Quelques semaines avant la fresque de NaCle sur les violences policières, la ville de Besançon censurait déjà un slogan féministe
Ces derniers jours, une controverse s’est développée autour d’une fresque contre les violences policières signée du street-artiste NaCle. Message problématique qui nécessitait d’agir comme l’affirme Ludovic Fagaut, ou prétexte pour une mise au pas de l’art ainsi que le dénoncent ses opposant·e·s ? Dans le petit monde de la culture comtoise, des voix s’élèvent face à cette « chape de plomb » instaurée par la majorité de droite. Car avant le débat relatif à une œuvre dédiée à Lyhanna en juin dernier ou les actualités de cette semaine, les pouvoirs publics s’étaient déjà autorisés à intervenir pour effacer des slogans féministes sur un mur libre. Entre interventionnisme appuyé et modification furtive des règles d’usage, la municipalité semble s’éloigner chaque jour un peu plus des principes de la liberté d’expression.
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« La honte doit changer de camp »
C’est une lectrice du média « le Ch’ni » qui a alerté notre rédaction, déconcertée par un Ludovic Fagaut qui n’a pas hésité à affirmer une motivation guidée par le seul intérêt général pour expliquer sa décision de recouvrir une œuvre clamant notamment « la police tue ». « Si la liberté d’expression et la création artistique doivent être préservées, elles supposent certaines limites et ne sauraient justifier une mise en cause globale des femmes et des hommes qui exercent leur mission au sein des forces de police » écrivait-il ce mardi via « Facebook » après le « barbouillage » réalisé en urgence par ses agent·e·s. Pourtant, cette habitante de Besançon évoque une pratique observée il y a quatre mois, au niveau du parc adjacent au « Fonds Régional d’Art Contemporain ». « La matinée du 22 mai dernier, j’étais en visite avec des élèves dans le cadre d’un parcours bien urbain » pose-t-elle.
Puis, d’exposer : « La guide nous décrivait/expliquait la fresque, lorsque des agents de la ville sont arrivés en camionnette. Ils ont commencé à recouvrir de peinture blanche le slogan, peint à la manière d’un collage féministe : ‘la honte doit changer de camp‘. Ma collègue est allée parler aux agents de la ville afin d’en savoir plus, ils lui ont dit qu’ils effaçaient le message en raison de son caractère politique ». Une scène confirmée par plusieurs autres témoins contacté·e·s, mais surtout immortalisée par une série de photographies explicites. Pourquoi une telle issue, à propos d’un message qui ne revêt a priori aucun caractère litigieux ? À cette simple interrogation réceptionnée dans la nuit de mercredi à jeudi, Ludovic Fagaut et sa cellule presse ne daigneront pas répondre. Mais voilà un cas pour le moins édifiant, très éloigné des positions institutionnelles jusqu’alors servies…
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Un statut modifié, en catimini
Une résolution qui stupéfait NaCle, protagoniste indirect dans ce dossier. « J’ai peint une femme début mai, reprenant les traits de la bande dessinée, des animés ou des jeux vidéos de mon enfance. J’ai donc puisé dans un imaginaire qui pouvait déranger, alors des réponses sont apparues comme ‘#Balance ton porc‘. Derrière, j’ai ajouté Titeuf, Spirou, Cédric, collant ‘liberté d’expression’, selon les codes des collages féministes, pour contrebalancer mon stéréotype de base. Qui a été recouvert à son tour, par ‘la honte doit changer de camp’. Cet échange par création interposée, c’était génial. Puis la Ville s’en est mêlée, afin de virer cette ultime trace. C’est, hélas, devenu une habitude, quelles que soient les étiquettes, puisque ça a été le sort d’une production sur la Palestine et sur l’Iran. Maintenant, où que ce soit, quand je sors ma bombe, j’ai la boule au ventre » nous relate-t-il sur un spot de la Malcombe.
Un changement de régime assumé ? Durant le mois de septembre, les habitué·e·s ont remarqué que le règlement affiché sur les espaces consacrés avait été revu. Le point III, stipulant jadis « l’artiste utilisant le mur accepte le caractère non permanent de son œuvre, un autre utilisateur étant toujours susceptible de la recouvrir », a été complété, à la fin, de la mention « y compris par les services de la ville ». « Aucune annonce n’a été faite où que ce soit, impossible de retrouver cette modification dans un communiqué ou sur un site. Pour moi, c’est l’ouverture d’un droit de regard, de contrôle et de répression sur l’art populaire par la mairie. L’ordre et la sécurité, personne n’est contre. Mais on voit ce que cela signifie chez Ludovic Fagaut, il s’agit d’imposer ses dogmes et envies à toute la société » s’exaspère un graffeur. Sur ce volet également, la municipalité ne donnera pas suite à nos demandes.
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Un énième caviardage au compteur
Officialisée ce mardi à midi, la fresque de NaCle sur les violences policières avait été recouverte dans la foulée par la ville de Besançon. Une bande noire a ainsi été préférée par le maire, tel qu’il l’a restitué sur les réseaux sociaux. Mais le mercredi suivant, un·e anonyme y a inscrit une interpellation en lettres rouges : « Ici, Ludovic Fagaut a fait détruire une œuvre d’art car il ne l’a pas aimée ». Une assertion qui n’aura même pas vécu vingt-quatre heures, puisqu’elle a été là encore dissimulée par des agent·e·s dépêché·e·s ce matin. NaCle, quant à lui, reprenait le support à nouveau vierge, sondant « où est Charlie ? ». « Toutes ces bonnes âmes se réclament du célèbre magasine, c’est une façon de retourner la critique en disant qu’on ne transige pas avec les principes, même, voire surtout, s’il y a désaccord » confie-t-il.

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. Toufik-de-Planoise
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Illustration d’en-tête : Aperçu du slogan « la honte doit changer de camp » en cours de recouvrement par un agent de la ville, la matinée du 22 mai 2026 sur un mur de l’espace d’expression libre associé au « Fonds Régional d’Art Contemporain » – Crédit : Alerte témoin.
