Une devise en arpitan pour Pontarlier/Pontali
Pontali, quel nom joli ! Le nom arpitan de la ville de Pontarlier a évolué comme la graphie de la devise à laquelle il est attaché, et cette dernière pose un des décors de la Franche-Comté éternelle au cœur du massif du Jura.
La première trace écrite de cette fameuse devise semble donc remonter à 1838 dans le livre « Traditions populaires de Franche-Comté ». Son auteur, Auguste Demesmay, écrit : « Le nom de Pontellie ou Pontalie s’est conservé dans le patois du pays (où l’on trouve un grand nombre de mots dérivés du latin), témoin ce vieux dicton : On ot biau verie, deverie, on ne voit ra d’té que Pontalie ».
La devise, qui se traduit par « On a beau tourner, retourner, on ne voit rien de tel que Pontarlier », se retrouve ensuite en 1847 dans l’Annuaire départemental du Doubs, puis surtout en 1857 sous la plume d’Édouard Girod dans son « Esquisse historique, légendaire et descriptive de la ville de Pontarlier, du Fort de Joux et de leurs environs, avec un précis de l’histoire de la Franche-Comté » : « On ot biau verie, devéri, on ne voit ran de té que Pontalie ».
Peut-être par le romantisme de la « Franche-Comté espagnole », l’auteur pense que ce dicton est né au début du XVIe siècle, citant des Francs-Comtois qui, de retour au pays après leur engagement en tant que conquistadors dans le Nouveau-Monde, eurent été pris de nostalgie par la beauté de leur Comté natale. Mais au-delà du mythe, Edouard Girod nous offre une analyse intéressante de l’usage de la langue locale : « Les termes de ce dicton pontissalien des vieux temps nous révèlent encore un trait saillant de l’esprit national : c’est que le patois était jadis d’un usage général dans notre ville. On parlait également le patois au sein des familles les plus considérées de la bourgeoise, et dans la classe ouvrière. La langue française ne s’est introduite que lentement dans la conversation, assez longtemps après l’incorporation de la Franche-Comté à la France (1678), et cela grâce aux relations plus fréquentes que le service militaire, le commerce, la facilité des communications ont établies successivement entre notre population et le reste de royaume. – On doit aussi tenir compte à cet égard de la diffusion des connaissances intellectuelles, depuis la Révolution de 1789 principalement ».
En 1884, Henri Gaidot fait figurer le dicton dans les pages du tome 1 de « La France merveilleuse et légendaire » dédié aux « Blasons populaires de la France » : « On o bé virie, deverie ; On ne voit ran de té que Pontalie ».
En 1895, dans l’ouvrage « Le Jura et le Pays Franc-Comtois, l’auteur, Gustave Fraipont, mentionne la devise en disant : « Heureux dicton qui montre combien chacun est attaché à son pays, et en particulier les Francs-Comtois ». Un article similaire publié trois ans plus tard dans « Journal des Voyages et des aventures de terre et de mer » nous apprend que Pontarlier/Pontali a une devise en français « Bien faire et laisser dire » et que notre dicton est un distique (groupe de deux vers renfermant un énoncé complet).
En 1928, le professeur Camille Aymonier, dans son livre « Xavier Marmier : sa vie, son œuvre » ne peut célébrer la capitale du Haut-Doubs sans conclure sa description du centre-ville par la belle devise : « Rien de plus riant et de plus pittoresque que cette belle large rue si propre, de plus élégant que la symétrie de cette ville aux maisons coquettes qu’habite une population laborieuse, industrieuse, à l’âme fière, au cœur honnête : On a biau vri et devri ; On ne va ra de té que Pontali ».
En 1946, dans le livre « Promenade en Franche-Comté », la devise est cette fois-ci rédigée sous une forme plus longue, la faisant ressembler à un petit poème. Son auteur, Louis Boillin, dit que « les Pontissaliens aiment à dire » : « On a beau vri, dévri ; On ne voit ran de té ; Que notrou Pontali ; Et que notro Comté » (« On a beau tourner, retourner ; On ne voit rien de tel ; Que notre Pontarlier ; Et que notre Comté »).
L’auteur tempère quand même le dicton face à une ville déjà bien industrialisée : « En ce qui concerne Pontarlier, le dicton exagère ; toutefois, la ville se présente bien avec sa grande rue longue de cinq cents mètres et large de quinze mètres. En voyant la porte triomphale qui y donne accès, je m’écriai : on se croirait à Paris, devant la Porte Saint-Martin ! » Concernant ce dernier point, cette influence architecturale du XVIIIe siècle reste d’un goût douteux quand l’on sait que la Porte Saint-Martin est en partie dédiée à l’annexion sanglante de la Franche-Comté et de Besançon par la France de Louis XIV…
Mais revenons à notre devise, qui réapparait en 1955 dans le livre « Franche-Comté et Francs-Comtois » dans lequel son auteur, Jean Defrasne, lui réserve une place d’honneur dès les premières pages : « On ot biau v’ri et dé’vri ; On ne va ra té que Pontali »…
La devise – dont le toponyme « Pontali » s’est définitivement imposé au début du XXe siècle – semble ensuite se perdre d’usage en même temps que la langue. Bien sûr, traduite en français, elle conserve sa mélodie et sa rime, mais elle mériterait d’être réutilisée à sa juste valeur, c’est-à-dire en arpitan, comme slogan promotionnel tonifiant… Peut-être sur l’étiquette d’une bouteille de Pontarlier Anis en édition limitée ?
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Illustration d’en-tête : Aperçu de la porte Saint-Pierre, symbole de la ville de Pontarlier – Wikipedro/cc-by-sa-4.0.
