Sécheresse à Besançon : la Ville gaspille ses réserves pour arroser fleurs et stade
Alors que le Doubs atteint des niveaux historiques de sécheresse et que les restrictions interdisent tout arrosage avec l’eau du réseau, la municipalité de Besançon puise sans compter dans les cuves de récupération de la piscine Mallarmé. Objectif : maintenir les massifs fleuris contestés et la pelouse du stade Léo Lagrange. Un choix politique désolant : gaspiller une ressource vitale, solliciter une dérogation pour pomper dans le Doubs, aggraver la pression sur une rivière déjà exsangue et sacrifier les arbres de plus de deux ans. Pire encore, la pelouse du stade et les fleurs se dessécheront probablement d’ici quelques jours, une fois les cuves vides.
Nous sommes en niveau maximal d’alerte sécheresse, et pourtant, à Besançon, les fleurs périssables achetées par Ludovic Fagaut continuent d’être arrosées comme si de rien n’était, tout comme la pelouse du stade Léo Lagrange. Comment est-ce possible, alors que c’est normalement interdit en pareille situation ? Parce que l’eau de pluie ou de récupération, stockée dans les cuves récemment installées devant la piscine Mallarmé, échappe aux restrictions de l’arrêté préfectoral. La municipalité peut donc l’utiliser à sa guise… Tant qu’il en reste.
D’après les déclarations à la presse de Guillaume Bailly, adjoint aux espaces verts, 2 600 m³ étaient disponibles dans les cuves fin juin : un volume équivalent à la vidange annuelle de la piscine Mallarmé. Au moment du passage en alerte renforcée le 26 juin, juste après la fermeture de la piscine et le premier remplissage des cuves, cette eau a commencé à être utilisée pour l’arrosage des nouveaux massifs de fleurs et pour l’arrosage automatique du stade Léo Lagrange.
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Un usage qui vide les réserves à toute vitesse
Depuis le 17 juillet et le passage en état de crise sécheresse, même les massifs équipés de goutte-à-goutte, seulement 7 sur 38, ne peuvent plus être arrosés avec l’eau du réseau. Aujourd’hui, les cuves d’une capacité maximale de 4 000 m³, installées par l’ancienne majorité pour économiser l’eau potable, servent à arroser les fleurs annuelles ornementales si chères au nouveau maire à hauteur de 92 m³ par semaine (chiffres déclarés fin juin par l’adjoint aux espaces verts) et à maintenir le terrain principal du stade Léo Lagrange, à hauteur de 390 m³ par semaine. Le terrain annexe, qui consommait 120 m³ par semaine, n’est, lui, plus arrosé. Bilan : 482 m³ puisés chaque semaine dans les cuves.
Interrogé par ICI Besançon le 23 juillet, Guillaume Bailly indiquait qu’il ne restait à cette date déjà plus que 1 200 m³ dans les cuves. Il faut dire que les camions-citernes des agents de la ville et de la société « Idverde » font plusieurs remplissages par nuit et abreuvent les plantes jusqu’aux aurores. Aujourd’hui, plus d’une semaine après, il ne resterait donc plus que 700 m³, soit moins de deux semaines d’arrosage nocturne à ce rythme, si les restrictions ne sont pas levées. Un scénario qui parait illusoire, vu l’état des nappes phréatiques et les prévisions météo.
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Une dérogation controversée : 70 m³ pour les arbres… Moins que pour les fleurs
Le 18 juillet, lendemain du passage en crise sécheresse, Ludovic Fagaut annonçait lors de l’inauguration sous surveillance policière de l’horloge florale, ironiquement installée et arrosée au milieu d’une herbe jaunie, que la Ville avait obtenu une dérogation préfectorale pour pomper de l’eau dans le Doubs afin d’arroser les arbres de moins de deux ans. Ce qui était faux, puisque cet arrêté n’a été signé que le 23 juillet, après une demande de la Ville pour arroser 1 400 arbres à raison de 100 litres par arbre, deux fois par mois. Résultat : 70 m³ par semaine, soit moins que les 92 m³ alloués aux fleurs. La Ville estime ainsi qu’il faut moins d’eau pour des arbres, pourtant essentiels pour adapter la ville aux futures vagues de chaleurs, que pour des fleurs arrosées avec des réserves vitales et qui risquent tout de même de mourir piteusement dans quelques jours, .
