Entre la Saxe-Anhalt et la Franche-Comté, échos d’une extrême droite en forte progression

Édito. Si les résultats électoraux définitifs de la Saxe-Anhalt ne seront tranchés qu’au cours de la soirée, ce dimanche, le land n’en a pas moins placé « l’Alternative pour l’Allemagne » (« Alternative für Deutschland », « AFD ») très largement en tête. Un coup de tonnerre depuis la chute du IIIe Reich, dans ce pays qui avait fait du « plus jamais ça » un leitmotiv politique et social. Avec jusqu’à 45 % des voix et une participation record, le parti néofasciste, qui a axé sa campagne sur les revendications xénophobes, la rupture des mesures mémorielles instaurées et le rapprochement avec Poutine et Trump, est passé à un cheveu de rafler la majorité absolue des sièges.

Mais peut-être pourra-t-il obtenir quand même la gouvernance, si « l’Alliance Sahra Wagenknecht » confirme ses 5 % et son entrée au parlement. Issue de « Die Linke », la formation en a claqué la porte pour privilégier des positions nationalistes, anti-antlantistes, covidosceptiques, russophiles et hostiles à l’immigration. Concernant les autres concurrents, c’est la dégringolade : la droite est à moins de 20 %, menée par un Friedrich Merz qui s’était promis d’endiguer l’extrême droite dès sa prise de fonction comme chancelier en 2025. Quant à la gauche, elle est partie divisée : sociaux-démocrates, radicaux et écologistes tourneraient chacun autour de 9 % des bulletins.

Le programme présenté par Ulrich Siegmund, leader local de « l’AfD », a pourtant de quoi déconcerter, précise « le Monde » : « Ce plan prévoit une remise en cause du financement de l’audiovisuel public, une accélération des expulsions d’étrangers en situation irrégulière, une obligation de travail pour les demandeurs d’asile, la création de classes séparées pour les enfants de demandeurs d’asile, l’interdiction des drapeaux arc-en-ciel dans les établissements scolaires, ou encore la création d’une commission d’enquête sur la gestion de la pandémie de Covid-19 ». Une série de mesures, copie des débats prisés par les ailes réactionnaires et autres médias Bolloré.

Un ensemble d’éléments qui n’est donc pas sans rappeler la situation française et comtoise avec le « Rassemblement National » (RN). Les candidat·e·s lepénistes ont ainsi manqué de rafler la Bourgogne-Franche-Comté en 2015, ont été au second tour de toutes les circonscriptions législatives en 2024 en obtenant cinq député·e·s, et ont gagné leur première intercommunalité en 2026. Une percée parallèle à la radicalisation du camp conservateur, exemple avec l’intronisation de Ludovic Fagaut comme maire de Besançon, synonyme d’une vice-présidence « RN » à la métropole, de proximités identitaires et d’une gestion dénoncée comme autoritaire et populiste.

Entre éclatements affirmés, envolées confusionnistes et bilans décevants, les progressistes ne brillent pas par leurs capacités de résistance. C’est néanmoins dans la ville de Victor Hugo que l’autrice Floriane Miny vient de brosser un « bastion », imaginant le « Rassemblement National » gagner les présidentielles de 2027. Si la cité peut s’enorgueillir de références telles que « Lip » ou « la Rodia », elle reste traversée, comme le reste du monde, par la « lepénisation des esprits » et la criminalisation des « antifas ». Est-ce qu’au-delà des urnes, le peuple s’exprimera par la rue en cas de crépuscule brun ? À l’avant-veille d’un rassemblement pour la Libération, rien n’est moins sûr…

.
Toufik-de-Planoise

.
Illustration d’en-tête : Le militant suprématiste Pierre Val, lors d’une allocution à Paris en 2012 – Crédit 0623pattom/cc-by-sa-3.0.