Théories racistes, visuels anti-LGBT+, soutien à Trump… Le profil « Facebook » secret de Franck Bernard, élu vice-président du Grand Besançon

Avec les dernières élections municipales, un compte « Facebook », a priori anonyme, a multiplié les commentaires partisans sur le fil de nombreuses pages, en particulier de médias locaux. Une activité qui s’est vite muée en véritable campagne de dénigrement permanent contre les figures politiques comtoises de la gauche et du centre, avec un degré de frénésie et d’outrance rarement égalé dans la région. Une tâche qui se décline également en partages publics sur le « mur » de l’intéressé, s’en prenant cette fois encore plus violemment aux personnes immigré·e·s, à la communauté LGBT+ et à tout ce qui s’apparente, de près ou de loin, aux « féministes » et autres « wokes ». Mais, derrière le blase, à la confidentialité poussée, se cache le nouveau vice-président du Grand Besançon Métropole, Franck Bernard. Nos révélations.
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Jean-Marie le Pen en boussole
« Soutien à Némésis », comme réflexe aux poursuites visant le groupuscule ; GIF [bravo], sur un article du « lepéniste » Jacques Ricciardetti« liste destructrice et soutien inconditionnel à l’islamisme », en réaction à la candidature portée par « l’écologiste » Anne Vignot ; « il ne faut pas tacler le physique mais là quand même », à propos de « l’insoumise » Séverine Véziès ; « acte de collaboration », pour qualifier l’attitude du « macroniste » Benoît Vuillemin après s’être désisté au second tour des législatives de 2024. S’il est actif depuis des années, un certain « Seven FK » s’est acharné, ces derniers mois, dans le cadre des municipales. L’anonyme dit venir de « la Trinité-sur-Mer », ville natale de Jean-Marie Le Pen. C’est, d’ailleurs, à la mort du politicien, le 7 janvier 2025, qu’apparaît la photographie d’un menhir, son surnom, avec comme seule légende un triple smiley en pleurs.

Mais son palmarès ne se limite pas à honorer la mémoire du tortionnaire et néofasciste breton, notamment condamné pour apologie de crimes de guerre, contestation de crimes contre l’humanité, provocation à la haine, à la discrimination et à la violence raciale, ou injures racistes et homophobes. Sur les quelque 22 000 publications enregistrées, on en retrouve ainsi une qui développe le concept « d’extrême centre » récupéré par Mathieu Bock-Côté et Jean Yves le Gallou, avec un visuel de Gabriel Attal sur fond d’un drapeau israélien, résumant ce qui fait office de liste des détestations viscérales : « l’immigrationnisme, le multiculturalisme, le mondialisme, l’européisme, le libre échangisme, le sans frontièrisme, le progressisme, le wokisme, l’écologisme, l’hygiènisme sanitaire, l’otanisme et la soumission permanente aux revendications des minorités ethniques, religieuses et sexuelles ».
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Le 6 novembre 2024, « Seven FK » publiait ce visuel pro-Donald Trump lors de sa seconde victoire aux présidentielles états-uniennes ; ainsi que l’illustre le fourreau visible à gauche de l’élément, il s’agit en fait d’un drapeau réalisé par ses partisan·e·s qui était notamment commandable via « Amazon » – capture d’écran compte « Facebook » « Seven FK ».

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Plusieurs dizaines de publications haineuses
Un programme clair, qui se traduit concrètement dans un foisonnement  « intellectuel » : « Néo-féminisme, un délire fanatique » et « Roumanie et Bulgarie dans Schengen : droit au séjour illimité pour les Roms » de Laurent Obertone (9 juillet et 13 décembre 2024) ; « nous sommes en guerre (et l’envahisseur est contagieux) » de Stéphane Édouard (4 novembre 2024) ; « 4 chiffres qui démontrent que le grand remplacement n’existe pas ! » de Stéphane Ravier (4 juillet 2025) ; « Donald Trump dénonce les gabegies de l’USaid, J.D. Vance éclate de rire : ‘$8 millions pour les LGBT au Lesotho, pays dont personne n’a jamais entendu parler. […] $8 millions pour faire des souris transsexuelles, $32 millions pour la propagande de gauche en Moldavie…’ » (9 mars 2025) ; ou encore « sur trente-cinq élèves d’une classe de Seine-Saint-Denis aucun ne se dit français » de Gilbert Collard (31 mars 2025).

