« Moins de keufs, plus de teuf » : à Besançon, les « tekos » prennent la rue
Le défilé avait tout d’un classique, si les sound systems et pistes de danse ne constituaient pas une composante essentielle de l’évènement. Hier à Besançon, le monde des « free-parties » s’est en effet retrouvé dans la rue. Une « manifestive » du collectif « teknoantirep » répétée dans une dizaine d’autres villes, en opposition à un projet de loi criminalisant les dates alternatives de ce type. Plus de mille protestataires ont ainsi investi le centre-ville, fustigeant « un pouvoir qui réprime les derniers espaces de liberté » selon un discours. Sans manquer de proclamer bien des causes annexes, des luttes contre les « violences sexistes et sexuelles » à un antifascisme résolu.
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Adopté au sénat et prochainement examiné à l’assemblée nationale, le projet de loi dit « Ripost » projette d’étendre et de durcir la répression dans divers domaines (usage du protoxyde d’azote, rodéos urbains, occupation de squats…) mais aussi de renforcer les moyens policiers (caméras individuelles, recours aux drones, vidéosurveillance…). Un texte qui ne manque pas, également, de cibler les « rave parties », promettant des sanctions lourdes, allant jusqu’à la prison ferme, pour les organisateurs/organisatrices, mais aussi les simples participant·e·s. C’est pour dénoncer cet arsenal que les « tekos » ont pris la rue, un an après une première démonstration de force.
Venu·e·s de toute la Franche-Comté, c’est un véritable cri de colère qui s’est fait entendre, de la Rhodia à Chamars. « Vouloir normer, contrôler, institutionnaliser chaque millimètres de nos vies, c’est aussi une forme de fascisme. Le mot peut paraître fort, mais c’est exactement ça qu’on vit au quotidien. On est face à un état qui dit, pour la moindre fête un peu large, soit vous passez par les tuyaux classiques, avec des cadres rigides, des moyens conséquents et une somme de commissions, soit vous être hors des clous, alors on vous traite en délinquant, votre matériel est saisi et vous risquez de finir à la Butte [maison d’arrêt de Besançon, NDLR] » s’emporte un des dépositaires du parcours.
Si personne ne conteste la nécessité d’offrir des garanties en termes de sécurité, c’est donc ce « tout ou rien » qui pose surtout fondamentalement problème. « Certain·e·s préfèrent des festivals, bien proprets, à dates fixes, avec tickets onéreux, buvette chique et sécurité privée à l’affût. C’est cool que ça existe et que des gens tiennent ça, mais chacun·e son truc. Nous, on revendique aussi le droit à l’alternatif, à l’underground, au shlag. Pas de business, de convention, ou de discipline, même si des règles de base s’appliquent. C’est probablement ça, que les autorités craignent vraiment. Qu’on fasse des choses, sans leur quémander leur bénédiction » analyse Laura, du Haut-Doubs.
Derrière la petite dizaine de chars, les velléités plus politiques font progressivement jour. Place Jean-Cornet, par exemple, entre deux pistes et discours, les slogans explicites fusent : « tout le monde déteste la police », « siamo tutti antifascisti », « Besac, Besac, antifa ». « Ici, on affiche et assume nos orientations anti-autoritaires, antifascistes, anti-VSS. En somme, tout ce que ce système représente chaque jour un peu plus. Dans la région, en tout cas, ces luttes sont inhérentes à la free party. Les gourous, fachos et agresseurs/agresseuses n’ont pas leur place dans nos teufs, même si, comme partout, il faut parfois le rappeler et le défendre » explique encore un membre du staff.
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Illustration d’en-tête : Aperçu de la manifestive avenue Hilaire de Chardonnet, à la sortie de la friche de la Rhodia.









