Derrière certaines menaces racistes visant Hasni Alem, un soutien de Ludovic Fagaut passé par l’extrême droite
Le 24 mai dernier, nous tracions les profils d’internautes enclin·e·s à entretenir un climat malsain à l’encontre d’opposant·e·s politiques. Campagnes de calomnies, entretien de la culture du viol, envolées antisémites et islamophobes, pourrissent désormais l’ensemble des débats numériques. Une tendance qui s’est généralisée sur le web, prenant aussi des proportions inquiétantes au local. Hasni Alem, cible privilégiée en tant que minorité visible et conseiller d’opposition, dénonce une accélération des discours de haine. Après une énième vague, le jeune homme s’est résolu à pousser les portes du commissariat de la Gare-d’Eau pour la troisième fois depuis 2022. L’auteur présumé étant ici un ex-lepéniste coutumier du fait, qui navigue d’apologies du IIIe Reich en approbations de la nouvelle majorité municipale.
.
« T’es pas chez toi ici »
Depuis plusieurs années, Julien Epenoy éclabousse les réseaux sociaux de ses nombreuses saillies : soupçons quant à des « détournements de fonds » à la « Banque Populaire », trucage des élections présidentielles, manque de propreté des lignes « SNCF », embrouilles avec les agent·e·s « Ginko », présence de graffitis sur un feu tricolore à Besançon, succèdent, ici sur « X/Twitter », aux signalements d’affiches pro-Macron et aux insultes visant Anne Vignot. Un quotidien de complaintes et de dénonciations, aux relents déjà souvent nauséabonds. Mais cette trame s’est récemment dégradée, l’administré franchissant désormais le seuil d’un harcèlement raciste assumé contre quiconque lui déplairait. À l’instar d’Hasni Alem, personnalité d’ascendance maghrébine, vivant dans un quartier populaire, fonctionnaire et militant de gauche.
« En réalité, ça fait un moment que je dois subir ses commentaires malveillants. Dès 2022 via Facebook, il écrivait par exemple que mon nom ne lui inspirait pas confiance. Ça a continué comme ça jusque fin 2025, de critiques gratuites en qualificatifs méprisants comme ‘le roi du couscous’ juste après les fêtes de Noël. Malheureusement, ce type d’attaques est habituel, donc je ne vais pas systématiquement au poste de police, sinon j’y passerais ma vie. Mais, le 25 mars, cette fois sur TikTok, le même m’a envoyé, en message privé, ‘viens te battre petite merde [émoticône étron] sale FDP t’es pas chez toi ici’. En passant à un ton direct et menaçant, j’ai décidé de déposer plainte » nous explique le père de famille, qui nous a donné accès à la procédure. Soutenu par le « Parti Communiste Français », la structure a d’ailleurs aussi adressé un courrier au Procureur de la République..
.

.
Un électeur revendiqué de Ludovic Fagaut
Alors que la justice doit encore trancher de ce cas, Hasni Alem relève toutefois une radicalisation des propos discriminants depuis la campagne et l’élection de Ludovic Fagaut. Pour bien des analystes – notamment antifascistes – l’actuel maire est en effet parvenu à concrétiser une « union des droites » sans jamais formaliser la moindre coalition officielle. Une captation de l’électorat radical, que nous avions déjà esquissée durant l’entre-deux tours du dernier scrutin. Julien Epenoy s’inscrivant parfaitement dans ce schéma, pour être passé par tout ce que la région compte de mouvements d’extrême droite. En 2021-2022, alors encarté au « Rassemblement National », on le retrouve au plus près du gratin comtois, dont Mélanie Fortier, Jacques Ricciardetti, Julien Oudoul, Géraldine Grangier, Marine le Pen, Steven Fasquelle ou encore Maxime Callois.
Après un crochet par « Reconquête » en 2022-2023, le nationaliste multiplie les publications obscènes. Comme le 26 septembre 2025 sur « Instagram », où surgit une « story » publique, issue d’un compte aux obsessions néonazies – depuis banni de la plateforme – reprenant une pâtisserie frappée de la croix gammée sous l’intitulé « Mein Birthday Cake » dont il ajoute « mon gâteau d’anniversaire [smiley rire] ». Une insertion qui aurait pu être sanctionnée pénalement, ce qui ne l’empêchera pas de voir, progressivement, un avenir radieux en la figure bisontine des « Républicains ». « Je vote Ludovic Fagaut en 2026 ! » expose-t-il notamment le 19 décembre 2025 sur « Facebook » en partageant un texte de sa nouvelle coqueluche, le tout sous une déclamation explicitant sa vision du monde : « Vive la France et le cochon. J’emmerde les écolos et les salopes de gauchistes ».
.
Boîte noire
Sollicité par nos soins mardi soir afin de connaître ses positions quant aux tenants et aboutissants des productions et ancrages cités, Julien Epenoy n’a pas donné suite à nos demandes. Concernant Hasni Alem, il regrette le silence observé par le nouvel édile sur cette affaire. « Notre maire actuel, M. Ludovic Fagaut, n’a jamais eu de mots fermes contre les actes sexistes, racistes ou homophobes qui touchent notre ville. Cette absence de fermeté a culminé avec son acceptation du soutien du collectif néonazi Nemesis lors de l’entre‑deux tours des élections municipales. […]. Celui qui se présente comme ‘le maire de tous les Bisontins’ se montre incapable d’avoir la détermination républicaine de soutenir et de protéger un élu de son conseil municipal face à la haine la plus abjecte » livrait-t-il le 31 mars dernier. Sans réaction, à ce jour.
.
. Illustration d’en-tête : Julien Epenoy (à droite), en compagnie de Marine le Pen et Julien Odoul le 25 novembre 2021 à Vesoul.
