Au « Rassemblement National » de Haute-Saône, un certain sens du timing et du régalien
Édito. En Franche-Comté, les lepénistes doivent recevoir le maire de Carcassonne, Christophe Barthès, le 3 octobre à Saint-Rémy-en-Comté. Un « moment convivial et patriote » organisé par la « fédération de Haute-Saône » et relayé par le député de la première circonscription, Antoine Villedieu, dont l’apogée est un « traditionnel repas cancoillotte » incluant, outre le fromage-star et les accompagnements, de la cochonnaille, incontournable de l’extrême droite, mise en évidence sur le visuel. L’affiche, faite grâce à l’intelligence artificielle, attire une foule d’adeptes, demandant la création d’un « Canon Français » et déclamant « au moins c’est pas halal ». Une conjoncture qui interroge, le domaine régalien en tête.
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Pendant que la polémique enfle quant aux propos racistes d’un individu qui s’avère être policier municipal et membre des services d’ordre du parti, c’est la période qu’a choisi le « Rassemblement National » (RN) pour communiquer sur l’invitation du camarade et patron de ce mis en cause. Un sens du timing qui interroge, notamment sur la perception de l’affaire par le principal hôte de l’évènement. Car Antoine Villedieu, agent au commissariat de Vesoul jusqu’en 2022, reste porte-parole de la « Fédération Professionnelle Indépendante de la Police » (FPIP), syndicat qui, à la fin des années 1980, excellait dans la connivence avec les cercles néofascistes, la commission d’attentats mortels et la défense d’uniformes soupçonnés d’exécutions sommaires.
Un ancrage toujours d’actualité, de la section initiée sur Besançon à la solidarité exprimée aux uniformes poursuivis. Sans compter l’entourage du député Villedieu, dont un premier assistant parlementaire provient des franges identitaires quant un second oscille entre nostalgie du franquisme et exhortation à renverser la république. Les deux hommes, qui se connaissent bien, auront donc de quoi débattre, d’autant plus dans un contexte d’opposition à la « loi permis de tuer ». Si, jusqu’alors, tout tir d’un policier ou d’un gendarme débouchait sur l’ouverture d’une enquête afin de garantir que les cadres en vigueur ont été respectés, cette proposition, si elle était validée, consacrerait de facto la légitimité de l’usage d’une arme, sauf démonstration contraire.
Un renversement du droit qui inquiète les associations, soulignant que le recours aux balles a été multiplié par cinq depuis 2017 concernant les « délits de fuite ». Favorable au renforcement de la « présomption de légitime défense », Antoine Villedieu est pourtant visé par une procédure pénale après un accrochage routier lors duquel il a refusé les tests alcoolémie/stupéfiants et a dû être maitrisé. Mais, visiblement, il n’a aucune crainte envers ses collègues, bien qu’autorisé·e·s à l’abattre si ielles le jugent « susceptible » de présenter un danger. Avec tout texte, il y a l’esprit et l’application. Entre un notable nationaliste et un gamin de banlieue, la police, comme celle de Carcassonne, sait apprécier la situation, surtout si elle se voit confortée aux présidentielles.
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Toufik-de-Planoise
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Illustration d’en-tête : Christophe Barthès et Jordan Bardella, prenant la pose à Carcassonne – Capture d’écran page « Facebook » de Christophe Barthès.
