Le photoreportage du mois : Athénas, le centre qui « remet sur pied » les animaux sauvages
L’Étoile et ses 600 âmes, village situé à quelques kilomètres au nord de Lons-le-Saunier dans le Jura, en plus d’avoir donné son nom à la plus petite AOC du vignoble du département, voit défiler sur son territoire une cohorte d’animaux sauvages qui viennent se faire soigner dans un lieu unique en son genre. Le Centre Athénas, qui tire son nom de la première pensionnaire soignée en 1987, une Chevêche d’Athéna, accueille, soigne et relâche des animaux sauvages découverts en détresse. C’est aussi l’acronyme d’« Assistance THErapeutique et Nourrissage d’Animaux Sauvages ». Unique en son genre, l’association, qui ne cesse de se développer, accueille aussi bien les tortues que les pipistrelles ou les hérissons, les vautours et les cigognes, les blaireaux et les chardonnerets victimes de trafics, mais elle s’est surtout spécialisée dans l’accueil des félidés sauvages présents dans la région, le chat forestier et le lynx boréal.
Les photographies ont été prises en février 2026 dans le cadre d’un reportage initialement commandé par L’humanité.


Dans une impasse surplombant le village et après avoir passé quelques nids-de-poule, on arrive au centre. La petite maisonnette, où travaillent cinq employé·es, plusieurs services civiques, des stagiaires et de nombreux bénévoles, est l’actuel centre névralgique du lieu. On y rédige les rapports d’activité, fait les demandes d’autorisations préfectorales, de subventions et, sur la grande table centrale, on soigne. Mais d’ici quelques mois, une nouvelle infirmerie va sortir de terre, ce qui va changer drastiquement les habitudes des équipes.



Selon les chiffres avancés par Gilles Moyne, cofondateur du centre et actuel directeur, et au regard des traumatismes subis, environ 55 % des animaux apportés au centre vont survire, la plupart des décès arrivant dans les 24 heures ; 85 % des animaux soignés sont relâchés, et 96 % de tous ces animaux sont des victimes des activités humaines.
En bientôt 40 ans d’existence, les équipes ont eu à faire à 250 espèces pour plus de 60 000 accueils. Le nombre d’animaux en demande de soins ne cesse d’augmenter et ces dernières années, c’est plus de 6 000 animaux qui sont annuellement pris en charge, la moitié des entrées se faisant généralement en juin et juillet.
Un réseau organisé de 300 bénévoles maille la région et permet d’agir rapidement sur les animaux en détresse dans onze départements : le Jura, le Doubs, la Haute-Saône, le Territoire de Belfort, la Côte d’Or, la Saône-et-Loire, l’Ain, le nord de la Haute-Savoie, le nord du Rhône, le sud de la Haute-Marne et l’Est de la Nièvre.












Les 3 hectares de terrain, propriété de l’association, ne sont pas ouverts au public. Les animaux peuvent ainsi reprendre des forces dans un espace calme et propice à leur bon rétablissement, avant d’être relâchés dans leur milieu naturel.
Les volières occupent une grande partie de l’espace puisque 74 % des animaux accueillis sont des oiseaux, 23 % sont des mammifères et 3 % sont des reptiles et amphibiens. Aujourd’hui, le centre comprend dix volières pour rapaces, une pour les oiseaux d’eau, une pour les passereaux, une pour les vautours et trois pour les rapaces nocturnes.













« Réapparu à la fin des années 70 après presque un siècle d’absence, le lynx a colonisé le Massif jurassien à partir des populations réintroduites en Suisse. La sous-espèce originelle (Lynx lynx lynx) a disparu à la fin du XIXè siècle sous l’effet des persécutions, et la sous-espèce réintroduite (Lynx lynx carpathicus), très légèrement plus petite et contrastée, provient de l’ex-Tchécoslovaquie. Ce super-prédateur opportuniste a facilement retrouvé sa place dans la région forestière riche en ongulés qu’est le Massif du Jura » peut-on lire sur le site de l’association.
En 1989, le premier lynx est accueilli au centre puis les sauvetages s’enchainent. En 2019 le « Complexe de réhabilitation pour le Lynx Boréal », d’un coût de près de 370 000 euros financé par divers fonds publics et privés, ouvre ses portes. Il permet aussi d’accueillir des loups en cas de besoin. Au total, ce sont 118 individus qui ont pu être pris en charge. 34 ont été relâchés et 4 nouvelles remises en liberté sont prévues. Entre 2020 et 2025, le centre a comptabilisé 108 lynx victimes de collisions, dont seulement 5 ont survécu.
Menacée principalement par la circulation et le braconnage, la population de lynx est fragile et l’espèce est aujourd’hui à nouveau menacée, selon un rapport d’expertise scientifique publié en 2024.






Illustration d’en-tête : Gilles Moyne regardant Franklin, un mâle 12 ans non relâchable en raison de ses séquelles liées à son accident.
Le centre a mis place un ligne d’urgence dédiée au lynx. Pour un signalement de lynx à proximité des habitations ou blessé, les personnes témoins sont invitées à contacter ce numéro : URGENCES LYNX – 06 76 78 05 83
Pour toutes les autres demandes c’est à ce numéro que le centre doit être contacté : 03 84 24 66 05.
Site internet du centre : www.athenas.fr
