À Besançon, l’engorgement (très) sélectif de la justice

Depuis quelques jours, le parquet de Besançon multiplie les gages quant aux mobilisations qui se succèdent devant le tribunal. Car, malgré la communication orchestrée par « l’Est Républicain » pour le compte de ses meilleur·e·s partenaires (ici, , , , ou ), les questions autour des dysfonctionnements de « l’affaire Lyhanna » persistent fortement dans l’opinion ; et, au-delà, la défiance envers toute la chaîne pénale autour des dossiers les plus sensibles. Manque de postes, moyens en berne, consignes fluctuantes ? Oui, mais pas seulement. Quiconque a couvert les mouvements sociaux d’ampleur a pu l’observer, le champ des possibles apparaît soudainement illimité quand il s’agit de réprimer la contestation. Loi travail, gilets jaunes, réforme des retraites, les exemples locaux ne manquent pas.
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Le 2 avril dernier, nous relations les tenants et aboutissants d’une audience visant notre journaliste Toufik-de-Planoise. En effet, le 20 avril 2023 en fin d’après-midi, il était présent à la gare de Besançon-Viotte afin de relater un simple tractage contre la réforme des retraites. Une mission effectuée pour le compte de l’antenne indépendante « radio BIP/média 25 » qui va s’effectuer sans encombre, même lorsque les protestataires occupent les rails. Quelques échanges et deux-trois photos, après une trentaine de minutes d’action, la soirée tombe et chacun·e rentre chez soi. Mais, dès le lendemain matin, à 08h30, l’intéressé reçoit, à son domicile, la visite de deux uniformes, qui lui remettent une convocation pour le mercredi suivant, devant répondre des chefs « d’intrusion dans une enceinte ferroviaire » et de « entrave à la circulation ferroviaire ».

Six jours plus tard donc, placement en garde à vue au commissariat de la Gare-d’Eau. Auditions, vidéosurveillance, réquisitions, les investigations poussées sont réalisées en un temps record pour essayer de faire tenir des charges. Une accusation bien étayée, Toufik-de-Planoise ayant traversé les voies pour faire son taf. Jusqu’à onze secondes au total, d’après les différentes constatations. Avec la mobilisation grandissante contre cette situation, il échappera de peu à un déferrement qui, selon les sources, devait contenir toute une série de réquisitions, dont la détention provisoire. Cette fois, le reporter en sera quitte pour un simple renvoi devant la chambre correctionnelle, en date du 13 juillet. Après une condamnation à un euro d’amende en première instance, une relaxe totale et définitive est finalement prononcée en cour d’appel.

Mais il aura donc fallu moins de trois mois entre l’infraction présumée et le passage à la barre, tout ça pour terminer en fiasco. Une réactivité qui fait rêver, notamment les victimes de violences sexistes et sexuelles qui attendent souvent des années avant d’obtenir ne serait-ce qu’un signe de vie. Gravité du délit, dangerosité du prévenu, risque de fuite, difficile d’expliquer cette diligence. Jusqu’à la réunion de sécurité du 30 juin 2023, réunissant le gratin de toute l’administration régalienne. Dans un anonymat strict, un participant relate : « Il y avait tout le monde, agents de la préfecture, gradés de la police, ainsi que le Procureur de la République, Étienne Manteaux. Celui-ci a consacré une large partie de la réunion sur Toufik-de-Planoise et Frédéric Vuillaume, expliquant que pour mettre fin aux désordres des cortèges, ceux deux-là devaient être la priorité du moment ».

Obsession avouée des services dédiés à la tranquillité publique : un correspondant de presse et un activiste syndical. Une orientation que relèveront d’ailleurs les juges à travers leurs motivations de quinze pages, notant les qualificatifs singuliers utilisés par les fonctionnaires en charge de l’enquête : « les deux leaders », « le leader local de la contestation », « une figure emblématique de Besançon ». Heureusement, pas encore de chars soviétiques à l’horizon. Bien d’autres illustrations auraient pu être mobilisées, concernant les deux compères cités, ou à propos de manifestant·e·s passé·e·s en comparution immédiate et autres procédures accélérées. Alors qu’un rassemblement est annoncé demain, les magistrat·e·s qui se disent à l’écoute des critiques pourraient peut-être aussi se rafraîchir la mémoire sur les choix contestables de leur profession.

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Illustration d’en-tête : Aperçu du blocage des rails à la gare de Besançon-Viotte, le 20 avril 2023.