Chez Anne Vignot, une sévère claque avant le deuxième round
« Le LR Ludovic Fagaut en tête dans un bastion historique de la gauche » titrait, par exemple, le journal « Libération ». Récoltant plus de 40% des votes, la vitrine de « Ensemble, Besançon avance » a su en effet s’imposer comme une alternative crédible en surfant sur les passions suscitées par l’écologiste Anne Vignot. Cette dernière, à 33,37%, accuse un « retard » de presque 7% contre son concurrent. Troisième, franchissant les 10%, « l’insoumise » Séverine Véziès a immédiatement proposé une fusion, déjà actée. Mais, pour maintenir la ville dans son histoire, qui n’a pas varié depuis Henri Regnier en 1950, ce front sera-t-il suffisant ? Car si les abstentionnistes sont en ligne de mire, à leur droite, les adeptes de J. Ricciardetti (« RN », 8,00%) et d’É. Delabrousse (« Horizons », 5,67%) pourraient encore peser.
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« On s’attendait à ce que ce soit difficile, mais pas à ce point »
Dimanche 20h00, au Kursaal. Si certain·e·s avaient déjà eu des échos de la situation en début de soirée, la plupart des protagonistes découvrent les estimations préliminaires qui s’affichent sur grand écran. Cinq à dix pourcents, c’est la marge qui se dessine alors entre Ludovic Fagaut (union de la droite et du centre) et Anne Vignot (union de la gauche). Mais, surtout, l’addition des « progressistes », « Lutte Ouvrière » compris (1,93%), donnerait entre 45 et 47 % des suffrages, loin du quorum qui a taillé la réputation de la capitale comtoise. Comme le soulignera cependant le « PCF » Thibaut Bize, le bloc « conservateur » perd environ cinq points, quand ses adversaires en gagnent autant, par rapport à 2020. Mais cette date s’inscrivait dans une configuration particulière, dont une triangulaire cette fois exclue avec l’effondrement du « Horizons » Éric Delabrousse (5,67%).
Pour les partisan·e·s de « Besançon vivante, juste, humaine », la stupeur est totale sur le moment. « Les sondages donnaient des candidat·e·s au coude-à-coude, là c’est une débâcle » tonne une sympathisante « société civile » au bord des larmes. « On a peut-être été trop confiant·e·s, limite arrogant·e·s. Nous devrions nous remettre en question, quelle que soit la suite » lâche sa voisine, plus courroucée. Chez les élu·e·s du « Parti Socialiste » (PS) au « Parti Communiste Français » (PCF), le choc est également palpable. « C’est mort, il n’y a pas un monde où elle peut rattraper une telle distance » balance un élu du conseil départemental, son collègue le reprenant par une vision plus combative : « On s’attendait à ce que ce soit difficile, mais pas à ce point. Le coup est rude c’est vrai, il faut maintenant l’encaisser et repartir. Réunir, mobiliser, se battre, car à ce stade rien n’est joué ! ».

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En dehors de la Boucle/Battant, la majorité en délicatesse presque partout
Comme nous le pronostiquions le 5 mars dernier, la cartographie électorale du premier tour est en effet sévère pour A. Vignot. Certes, sans surprise, la maire sortante domine bien les huit bureaux de l’hypercentre. Une zone qui lui est traditionnellement favorable, à l’image d’Arènes (202), avec un plébiscite record de 45,95% sur son nom, qui, ajouté aux 25,14% de S. Véziès, placent ici la gauche à plus de 70%. Mais, en-dehors de ce périmètre précis, l’écart observé dans le reste de la ville est à son désavantage, souvent significatif. « Besançon vivante, juste, humaine » n’arrive alors plus en tête que sur quelques prises, dont les Vieilles-Perrières (203), la Grette (204), Brossolette (301), Kennedy (303), les Près-de-Vaux (502) et Paul Bert (506). Même Planoise, emblématique des politiques urbaines engagées, ne lui accordera nulle part une quelconque consécration.
Un résultat qui s’explique également par une division plus conséquente des bulletins aujourd’hui du même camp, entre « l’union de la gauche » et « la France Insoumise ». Mais, analyse complémentaire révélatrice dans cette cité populaire autrefois marquée, même cumulées, les 1 161 voix récoltées par les deux femmes, sur les six circonscriptions que compte le quartier, ne dépassent jamais la barre fatidique des 50%. Un seuil que leur adversaire de droite est en revanche parvenu à approcher ou franchir allègrement, seul, comme à Saint-Ferjeux (210 – 45,10%), Fontaine-Écu (304 – 46,69%), Albert Camus 2 (600 – 46,78%), Chaprais (510 – 47,63%), Pierre et Marie Curie (411 – 47,98%), Albert Camus 1 (404 – 48,39%), Kergomard (302 – 48,43%), Bruyères (401 – 48,50%), Simone Veil (601 – 49,54%), Quatre-Vents (405 – 52,77%) ou encore Montboucons (309 – 57,57 %).

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Avec l’élimination du « Rassemblement National », une victoire morale paradoxale
Caracolant à 8,00% pile, l’extrême droite incarnée par Jacques Ricciardetti ne renouvellera pas les exploits de 1995 et 2014. Une élimination brutale du « Rassemblement National », dont personne ne souhaite le rapprochement, y compris chez « les Républicains » et au « MoDem ». Mais un aspect qui, paradoxalement, devrait aider à enterrer les maigres espoirs d’Anne Vignot. « C’est une réserve vitale pour Ludovic Fagaut, dont il va pouvoir bénéficier sans se salir les mains. Mécaniquement, une large partie de cet électorat va se ‘déporter’ sur lui afin de faire barrage à la gauche. Si les lepénistes avaient été au second tour, ielles auraient baissé avec la logique du vote utile, mais un socle notable de jusqu’au-boutistes serait resté. Ceux-là pourraient bouger le 22 mars, c’est ce coup de pouce qu’il manquait probablement à ‘Ensemble, Besançon avance’ pour l’emporter » reconnaît une adjointe.
Alors que l’alliance entre « l’union de la gauche » et « la France Insoumise » était enfin annoncée ce matin, les militant·e·s de terrain, à rebours des « albums Panini » fétiches de la majorité, entendent bien déjouer les prévisions pour le moins pessimistes. « Il y a une abstention qui demeure considérable, puisque près d’un·e citoyen·ne sur deux ne s’est pas déplacé·e dans l’isoloir. C’est d’abord là qu’il faut taper, convaincre une masse la plus large sur un projet pour renverser la vapeur. Le duo Fagaut/Croizier fait aussi peur parmi les plus modestes, on le sait en discutant avec les gens. C’est désormais à nous de travailler, afin que ces préoccupations se matérialisent en expression » exhorte un mélenchonniste de la première heure. À voir comment cette synergie est appréciée côté centre-gauche et surtout macronistes, É. Delabrousse ayant déjà refusé tout soutien à une entente avec « LFI ».
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Illustration d’en-tête : Hier, dimanche 15 mars, au kursaal, militant·e·s et habitant·e·s étaient, comme de coutume, présent·e·s pour l’annonce des résultats.
