Scènes de chaos hier à Besançon, le maintien de l’ordre interrogé
Comme dans de nombreuses agglomérations de France, la victoire du « Paris Saint-Germain » en « Ligue des Champions » a entraîné d’importantes scènes de liesse à Besançon. Ce samedi à partir de 22h00, plusieurs centaines de supporters/supportrices ont ainsi fêté cette consécration avec alcool, musique et déambulations. Une ambiance qui a toutefois tourné court, la soirée s’achevant avec charges policières et gaz lacrymogènes. Alors, que s’est-il passé ? Selon les autorités, les uniformes ont été contraints de « répliquer » face à des assaillant·e·s muni·e·s de projectiles. Mais pour bien des témoins, l’opération s’est surtout muée en une répression aveugle et généralisée sur tout le centre-ville.
.
« J’avais promis à mes filles qu’on irait manger un tacos, pour célébrer cet évènement. On a traversé le pont Battant pour arriver à l’angle de la rue Claude Pouillet, d’un coup on s’est retrouvé à un mètre d’une grenade lacrymogène. J’ai pris mes gamines par le bras en hurlant de courir, alors que le truc était en train de péter. On a réussi à se mettre à l’abri et trouver du borax, nos yeux brûlaient encore plus avec ma prothèse oculaire. Prostré·e·s un peu plus loin pendant une vingtaine de minutes, on a alors tenté de faire le chemin inverse quand tout semblait redevenu calme. Mais là, on se prend un nouveau palet. Cette fois, on a attendu que la police parte pour rentrer chez nous. La soirée a tourné au cauchemar, comment justifier de s’en prendre ainsi à n’importe qui ? »
Ces mots, ce sont ceux de Magalie, tirés d’une vidéo qu’elle a postée dans la nuit de samedi à dimanche sur « Facebook » peu après l’incident. « Je n’ai rien contre les fonctionnaires, bien au contraire. Mon fils passe actuellement son concours de gardien de la paix, quand il nous a rejoint il était tout aussi choqué par ce qu’il a vu. J’ai une sensibilité de gauche, mais en famille je ne fais pas de politique. Je relate ce que j’ai vécu, point » précisera-t-elle. Un constat avancé par bien d’autres internautes, d’un étudiant qui a « passé des heures à prodiguer des soins au début de la rue des Granges », aux client·e·s d’un bar du quai Vauban qui confirment « que les restaurants et cafés se sont transformés en point de chute pour accueillir les passant·e·s terrassé·e·s par les gaz ».
Pour toutes et tous, c’est l’incrédulité qui domine aujourd’hui. « On nous a dit que ça avait chauffé au pont Robert Schwint, que la circulation coupée par le cortège avait entraîné une réponse des CRS. Ça aurait caillassé, donc c’est parti en cacahuète. Okey, mais quel besoin d’intervenir ici et surtout comme ça ? » peste un tenancier. Vidéo à l’appui, une jeune femme présente rue des Boucheries atteste également de « multiples tirs [au MP7 cougar] alors que tout était calme à ce moment-là ». « On a l’impression qu’ielles ont arrosé le quartier, en pure prévention. Quand bien même vous auriez effectivement eu une dizaine d’indélicat·e·s qui se carapataient, il faudrait penser aux dommages collatéraux avant ! » achève encore un habitant de la Grande-Rue.
Sans surprise, le maire Ludovic Fagaut et les pouvoirs publics ont rapidement communiqué afin de distiller un récit clé-en-main aux « médias ». Écartant ces déclarations gênantes qui pullulent pourtant sur le web, la réalité d’une potentielle répression abusive étant supplantée par le seul récit préfectoral axé autour des agent·e·s blessé·e·s et interpellations. « Ça devait être joie et bonne humeur, personne ne va cautionner des débordements. Mais la foule était-elle vraiment plus incontrôlable qu’en 98, période aussi marquée par des heurts ? Il serait temps de questionner le maintien de l’ordre, on ne peut pas balancer des flash-balls et des gaz au hasard comme ça. Dans un tel environnement, le moindre quidam aurait pu perdre un œil » s’emporte un couple de passage.
.
Illustration d’en-tête : Extrait vidéo d’une interlocutrice, après un gazage depuis Révolution à l’angle du pont Battant, de la rue des Boucheries, de la Grande-Rue et de la rue Claude Pouillet. Plusieurs personnes courent, certaines tentent de respirer en relevant leur tee-shirt sur le visage, d’autres restent tétanisées.
