La prise de parole liminaire du doyen d’âge de cette assemblée allait au-delà des prérogatives prévues par le code général des collectivités territoriales puisqu’il a émis des jugements à l’encontre de membres élus de cette assemblée » déplore Anthony Poulin.

Ce terme d’idéologie n’est pas anodin dans la bouche des membres de la liste portée par Ludovic Fagaut, puisqu’il avait déjà été martelé lors de son meeting au Kursaal le 5 mars 2026. Un mot aux contours flous et jamais définis, que le nouveau premier édile a aussi repris dans sa déclaration de politique générale : « aujourd’hui Besançon dit non à la résignation et non à l’idéologie mortifère ». Des propos immédiatement condamnés par Anne Vignot dans sa prise de parole.

Le public face aux écrans de diffusion dans le hall de l’hôtel de ville – Nadwo pour le Ch’ni.

La parole de l’opposition censurée

Cette prise de parole de la précédente maire et tête de liste de l’opposition au conseil municipal est d’ailleurs la seule qui fut autorisée par le nouveau maire. « Les groupes politiques n’étant pas institués […] je ne donnerai pas la parole à d’autres groupes politiques aujourd’hui, il y avait deux listes en présence […] madame Vignot qui est votre cheffe de file s’est déjà exprimée très largement » tente-t-il d’expliquer face aux contestations des élu·e·s de gauche.

Alors que les élu·e·s insoumis·e·s, socialistes et communistes semblaient s’attendre à pouvoir prendre la parole, cela leur a été interdit directement par Ludovic Fagaut qui venait pourtant de déclarer : « le respect des opinions, l’unité dans la diversité, le dialogue permanent, voilà les valeurs qui guideront mon action ». Coupé par une suspension de séance, le conseil a finalement repris, dans un premier temps, sans la présence de l’opposition.

À leur retour, et alors que le conseil municipal avait entamé le point de discussion suivant, les représentant·e·s de la gauche bisontine ont une nouvelle fois réclamé à faire valoir leur droit à la parole. Faisant appel au code général des collectivités territoriales et rappelant que « ce cadre avait été garanti en 2020 et pendant toute les durées des conseils municipaux », mais ces derniers et dernières ont continué à se heurter à un mur.

Anthony Poulin, Anne vignot et Séverine Veziès (de gauche à droite), déclaration des insoumis·e·s après le départ de l’opposition du conseil municipal – Nadwo pour le Ch’ni.

Un premier mensonge

« Je ne fonctionne pas au chantage » a assené Ludovic Fagaut après qu’Antony Poulin a émis l’hypothèse que l’opposition ne quitte le conseil municipal. Restant ferme sur son argument que les listes de groupes politiques étaient inexistants et que donc, l’opposition constituait, pour l’instant, un seul groupe uni. « Je rappelle qu’en 2020 […] seules les deux listes en course au deuxième tour se sont exprimées […] j’avais eu exactement deux minutes » se défend-il.

Une information facilement vérifiable puisque les comptes-rendus des conseils municipaux ainsi que les vidéos de ces derniers sont archivés. Il est donc possible d’y constater deux choses. D’abord sur les prises de parole, elles ont été proposées en ces termes par Anne Vignot : « Je donne la parole aux personnes qui souhaiteraient la prendre, ou groupes politiques », réitérées, après les discours de Ludovic Fagaut et Éric Alauzet, à toute personne voulant s’exprimer.

Ensuite sur les temps de parole, un vif échange entre Anne Vignot et Ludovic Fagaut mentionne effectivement « deux minutes » qui auraient été discutées entre elleux. Mais dans les faits, ce dernier a parlé plus de sept minutes, Éric Alauzet a pu s’exprimer pendant plus de cinq minutes, puis, différents membres des partis représentés dans le conseil ont aussi pu discourir. Montrant que cela relève soit du bon vouloir du Maire, soit d’une consigne réglementaire induite.

Anne Vignot et Aline Chassagne (de gauche à droite), prise de parole pour les communistes – Nadwo pour le Ch’ni.

