La préfecture interdit toute manifestation ce samedi à Besançon, mais seulement dans l’hypercentre
Alors que l’appel tournait depuis le début de la semaine, c’est vingt-quatre heures avant un très attendu « acte II contre la vie chère » que la préfecture du Doubs est sortie de son silence. Considérant le « risque avéré de troubles graves à l’ordre public », celle-ci vient, en effet, de publier un arrêté interdisant, sur l’ensemble du quartier de la « Boucle » et des ponts qui permettent d’y accéder, les « regroupements, cortèges et rassemblements », sous peine, pour les participant·e·s, d’une amende de 135€. Une vaste zone qui comprend le point de ralliement prévu à 14h00 place de la Révolution, mais qui exclut bien des options telles que Battant, déjà envisagée comme une potentielle « solution de repli » par certaines voix.
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Une issue dont nous avions analysé les probabilités, plusieurs précédents plaidant alors en faveur d’une absence de mesures. Entretemps, néanmoins, les consignes d’Emmanuel Macron sont passées par là, le président exigeant la prohibition de toute mobilisation qui ne serait pas chaperonnée par les partenaires sociaux. Localement, ces derniers, qui ont été jusqu’ici clairs sur un soutien mais sans substitution des concerné·e·s, auraient été dépassés dans leur communication. Alors qu’une réunion institutionnelle de sécurité avait lieu hier soir, « France 3 » relatait ce qui semblait être un retrait voire une condamnation du 24 octobre, en tous cas compris comme tel par des internautes, certain·e·s affirmant par exemple que « les syndicats ont pris la décision de ne pas manifester ce samedi ».
Si depuis, « Force Ouvrière », « FSU » et « Solidaires » ont diffusé un rectificatif explicite, reprécisant leurs positions, le mal est fait, divers·e·s observateurs/observatrices estiment que ce « cafouillage » a pu être à l’origine d’un retournement des autorités. Lesquelles ne se sont d’ailleurs pas limitées à une simple restriction géographique, puisqu’elles ont également proscrit le port/transport de matière inflammables, d’engin pyrotechniques, d’objets pouvant devenir une arme par destination, mais également les « équipements de protection individuelle » comme les « casques, masques, lunettes », sans « motif légitime ». Deux dernières catégories à l’appréciation particulièrement arbitraire et cruelle, s’agissant d’empêcher quiconque de se prémunir de gaz lacrymogènes employés.
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Un arsenal qui, nous l’avions constaté le 17 octobre, avait occasionné de graves difficultés respiratoires chez nombre de protagonistes et de tiers·e·s, souvent dépourvu·e·s de matériel, le dispositif étant même soupçonné d’avoir entrainé le décès de Christophe M. à Paris. Conscientes de ces critiques, étendues notamment aux effets des grenades de désencerclement ici aussi utilisées, les pouvoirs publics semblent donc tout à fait prêts à s’en accommoder. Face à cette volonté inédite de répression, militant·e·s et population font face, proposant, par exemple, une « garderie autogérée » pour les parents au café-librairie « l’Interstice », quand des riverain·e·s offrent leur logement, afin de se mettre à l’abri, de se restaurer, de parer aux premiers secours…
Après le fiasco de samedi dernier, la totalité des forces de police disponibles devraient être déployées sur le terrain. À ce stade, en Franche-Comté, le recours à l’armée n’est pas (encore) rapporté ou documenté, mais il est désormais assumé, afin de garantir la garde des bâtiments. Une éventualité qui complète les réseaux de « citoyen·ne·s volontaires », via la « chambre de commerce et d’industrie », pour suppléer des patron·ne·s, dont la plupart barricadent leur établissement. Une initiative attirant, ainsi que nous le révélions jeudi, extrême droite et franges néonazies, qui se rêvent en supplétifs de l’État. Alors que 10 à 15 000 personnes étaient présentes il y a une semaine, la journée de demain est d’autant plus frappée par l’abondance des données et incertitudes.
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Mise à jour du vendredi 23 octobre à 23h30.
Un recours en référé a été déposé devant le tribunal administratif de Besançon, afin de contester les dispositions de l’arrêté « 25-2026-10-23-00002 » publié ce jour. Une procédure portée, d’une part, par la « CGT », « Force Ouvrière », la « Fédération Syndicale Unitaire », « Solidaires » et la « Ligue des Droits de l’Homme », et, d’autre part, le « Parti Communiste Français », l’ensemble devant être examiné à partir de demain matin.
Alors que le rendez-vous initial était fixé à 14h00 place de la Révolution (espace désormais compris dans l’interdiction de regroupements), la plateforme « Besak en luttes » propose le parking Battant (sans déclaration), le « PCF » les Glacis (déposé en préfecture) et l’intersyndicale « CGT Éduc’Action »/« Force Ouvrière »/« FSU »/« Solidaires » les trois sites (avec un ralliement à déterminer en fonction des réalités pratiques qui s’imposent).
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Toufik-de-Planoise
Illustration d’en-tête : Focus sur une pancarte « protéger – servir – mutiler – sévir » brandie lors d’un cortège sauvage étudiant/lycéen sur Canot, le 6 octobre à Besançon – Crédit : Nadwo.
