Jacques Vuillemin sur Ceuta : « Quel monde préparons-nous à nos enfants ? »
Né en 1942 et militaire de carrière, Jacques Vuillemin est un militant politique qui fut notamment premier adjoint au maire Robert Schwint de de 1989 à 2001. Écrivain engagé, il souhaite réagir à notre article du 4 août dernier concernant Frank Monneur et ses positions sur la crise de Ceuta. L’occasion d’affirmer que les ancien·ne·s élu·e·s étiqueté·e·s à gauche ne virent pas systématiquement réactionnaires, cette figure du socialisme ayant en tout cas à cœur de ne jamais renier ses idéaux. Il vient, d’ailleurs, de lancer une campagne de pré-vente pour son prochain livre, « Faut-il croire aux signes du destin ? ».
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Ceuta.
Les événements de Ceuta à peine connus, s’élèvent les voix de ceux qui utilisent la peur pour défendre leurs idées aux fins d’exiger le renforcement de nos frontières . Faut-il rappeler que Ceuta est un morceau d’Espagne sur le territoire marocain, bien loin de nos frontières ?
Qu’importe, il faut faire peur. Agiter la peur de l’autre, de l’étranger, du réfugié.
Ces réactions vives m’interrogent et m’inquiètent pour l’avenir. Quel monde préparons-nous à nos enfants ?
Un monde où la peur aura chassé la raison ? Un monde où la peur aura remplacé la solidarité, où la peur sera un projet ?
Avons-nous oublié le cri du pape François à Lampéduza en 2013 : « Ayons le courage d’accueillir ceux qui cherchent un monde meilleur » ?
« Tous les hommes sont l’Homme » écrivait Victor Hugo. Non, tous les hommes ne sont pas l’Homme. Toutes les victimes des malheurs du monde ne sont pas l’Homme.
Qu’avons-nous fait du troisième pilier de notre République ? La Fraternité ?
Il y a quelques années, j’avais publié un texte pour dénoncer l’indifférence coupable du monde occidental, de l’Europe, s’agissant des réfugiés (lire ci-dessous, en encadré).
Rien n’a changé ! Nous sommes au XXIe siècle et tous les hommes ne sont pas l’Homme.
Dans cette époque livrée à toutes les peurs où s’affrontent tous les contraires alors que nous assistons à une forme de mondialisation de la peur et du désespoir, le monde a plus que jamais besoin de solidarité et de paix.
Voilà, peut-être, l’un des défis majeurs des débats futurs.
. Jacques Vuillemin.
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Ils sont comme nous.
Ils ont fui la guerre, la mort, la barbarie. Ils ont quitté leur pays, leur maison, leur histoire, leurs souvenirs. Ils viennent de pays où l’on meurt sous les bombes, où les enfants jouent dans les ruines de leurs maisons avec la mort pour compagne. Ils viennent d’un pays où la vie ne vaut rien. Alors ils sont partie chercher la paix, la liberté, un peu de dignité. Ils frappent à la porte de l’Europe, à nos portes, mais beaucoup en Europe, terre des libertés et des droits de l’homme, regardent ailleurs ou élèvent des murs. Les plus cyniques affirment qu’ils auraient dû rester là-bas, chez eux, pour se battre, résister et sans doute pour mourir. Il est vrai que les crus de la misère peuvent déranger notre tranquillité. Regardons-le : ils sont comme nous. Ils ont des yeux qui peuvent pleurer ou exprimer de la reconnaissance. Ils ont une bouche qui peut crier, gémir ou sourire. Ils ont des mains qui peuvent s’agripper au moindre espoir de survie. Ils sont comme nous, ils préfèrent la vie à la mort, la liberté à l’esclavage, l’espoir au désespoir, la tolérance à la barbarie. Le XXIe siècle sera celui des grandes migrations climatiques. Alors préparons-nous, anticipons au lieu de regarder ailleurs et d’élever des murs.
Jacques Vuillemin, 2024.
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Illustration d’en-tête : Aperçu de la barrière frontalière entre le Maroc et la ville autonome espagnole de Ceuta, en 2012 – Mario Sánchez Bueno/cc-by-sa-2.0.