Mais entre une vidéo « humoristique » du site « Boulevard Voltaire » intitulée « bienvenue chez les wokes » le 16 juin 2025, un débat sur « CNews » critiquant les coûts de « l’ADEME » et du « Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes » le 23 juin 2025, ou un montage signé « Terre de France » opposant le Général Charles de Gaulle aux habitant·e·s de Barbès et aux drags queens ce 17 mars, l’internaute publie aussi lui-même directement certains documents. Comme le 1er mai 2021 avec une cartographie mondiale du prétendu « quotient intellectuel par pays », énième réminiscence des hiérarchies raciales pseudoscientifiques fantasmées par l’extrême droite ; ou le 19 juin 2025 par un dessin anti-LGBT+ devenu viral dans les franges réactionnaires, représentant une famille traditionnelle qui se réfugie sous un parapluie face à des intempéries arc-en-ciel.
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Le 19 juin 2025, « Seven FK » publiait ce visuel LGBT+phobe très répandu dans les milieux conservateurs et ultranationalistes – capture d’écran compte « Facebook » « Seven FK ».

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« Il y a certaines choses que l’on cache pour les montrer » (*)

Qui est ce « Seven FK », à l’origine d’un tel torrent ? De prime abord, impossible à dire. Mais avec la désignation polémique d’un vice-président pour le « Grand Besançon Métropole » (GBM) en début de semaine, des langues se sont finalement déliées. À l’instar d’une source qui tient toutefois « à rester strictement anonyme par peur des représailles », nous détaillant longuement les traces laissées par l’ex-flic sur la toile. D’une photographie taguant « Seven Franck » en date du 7 juin 2018, aux mentions de sa compagne qui l’affiche « en couple » le 18 décembre 2023, en passant par de multiples relations avec Éric Fusis, des uniformes du commissariat de la Gare d’Eau ou des contacts portant le même patronyme, l’évidence s’est imposée : ce compte est celui de Franck Bernard, personnalité qui ne dispose pas de canaux officiels mais agit ainsi de façon officieuse. 

Il y a une semaine, nous consacrions un premier portrait à ce fidèle catholique encarté « au Front » depuis 2010. Exit les critiques craignant de le voir débarquer dans les arcanes de la capitale comtoise, affirmant que « les gens se fichent de l’étiquette politique ». Mais, loin d’une banale adhésion, se dessinait une cheville ouvrière de l’appareil idéologique et organisationnel d’un parti, pour lequel il fut colistier d’Éric Fusis aux législatives de 2024 et reste proche de Thomas Lutz avec qui il a conduit diverses cérémonies en 2025. Devenu maire en 2020, sa patte s’est également imposée sur les pages « Facebook » de la mairie et du comité des fêtes de Chevroz : recrutements de la police nationale, hommage à Brigitte Bardot et appuis au sulfureux groupe de reconstitution historique « les Loups de Fenrir » s’enchainant, parfois sous les « likes » de « Seven FK ».
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Photographie publiée le 7 juin 2018 sur « Facebook », toujours accessible de manière restreinte. Le compte litigieux, nommé à l’époque « Seven Franck » est « tagué » avec des amis, laissant apparaître Franck Bernard, alors conseiller municipal de Chevroz depuis 2014, aisément reconnaissable (troisième personne par la droite, non-floutée) – capture d’écran « Facebook » X.

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La gauche alternative et sociale-démocrate au diapason

Sans surprise, l’issue de ce lundi 20 avril avait été largement dénoncée par « la France Insoumise » : « 58 voix contre 39 ont suffi pour faire entrer pour la première fois de son histoire au sein du conseil communautaire de GBM un vice-président Rassemblement National. Les appels à la responsabilité se sont pourtant multipliés. Nous regrettons les 22 voix d’abstentions et de vote blanc qui auraient pu faire basculer le scrutin. Jean Jaurès disait : ‘Le courage, c’est d’agir et de se donner aux grandes causes sans savoir quelle récompense réserve à notre effort l’univers profond, ni s’il lui réserve une récompense’ ». Pour le « Parti Communiste Français », la déception est parfaitement analogue : « Plusieurs élu·e·s de GBM disent qu’ils ne font pas de politique, mais un vote est évidemment politique. Le VP RN n’hésitera pas, lui, à imposer sa vision politique maintenant qu’il est aux affaires ».

