Chez « Hebdo 25 », un chroniqueur aux idéologies plutôt tranchées
Ce n’est pas « le Ch’ni » qui va reprocher à un organe d’assumer ses sensibilités, quelles qu’elles soient. Mais, « Hebdo 25 », journal local établi dans le paysage, se prévaut d’être un généraliste détaché de toute opinion. Un vœu pieux, surtout quand on doit composer avec les parcours, ancrages et positions des plumes qui composent la rédaction. C’est le cas d’Yves Quemeneur, ancien patron, ex-référent du parti de droite libérale « Nous Citoyens » et correspondant peu avare sur ses sentiments. Via ses réseaux sociaux, thèses, relais, discours, empruntés à l’extrême droite la plus radicale, ne manquent pas. Quitte parfois à déborder sur la vie professionnelle, dans un mélange des genres qui interroge sur les limites de l’exercice.
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Un satellite de « Reconquête » en inspiration
« Je ne sais pas si vous avez vu d’où émane sa dernière publication, je crois qu’il déconne complètement… » Alerté par une internaute le 29 avril dernier, le profil « Facebook » d’Yves Quemeneur comporte en effet un partage public du groupuscule « Parti de la France » (lien). Une ode entièrement dédiée à la détestation des militant·e·s écologistes et de gauche, avec, comme fil conducteur, la question sous-jacente de la natalité nationale. Une obsession pour cette référence qui berce ostensiblement dans la nostalgie de Philippe Pétain, ayant par exemple diffusé une affiche de campagne électorale en 2025 sous le titre « donnons un avenir aux enfants blancs ». Le journaliste avait-il conscience de ce qui était ici exposé, à qui il offrait une telle promotion ?
Invité à nous donner toute précision utile, l’intéressé ne donnera pas suite sur ce point, comme pour le reste. Ce qui est certain, c’est qu’il n’est pas difficile de retrouver de nombreux autres dérapages de cet ordre au fil des années. Diffusion du site néonazi « Breizatao » (lien), « délinquance aux USA » qui serait « principalement le fait des afro-américains des nouvelles générations qui ne ‘veulent’ pas s’intégrer » (lien), théorie du complot quant aux poursuites visant un restaurateur ayant refusé de servir deux femmes voilées (lien), imputation de penchants pédophiles jugés inhérents à l’histoire de l’islam (lien), homme politique considéré comme « intouchable parce que gay » (lien), députée macroniste qualifiée de « connasse » (lien), en sont autant d’exemples édifiants.
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La Palestine comme boussole
Dernièrement, c’est le génocide à Gaza qui a suscité les passions d’Yves Quemeneur. Le 15 mai 2025, en marge d’un conseil municipal, celui-ci ne va pas hésiter à « interroger » l’adjoint communiste à la maire, Hasni Alem, sur la dernière une de « l’Humanité ». En cause ? L’image d’un enfant en proie à la famine, qui frappait alors la bande de Gaza. « J’ai simplement demandé à cet élu de me fournir les éléments factuels […]. Quel photographe et son statut (freelance, salarié d’une agence de presse, membre d’un mouvement politique…), les conditions techniques dans lesquelles la photo a été prise (cadrage, éclairage, modifications…), les conditions de diffusion de la photo (quelle agence a relayé la photo avant l’AFP…) » jure alors le chroniqueur dans un post d’explication.
Une tentative de « fake-news » bien connue, doublée d’une entreprise de « recherche » visant à autopsier le moindre détail qui n’est pas sans rappeler la méthode hypercritique utilisée par certain·e·s négationnistes. « As tu vu la photo. Si on remet en cause le travail de l’AFP, plus rien ne tient. La déontologie veut que cette photo nous appelle à de la retenue. […]. On est plus à savoir quelle est la qualité de la lumière. Oui, attention à la désinformation, tu as raison. Mais il y a des événements qui méritent un recul nécessaire […]. Fais attention Yves, tu fais [du] journalisme » tente de convaincre un confrère par commentaire. « Je ne peux pas admettre que le travail de l’AFP soit neutre, notamment dans le traitement du conflit israélo-palestinien » achève toutefois son hôte.
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Quelques heures sup’ pour « Némésis »
Une attitude fortement orientée loin d’être isolée sur le terrain, de propos dénigrants quotidiens à l’égard d’Anne Vignot à des manifestant·e·s mineur·e·s jeté·e·s en pâture sur sa page personnelle. Mais parfois, le conflit d’intérêt se concrétise de manière plus flagrante. Comme le 15 février 2026 à Besançon, lors d’un hommage à Quentin Déranque par « Némésis » et consorts, quand l’organisatrice s’en était pris au média « le Ch’ni » et à son journaliste. Plutôt que de trouver un soutien confraternel, ce dernier se verra, au contraire, tancé par Yves Quemeneur : « Tu aurais pu éviter de venir » lui dira-t-il, à peine sorti d’un recueillement intime et religieux au cœur de l’église Saint-Pierre. Un réflexe partisan étrange, qui semble davantage relever de la participation que de la couverture.
Le représentant de « Hebdo 25 » était-il en mission de presse, simple citoyen zélé, ou membre du service d’ordre ? « Nous, il nous a dit être reporter » reconnaît un couple, pour qui « la prise de photographies et les demandes d’interviews » ne laissaient aucun doute. Toutefois, sur le site du journal, pas d’article, ce travail s’étant encore retrouvé sur « Facebook ». Cinq beaux clichés, assortis de ce descriptif laconique : « Une petite centaine de personnes réunies place du huit septembre ce dimanche 15 février en hommage à Quentin ». Le tout, « liké » par le compte « Hebdo25 Grand Besançon ». Habituellement si prompt à l’analyse poussée, Yves Quemeneur n’aura donc, cette fois, pas un seul mot sur le cursus de son martyr ou la sociologie politique des individus réuni·e·s.
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Illustration d’en-tête : Aperçu de l’édition mai 2026 de « Hebdo 25 » – capture d’écran page « Facebook » de « Hebdo 25 ».
