À Planoise, « la France Insoumise » déjà en campagne
Toute la journée du mercredi 22 juillet, les militant·e·s de « la France Insoumise » (LFI) étaient engagé·e·s sur Planoise pour les prochaines présidentielles. Les inscriptions aux listes électorales et le programme de Jean-Luc Mélenchon en principaux leitmotivs, une vingtaine de binômes sont ainsi partis à l’assaut des rues et des portes du quartier. L’occasion d’échanger avec la population, de comprendre ses attentes et de convaincre que les mesures de « l’avenir en commun » pourraient former la meilleure réponse aux problématiques soulevées. « Aux législatives et municipales, nous étions déjà très présent·e·s. On continue donc dans cette lancée, sans attendre le 18 avril pour occuper la place » explique un adhérent.
.
Une force de frappe considérable
En 2024 et 2025, nous avions déjà constaté la stratégie de terrain opérée par le mouvement de gauche. À l’époque comme aujourd’hui, un constat est criant : Seul·e·s les insoumis·e·s semblent encore mener des descentes régulières, en particulier dans les secteurs populaires. Implantation, connaissances et légitimité balbutiantes, manque de petites mains, plans d’action qui ne comprennent plus ces usages, les raisons de cet isolement sont nombreuses. Mais c’est peu dire que ces dernières années, les « Insoumis·e·s » sont la devenu·e·s tête de proue du feu « Nouveau Front Populaire ». « Ce n’est pas mon bord politique, mais je dois reconnaître que ce sont les seul·e·s qu’on voit » résume un habitant de l’avenue du parc, pourtant adepte du « Rassemblement National ».
« On ne néglige aucun canal, mais c’est important de revenir aux fondamentaux. Quand d’autres n’apparaissent qu’à la télévision, là les gens nous voient aussi mouiller le maillot pour défendre nos convictions. Ça ne fait pas tout bien sûr, mais ces rapports humains directs c’est aussi ça, la base de la politique » expose Séverine Véziès, responsable locale et élue au conseil de Besançon. Loin de partir au hasard, ses troupes ciblent en priorité les zones qui cumulent les plus forts taux d’abstention. « Ici, la sociologie est généralement plus encline à suivre nos propositions. Donc chaque personne supplémentaire qu’on amène à se déplacer aux urnes, en théorie c’est une voix potentielle pour notre candidat » veut croire Alexis Poyard, jeune cadre de la formation.
Au fil des discussions avec les riverain·e·s, c’est la diversité des situations qui s’avère être le point commun. Rencontrant, tour à tour, les doléances d’une famille de gens du voyage sédentarisée, un foyer frappé par la maladie de longue durée, ou les locataires de la rue Albrecht Dürer. Mais aussi, au détour d’un couloir, Joëlle Cailleaux, ancienne directrice du collège Denis Diderot, fondatrice du journal « la Passerelle », installée à Planoise depuis les années 1970. Fréquemment, la déception des deux mandats d’Emmanuel Macron et la crainte d’un avènement de l’extrême droite servent de fils conducteurs mutuels. Çà et là, aussi, certain·e·s s’étonnent de la démarche, intervenant « trop tôt », quand d’autres affirment leur franche hostilité à « LFI », la rejetant sur le fond.
.

.
.
Un pari constant
Posés sur un parking entre Cassin et la polyclinique, quatre citoyens entendent également se mesurer à la rhétorique. Tous ont entre vingt-cinq et trente-cinq ans, d’ascendance maghrébine, actifs surtout via de petits boulots. Immigration extra-européenne, perspectives professionnelles, génocide en Palestine, les thèmes se succèdent, loin des idées toutes faites sur leurs profils. Car, pour ces interlocuteurs, il faut par exemple « limiter les flux entrants », au risque, autrement, de générer d’importants contrecoups en terme de sécurité et d’emploi. Tout en reconnaissant, cependant, la distribution « d’OQTF » parfois arbitraire, ou l’absence de la France sur les enjeux internationaux. Arguments se confrontent de part et d’autres, nuançant les positions de chacun·e·s.
Au final, ont-ils été conquis ? Pas spécialement, restant sceptiques sur les préconisations, au-delà même du fait que « les représentant·e·s ne veulent/peuvent plus rien faire pour nous ». Mais l’un pense cependant « voter Mélenchon », quand un second indique qu’il lira le projet dans le détail et le comparera afin de se faire son opinion définitive. « Contrairement à ce que beaucoup disent, cela montre qu’il n’y a pas d’électorat acquis et que celleux qui se projettent en parts de marché sont dans l’erreur… Ici aussi, réaction et libéralisme font leur œuvre ! Comme partout, il faut donc se bouger pour obtenir des résultats » analyse Séverine Véziès. La soirée s’achèvera au centre Nelson-Mandela, où le « club Sauvegarde » propose de nombreuses activités notamment pour les enfants.
Jeux sportifs, projection de film et barbecue en plein air, les activistes se mêlent aux festivités. Si beaucoup sont allochtones, la plupart demeurent ou travaillent ici ; à l’instar de Mathieu Chauveau, cuisinier à « Miroir du Monde », ou de Magalie Suter, qui a grandi dans ces blocs. Un ancrage qui fait la différence, pour les permanent·e·s de la caravane insoumise venu·e·s cadrer l’opération. « Nous sillonnons le pays durant l’été, hier nous étions à Belfort. Il y a une vraie dynamique dans la capitale comtoise, qui est un bastion. Avec une quarantaine de participant·e·s et plusieurs centaines de visites opérées, cette étape le confirme clairement. Est-ce que ça suffira à la faire la différence, difficile de l’affirmer. Mais au moins, on ne nous reprochera pas de ne pas nous battre ».
.
Illustration d’en-tête : Aperçu d’une partie des militant·e·s insoumis·e·s, prenant la pose place René Cassin.




