Après un article sur l’arrosage des fleurs à Besançon, « le Ch’ni » mis en demeure de censurer une photographie
Ce 1er août, « le Ch’ni » publiait une enquête conséquente sur la gestion municipale de l’eau en pleine sécheresse. Il y était question de l’arrosage du stade Léo Lagrange et des massifs fleuris, qui font la fierté du nouveau maire, irrigués grâce à de modestes réserves de récupération, échappant (encore) aux restrictions préfectorales en vigueur. Un article qui a fait réagir, chez les opposant·e·s à cette politique et auprès des soutiens inconditionnels de Ludovic Fagaut. Mais pas seulement, puisqu’une sollicitation inattendue est également parvenue hier matin à la rédaction. Celle de « Idverde », société privée mandatée par la ville de Besançon pour entretenir ces plants ornementaux. Mécontente qu’un média entende traiter sans filtre de ses activités, la firme exige le retrait d’une illustration sous peine de poursuites judiciaires.
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C’est un courrier électronique tranché qu’a reçu « le Ch’ni », dénonçant « la mise en avant de notre véhicule et de notre salarié dans un article au ton particulièrement accusateur » et qui « conduit inévitablement le lecteur à nous associer aux choix que vous critiquez créant ainsi un préjudice à notre image et à celle de nos collaborateurs ». En conséquence, l’interlocuteur « nous met en demeure de retirer sans délai cette photographie de l’article ainsi que de prendre toutes les mesures nécessaires afin qu’elle ne soit plus accessible via les moteurs de recherche – notamment Google Images – ou tout autre support de référencement associé à cette publication ». Autrement, « à défaut d’une action immédiate nous nous réserverons le droit d’engager toutes les démarches utiles à la préservation de nos intérêts en lien avec notre service juridique ». Le reproche est frontal, la menace explicite.
L’objet du litige, c’est un cliché paru samedi dernier et que la légende décrivait ainsi : « Remplissage d’un camion citerne de 2000 litres aux cuves de récupération de la piscine Mallarmé pour arroser les massifs fleuris fin juillet ». Une prise effectuée depuis la rue, en plan large, laissant apparaître, comme chacun·e peut le constater, un agent anonyme et un logo peu évocateur. Un sujet d’intérêt public toutefois évident, mais sur un business devenu sensible, l’audace est déjà de trop. La requête est signée du référent local de « Idverde », une multinationale paysagiste « spécialisée dans la réalisation et l’entretien d’espaces verts et d’équipements sportifs » qui était notamment à la manœuvre pour les cours intérieures Saint-Jacques, le jardin botanique, ou encore le terrain d’École-Valentin. Une liste de chantiers que le chef ne manque pas de mettre en valeur sur ses réseaux sociaux.
L’intéressé diffusera ainsi des photos du camion-citerne et d’un salarié identifiable, lors d’une séance de soins aux fameux palmiers. Quand il s’agit d’une promotion aux relents de « greenwashing », le diplômé de « l’école des cadres et dirigeants en entreprise » n’a pas de pudeur. Ce projet de censure est-il l’initiative d’un patron zélé, ou l’exigence de son client ? Dans ses écrits, l’exécutant précisera que « la Ville de Besançon est également destinataire de la présente afin qu’elle soit informée de l’utilisation qui est faite de l’image de son prestataire dans le cadre de cette publication ». Étonnant. Quoi qu’il en soit, en plus d’un argumentaire inopérant sur l’aspect pratique et infondé d’un point de vue légal, c’est peu dire que, dans ces conditions, l’équipe du « Ch’ni » a refusé de donner suite. Rappelant, au passage, les récentes dispositions en la matière sur le traitement et les sanctions visant les « procédures-baillons ». Affaire à suivre avec, en attendant, peut-être un effet Streisand.
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Toufik-de-Planoise
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Illustration d’en-tête : Aperçu du cliché litigieux, que « le Ch’ni » a refusé de censurer malgré les menaces de procédures pénales.