Pour justifier cette dérogation, la municipalité invoque l’insuffisance des ressources dans les cuves. Un comble : ces réserves conçues pour préserver l’eau sont aujourd’hui mobilisées pour des usages non prioritaires, servant même de prétexte pour en pomper encore davantage dans le Doubs. Pour tenter d’en minimiser l’impact, alors que chacun peut constater le faible niveau du Doubs, le maire a même indiqué que 70 m³ par semaine ne représentaient pas grand-chose comparé au débit du Doubs, qu’il fixait à 16 m³/seconde. Ce n’était déjà plus vrai à cette date, et le débit n’a fait que baisser pour fluctuer aujourd’hui autour de 8 m³/seconde…
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Le gaspillage en chiffres : ce qu’on aurait pu éviter
Sans avoir à pomper dans le Doubs, si l’eau disponible dans les cuves fin juin avait été exclusivement réservée aux jeunes arbres (70 m³ par semaine) et à la pelouse du stade que le Racing de Besançon souhaite voir rester en herbe (390 m³ par semaine uniquement pour le terrain principal) et sans arroser les fleurs : les réserves auraient permis de tenir cinq semaines et demie. Si on avait sacrifié la pelouse du stade tout en maintenant l’arrosage des fleurs (92 m³ par semaine) et des arbres de moins de deux ans : la Ville aurait des réserves pour seize semaines.
Si les 2 600 m³ disponibles en début de sécheresse avaient été uniquement dédiés aux arbres de moins de deux ans (70 m³ par semaine) : plus de trente-sept semaines de réserves auraient été disponibles, de quoi traverser largement la crise et donc sauver des milliers d’arbres supplémentaires. Il faut noter que Besançon recense 19 000 arbres sur son domaine public, hors forêt et boisement urbain, dont plusieurs milliers plantés par l’ancienne municipalité ces dernières années.
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Une politique florale « jusqu’au-boutiste », au mépris de l’écologie
La priorité donnée à l’esthétique florale est symbolisée à l’excès par l’horloge florale inaugurée en pleine sécheresse et par un post Facebook lunaire de la ville qui affirme que ces plantations « jouent un rôle essentiel pour les pollinisateurs ». Cette politique d’un autre âge se conduit au détriment des massifs de fleurs et plantes vivaces arrachés, de la protection des arbres et de la ressource en eau du Doubs.
Même si la dérogation pour les arbres de moins de deux ans est maintenue jusqu’à la fin de l’épisode de sécheresse, qu’en sera-t-il pour les autres, ceux à peine plus âgés, dont le système racinaire n’est pas encore assez développé pour puiser l’eau en profondeur, et qui auraient pu être sauvés avec l’eau des cuves ?
Avec le niveau actuel des nappes phréatiques et du Doubs, il serait incompréhensible que le préfet accorde une autre dérogation à Ludovic Fagaut s’il osait en demander une nouvelle pour arroser le stade et ses fleurs quand les cuves seront vides. Résultat : si la sécheresse persiste, l’eau aura été gaspillée pour rien, si ce n’est de démontrer l’absurdité d’une telle politique. La pelouse du stade finira alors grillée malgré tout et les fleurs se dessécheront sur place.
Pendant ce temps, des centaines d’arbres, sûrement des milliers, risquent de mourir de soif alors qu’ils auraient pu bénéficier de l’eau de récupération présente dans les cuves. Pour beaucoup, il est déjà trop tard. Au nom de quelle idéologie peut-on choisir de sauver des fleurs éphémères plutôt que des arbres, dont la survie engage l’avenir de la ville ?
Lou Bresson
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Illustration d’en-tête : Aperçu de l’horloge florale de la gare de Besançon-Viotte, le 31 juillet dernier.
