À la Préfecture du Doubs, la lutte contre l’antisémitisme entre chasse aux sorcières et tolérances douteuses
Une rencontre en 2017, une soirée de soutien en 2018, un vœu municipal adopté à l’unanimité en 2022… Durant de nombreuses années, le nom de Salah Hamouri était évoqué en toute quiétude dans la capitale comtoise. Jusqu’en 2026, où le cas de l’avocat franco-palestinien est brusquement devenu problématique pour les autorités. Alors qu’il devait animer l’une des cinq conférences du « Besac Antifa Fest » ce jeudi soir au centre Nelson Mandela de Planoise, la Préfecture du Doubs a ainsi promulgué un arrêté d’interdiction quarante-huit heures avant l’évènement. Pendant qu’un recours doit être examiné ce matin au tribunal administratif, l’affaire ne manque pas d’interroger quant à la faiblesse des arguments et l’évocation de précédents pour le moins fâcheux.
À l’exception de l’adjoint aux « musiques actuelles et pratiques culturelles » Frank Monneur, personne n’avait envisagé une telle sentence. Si la « Ligue Internationale Contre le Racisme et l’Antisémitisme » a exprimé de vives inquiétudes, même celle-ci ne concluait pas à la censure. C’est pourtant cette voie que vont choisir les pouvoirs publics, s’engageant dans un précédent inédit. Le 1er juin dernier, le préfet Rémi Bastille paraphait un document proscrivant cette assemblée. Sur la base de motivations aux contours larges, comme le fait que « M. Salah Hamouri est une personnalité exprimant des positions ayant pu par le passé être considérées comme antisémites ; que les conférences de ce dernier susceptibles de laisser craindre des troubles à l’ordre public ont fait l’objet de plusieurs interdictions ».
À ce stade, impossible de savoir quels éléments précis sont reprochés à l’intéressé et quand/comment/par qui leur nature « litigieuse » a été validée. Une trame omniprésente, qui se borne à énumérer abstractions et contextes plutôt que de s’atteler à la démonstration concrète. Saisies en référé, les instances compétentes devront trancher ce différend. En attendant, difficile de ne pas interroger cette résolution aussi diligente que radicale. A fortiori en la comparant à des situations récentes, où les responsables concerné·e·s se sont montré·e·s autrement plus « coulant·e·s ». Comme en 2024-2025, lorsque ces représentant·e·s de l’État ont enchaîné invitations et entrevues avec un dignitaire épinglé pour ses dérapages verbaux visant les Juifs.
Une mansuétude encore affirmée début 2025, à l’égard du groupuscule « Égalité et Réconciliation » qui a pu se retrouver dans le nord/Franche-Comté. Le « pôle sécurité intérieure » nous ayant indiqué que « l’interdiction d’une conférence constitue une restriction à la liberté d’expression qui doit être motivée par un risque avéré de troubles à l’ordre public » et qu’en l’occurrence « au vu des éléments portés à ma connaissance à ce jour, il ne m’est pas possible de préjuger de trouble à l’ordre public lié à la tenue de la conférence sur le secteur de Montbéliard. En conséquence, je ne dispose pas de raison à l’interdire ». Si, aujourd’hui, le faisceau contre Salah Hamouri est considéré comme établi, un an plus tôt, avec le mouvement d’Alain Soral, ce n’était donc pas le cas.
Pendant que le premier n’a jamais été mis en cause ni poursuivi ou condamné pour une quelconque discrimination, le second et sa structure ont été reconnu·e·s coupables à de multiples reprises pour incitation/provocation à la haine, diffamation/injure raciste, contestation/apologie de crime de guerre/contre l’humanité, ou association de malfaiteurs. Et si ce n’est pas le fondateur en personne qui était attendu dans la cité des princes, les deux intervenants avaient néanmoins multiplié les diatribes explicites alors qu’un espace littéraire proposait notamment une réédition de « La France juive » signée Édouard Drumond. Dans sa prétendue lutte contre l’antisémitisme et toutes les formes de haine, difficile de comprendre quelle logique anime la Préfecture du Doubs.
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Illustration d’en-tête : Salah Hamouri, le 30 janvier 2024 à Grenoble – AFPS Isère/Grenoble.
