Derrière une agression présumée à la gare de Besançon-Viotte, un militant d’extrême droite bien connu
Hier en début d’après-midi, « SUD/Solidaires » rapportait la survenue d’une agression perpétrée le matin-même à la gare de Besançon-Viotte. « Un camarade a été tabassé, pris à partie dans le sous-terrain ferroviaire. En voyant ce qui apparaît comme un véritable passage à tabac, des passant·e·s sont heureusement intervenu·e·s. Mais il a le nez fracturé avec une semaine d’arrêt, les ITT restant encore à définir. Pour nous il n’y a aucun doute, il a été reconnu par son assaillant. Car de son côté, la victime l’a tout de suite désigné, s’agissant d’un certain Kilian Marlin, relâché après un contrôle d’identité ». Selon notre interlocuteur, c’est bien une expédition punitive aux motifs politiques qui s’est déroulée. Alors que l’enquête est à peine ouverte et la présomption d’innocence de rigueur, le commissariat de la Gare d’Eau, interrogé par « France 3 », s’avère peu enthousiaste pour qualifier la situation. À raison ?
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Un passage établi par la « Cocarde étudiante »
Dans un dossier publié le 14 mars 2025, « le Ch’ni » esquissait pourtant le parcours de ce militant clairement orienté à l’extrême droite. Celui-ci était alors candidat aux élections à l’université Marie et Louis Pasteur, pour le compte du syndicat néofasciste « la Cocarde étudiante ». Avec, à ses côtés, une ex-membre de « Némésis », fondatrice de la « Fraternité Comtoise », groupuscule identitaire absorbé par « les Téméraires » du suprématiste Daniel Conversano. Mais aussi des responsables lepénistes comme Quentin Macullo, cadre terrifortain, depuis rattrapé par des tweets racistes, Aurélie Géhant, dirigeante du « RNJ Haute-Saône », un temps membre d’une obscure formation nommée « le Lys étudiant » s’inspirant ouvertement du « Bastion Social », ou encore Julian Girod, porte-parole pour le Jura, dont le compte « Facebook » livrait des abonnements promouvant Charles Maurras ou associant le « gauchisme » aux « maladies mentales ».
Mais au-delà d’une simple évolution dans ce milieu, le jeune homme était connu pour ses assertions bien personnelles. Une adhérente de « l’UNEF » affirme ainsi l’avoir identifié, le 4 février 2025, alors qu’il dégradait des visuels dans l’UFR-SLHS, avec trois autres personnes, réalisant des étoiles de David au feutre sur une affiche de soutien au peuple palestinien. Une dynamique qui ne se serait pas arrêtée là, puisque, le 27 mars suivant, une source atteste avoir réalisé un signalement oral au doyen, suite à des propos « xénophobes » et « sexistes » émanant « de son groupe et lui contre une élève ». Un étalage encore confirmé par un ex-camarade de promotion en histoire, restituant le 2 avril : « On le retrouvait sur ‘Twitter’, sous le nom de ‘Zovska’ et ‘Varegue‘ Comtois, multipliant les propos racistes, xénophobes, négationnistes. Nous nous en sommes rendus compte à mesure qu’il allait sur ‘Twitter’ en cours, publiquement, et qu’il laissait apparent son écran ».
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« Les rouges […] sapent cette société depuis quarante ans »
Notre journaliste l’a croisé les 5 décembre 2024, 4 février 2025 et 12 mai 2025, en train d’apposer, en pleine rue, des autocollants frappés de la croix celtique ou de slogans « anti-antifa » et « zéro tolérance ». L’occasion d’échanges, surtout à cette dernière date, sur les accusations dont Kilian Marlin a fait l’objet, afin d’obtenir son point de vue. Mais il se contentera de nier l’ensemble des charges exposées, se retranchant derrière le fait « qu’un patriote ne pouvait être apprécié dans une ville dominée par les communistes » et donc que « tout le monde était contre lui quitte à inventer des histoires pour lui nuire ». Il concédera toutefois être un « nationaliste » évoluant auprès des « Vandal Besak », tout en récusant la moindre connivence avec les idéologies néonazies. « J’aime mon pays et le je le dis, voilà ce qui me vaut tant de problèmes. Mais s’il faut criminaliser quelqu’un, ce sont les rouges qui sapent cette société depuis quarante ans » concluait-il.