Des ordres et désordre

Mais, au-delà de cette distorsion des faits, c’est aussi le registre et le ton, particulièrement directif, imposé par un Ludovic Fagaut qui a marqué cette entrée en fonction. « On va pas prendre la parole en dehors des prises de parole qui sont données par le maire, en l’occurrence ce que je suis donc, désormais » dicte-t-il alors que les échanges devenaient houleux, avant de rajouter : « Vous ne parlez pas en dehors du micro et vous respectez cette assemblée ».

Des invectives aux allures d’ordres : « Bah je vous le dis que ce sera comme ça », répétées par le maire, qui est aussi chef d’établissement dans un collège, amènent à se questionner. Confusion des rôles ? Habitudes autoritaires ? Sa dernière tirade provoquera le départ des élu·e·s d’opposition : « Le maire a le pouvoir de police de cette assemblée » avant de rajouter « merci de pouvoir fermer la porte », au moment au le conseil municipal passait de cinquante-cinq à quarante-deux membres.

Dans le hall de l’hôtel de ville, l’ambiance n’est pas moins tendue. Des personnes présentes attestent avoir entendu un soutien de Ludovic Fagaut scander « mort aux wokistes » et l’élue insoumise Séverine Veziès se verra insultée de « salope » par une personne du public, dénonce le communiqué de presse de la France Insoumise et confirment des témoins. Entre insultes, menaces et intimidations, la nouvelle majorité municipale ne brille, une nouvelle fois, pas par ses soutiens.

Prise de parole d’Anne Vignot après l’annonce de la poursuite du Conseil municipal sans l’opposition – Nadwo pour le Ch’ni.

Un recours pour irrégularité et une plainte au tribunal administratif

Le départ des élu·e·s d’opposition ne semble pas avoir dérangé le moins du monde l’organisation du conseil municipal qui continuera son cours, enchaînant les votes des points à l’ordre du jour à l’unanimité, faute d’opposition présente. Avançant à une vitesse record, cette première réunion se conclura rapidement sur les applaudissements, nourris, des dernières personnes encore présentes, les journalistes ayant aussi quitté la salle pour suivre et interroger les déserteurs/désertrices.

Devant l’hôtel de ville, une conférence de presse s’improvise et, tour à tour, les représentant·e·s des partis d’opposition s’expriment et condamne l’attitude du nouveau maire, craignant pour la suite du mandat municipal. La colère partagée ne s’atténue pas lorsque ces derniers et dernières apprennent la poursuite du conseil municipal et les votes de composition de commissions qui doivent, normalement, obligatoirement compter des représentant·e·s de l’opposition.

Aussitôt, Séverine Veziès et Anne Vignot réagissent et annoncent leur volonté de saisir le préfet pour « un contrôle d’illégalité […] et ensuite aller au tribunal administratif ». Présentes dans le hall alors que le conseil municipal se terminait, ces dernières ne purent qu’apercevoir de loin Ludovic Fagaut, descendu remercier ses soutiens, mais visiblement sans la moindre intention de venir discuter, que ce soit pour s’expliquer ou apaiser les tensions.

Ludovic Fagaut remerciant ses soutiens présents dans le hall de l’hôtel de ville à la fin du conseil municipal – Nadwo pour le Ch’ni


C’est donc un premier exercice particulièrement chaotique qui a eu lieu. Alors qu’il clamait être « un maire pour toutes les bisonstines et tous les bisontins sans distinction, sans exclusion » la gestion de Ludovic Fagaut confirme, si ce n’est l’absence de volonté, du moins l’incapacité de la majorité à dialoguer avec son opposition. Une perspective peu amène pour les prochains conseils municipaux, et particulièrement celui du Jeudi 23 avril 2026, pendant lequel sera discuté le budget. Rendez-vous dans un mois.

.
Illustration d’en-tête : Photo du nouveau maire, Ludovic Fagaut, remontant en trombe les escaliers après avoir remercié ses soutiens à la fin du conseil municipal – Nadwo pour le Ch’ni.