Même au « Parti Socialiste », l’avènement se voit sévèrement tancé : « Alors que le cadre technique de notre charte de gouvernance est invoqué pour justifier l’accession du Maire de Chevroz à une vice-présidence, nous rappelons que ce document n’a aucune valeur juridique contraignante. La charte ne doit pas être un outil de complaisance permettant d’ignorer les appartenances politiques lorsque celles-ci sont en contradiction avec nos principes républicains et la communauté de valeurs de GBM. Nous pointons l’incohérence de Monsieur Fagaut et de la droite locale : comment peut-on agiter la menace des ‘extrêmes’ durant les campagnes municipales tout en facilitant, aujourd’hui, l’installation du Rassemblement National dans l’exécutif communautaire au nom d’une charte sans valeur légale ? ». Une somme d’alertes, qui, avec nos révélations, semblent d’autant plus prémonitoires.
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« Les insoumises » Séverine Véziès et Hélène Magnin-Feysot ainsi que le « communiste » Hasni Alem (aux premier et second plan) ont vivement protesté contre l’élection de Franck Bernard à la vice-présidence du « Grand Besançon Métropole » – élocution à Planoise, lors des législatives de 2024.

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« Ça va être un boulet durant tout le mandat »
Pour les localités péri-urbaines et rurales qui couvrent l’essentiel des soixante-sept communes membres, les choses sont un peu différentes. D’abord au niveau du secteur dit de la « Dame-Blanche », qui comprend neuf bourgs et villages (Cussey-sur-l’Ognon, Chevroz, Geneuille, Devecey, Bonnay, Vieilley, Mérey-Vieilley, Venise et Palise). C’est cet ensemble qui avait proposé Franck Bernard pour le poste, avec, déjà, de fortes tensions internes. Car si sept voix sont allées en ce sens, Gérard Monnien (Devecey, sans étiquette) et Philippe Pernot (Mérey-Vieilley, divers droite) s’étaient immédiatement levés face à cette perspective. Une résistance maintenue jusque au sein de la « chambre de commerce et d’industrie du Doubs » où siège l’assemblée de GBM, sans parvenir à l’emporter lors de la consultation finale. Contactés, les édiles ne regrettent cependant pas leur combat.

« Normaliser l’extrême droite dans une telle intercommunalité, c’est loin d’être anodin. Quand on est attaché à certaines valeurs, on ne peut pas tolérer cela. C’est un précédent grave, ça va être un boulet durant tout le mandat » expose ainsi l’un d’eux au téléphone. Quant à celleux qui ont plébiscité Franck Bernard, aucun ne nous donnera signe de vie. Pas plus que le maire de Besançon et président de la métropole, Ludovic Fagaut, qui a évité toute attaque en se retranchant derrière l’autodétermination de ses partenaires, éveillant les condamnations en complaisances. « Lors de nos prises de parole, il a été très brutal ; quitte à nous empêcher de parler sur le sujet, comme avec notre camarade Martin Mellion. Quand on le voit, ensuite, passer l’écharpe et poser, tout sourire, avec son désormais collègue RN, difficile de nier que l’union des droites s’inscrit dans les faits » observe Séverine Véziès.
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Les quinze vice-président·e·s du « Grand Besançon Métropole », autour de Ludovic Fagaut ; Franck Bernard, élu en quinzième place, en charge de la gestion des déchets et de la propreté, apparaît au fond à gauche du groupe – capture d’écran « Facebook » Ludovic Fagaut.

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Boîte noire
Comme pour notre dossier du 17 avril, nous avons sollicité Frank Bernard avant la publication de cette enquête. Celui-ci a été destinataire de nos interrogations mardi dernier, via l’adresse électronique de la mairie de Chevroz, celle qui lui a été dédiée par la métropole du Grand Besançon, ainsi que sur la messagerie « Facebook » de « Seven FK ». À aucun moment, nous n’avons obtenu la moindre réaction de sa part. Mais, environ une heure après nos demandes, le profil litigieux a subi de soudains bouleversements, son nombre « d’ami·e·s » passant, par exemple, de 78 à 54 entrées. Relancé dans la foulée, nous voulions savoir, sans succès, s’il s’agissait d’une incroyable coïncidence ou d’une volonté de « faire le ménage ». Souhaitant quand même lui éviter une vaine besogne, nous lui avons indiqué avoir procédé, au préalable, évidemment, à toutes les captures d’écran utiles…

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Illustration d’en-tête : Franck Bernard (au premier plan) lors des cérémonies du Huit-Mai 1945, le 14 mai 2025 à Chevroz – capture d’écran page « Facebook » de la Mairie de Chevroz.