Entre ses études dans la capitale comtoise et ses attaches rurales, c’est d’ailleurs par le train que l’intéressé voyage le plus souvent. Mais s’il est plus discret depuis environ un an à Besançon, c’est que Kilian Marlin aurait ainsi désormais concentré son activisme sur Dole. Ce que nous confie « SUD/Solidaires Commerce » de Bourgogne/Franche-Comté, prudente mais catégorique : « On voit parfaitement de qui il s’agit, puisqu’il enchaîne les menaces contre des groupes alternatifs depuis un petit moment. Lui directement, ou ensuite visiblement sous couvert de clubs de supporters ultra. Donc le fait qu’il soit maintenant mis en cause dans des violences qui visent un encarté du coin, compliqué de croire que c’est juste un hasard. Une déposition sera effectuée dans les heures à venir, après, la police et les tribunaux trancheront » nous explique-t-on. Mais se dessinerait donc une réorientation géographique, suivant, étrangement, celle observée par les « Vandal Besak ».
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Les « Vandal Besak » omniprésents
Un faisceau de convictions et d’appartenances présumées, qui se voient à nouveau confortées par l’examen du réseau social « Instagram ». Via le compte de Kilian Marlin, s’exhibait ces derniers jours la liste de ses contacts, presque exclusivement constituée d’activistes réactionnaires, qu’ils soient nationaux, tels les « Imbuvables Toulon », « Aquila Popularis », « Clermont non conforme », « Jordan Bardella », « Donald Trump », « Alice Cordier », le « C9M », ou locaux, à l’instar de « Hélix Dijon », la « Fraternité comtoise », « Yona Faeda », « Active Club Revermont », « Vandal Besak », « Florent Gaillot », etc. Autant que ce répertoire édifiant, ses récents partages s’avèrent également parlants : vidéo intitulée « les riverains de Ceuta ont brûlé les tentes de migrant·e·s », campagnes « white live matter », devise « Europe – Jeunesse – Révolution », se mêlant aux abondantes références historiques et à de multiples relais des exploits signés « Vandal Besak ».
Si le temps des institutions n’est pas celui du journalisme, les uniformes interrogé·e·s ce lundi par la presse auraient cependant gagné à vérifier leurs informations. Car, en deux-trois clics sur Internet, il était possible, a minima, d’établir que Kilian Marlin n’est pas, contrairement à ce qui a été dit, un citoyen dénué d’attaches partisanes. Une légèreté coutumière dans la région, des « certificats » analogues ayant été relevés après un défilé néonazi le 28 août 2022, puis la dégradation de la statue de Victor Hugo le 20 novembre 2022 par exemple, le procureur Étienne Manteaux assenant alors avec autorité que Théo Giacone, à l’origine de ces exactions, n’était en rien connu pour sa radicalité. Naïveté sidérante ou relativisation quant à ces franges, il n’en demeure pas moins que les parties civiles entendent aujourd’hui combattre pour obtenir justice. Dans l’attente, les condamnations s’expriment déjà, du « PCF » à « la France Insoumise »..
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Kilian Marlin ayant supprimé son profil « Facebook » et passé sa page « Instagram » en « privé » ces dernières heures, il ne nous a pas été possible de le joindre avant la publication de notre enquête puisque n’ayant aucune autre coordonnée pour le contacter. Cet article expose donc des éléments auxquels l’intéressé a pu répondre ainsi que des documents et témoignages recoupés, mais quelques parties sont parfois privées d’un point de vue contradictoire, comme à propos de l’agression présumée du 14 septembre et du volet jurassien de son activisme. Nous tenions ainsi à avertir le lectorat de cette réalité, dont il faut tenir compte pour pleinement apprécier ce récit. Par ailleurs, nous rappelons que le mise en cause, tant qu’il n’a pas été définitivement reconnu coupable par une instance judiciaire, bénéficie de la présomption d’innocence.
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Toufik-de-Planoise
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Illustration d’en-tête : Kilian Marlin le 5 décembre 2024, prenant la pose devant notre objectif avec un autocollant à croix celtique. En marge d’une manifestation pour le service public, il s’était approché au plus près du cortège pour coller abondamment ce type d’élément sur le mobilier urbain du secteur afin de provoquer les participant·e·s – Crédit : Toufik-de-Planoise.
