« J’ai baigné très vite dans le rap », de Planoise à la scène avec l’artiste bisontin Shao

Pour son « portrait du mois », le rappeur bisontin Shao a accepté d’accorder un entretien au « Ch’ni ». Figure bien connue de la musique urbaine à Besançon, l’artiste de 35 ans poursuit sa carrière avec brio. 

Ce récit commence par un silence. Celui qui gronde avant un flot de paroles et de souvenirs qui claquent sec, rude mais juste. Shao, dont le blaze est inspiré de la culture nippone, a tout de l’attitude du samouraï devant l’allégorie de la justice réalisée par le graffeur Nacle. Son regard est tourné devant l’œuvre d’art produite en juin dernier, à la suite de l’émoi suscité par l’affaire Lyhanna. Tout dans la posture du rappeur et dans son regard, montre sans jamais le dire un respect immense pour l’art de rue.

Shao fut d’abord un gamin de Planoise, plus connu sous le surnom de Lil Shaolin : « J’ai toujours été très petit en taille, d’où le « Lil », qui est la réduction de « Little » en anglais et « Shao Lin » qui m’a été inspiré par l’univers du kungfu et des arts matiaux que je pratiquais avec mon père, à l’époque à Planoise », raconte-t-il. Son père, originaire du Vietnam est artiste conteur de profession et sa mère, enseignante, est issue de la paysannerie Loraine. Shao naît à Besançon en 1990. Comme il l’explique lui-même, il n’a manqué de rien et à passer une enfance tranquille et heureuse à Planoise, loin de l’image sulfureuse qu’avait déjà le quartier à l’époque.

Il n’a pas plus de six ans lorsqu’il a la chance de commencer une classe de découverte musicale au sein de son établissement scolaire planoisien. Cela durera jusqu’à ses 15 ans. Une expérience enrichissante qui le conduit in fine à franchir les portes du conservatoire de Besançon en 2005 pour apprendre à jouer du piano. Exercice auquel il s’en sortira « pas trop mal », de son propre aveu.

« À 25 000 km/h »

Deux ans plus tard, en 2007, le jeune Lil Shaolin s’illustre alors avec un clip musical au cœur du quartier. « C’était mon tout premier clip. Il s’intitule « À 25 000 km/h […] C’était du bricolage, mais le clip a été très relayé car à l’époque, il n’y avait pas ce genre de contenu sur Internet ». Aujourd’hui, il est consultable en ligne et a été visionné plus de 400 000 fois. Un succès qui conforte le jeune Lil Shaolin à persévérer dans cette voie.

Un an plus tard, les années à Planoise s’achèvent alors pour Shao. Il déménage rue d’Arènes au centre-ville, dans un autre quartier populaire de Besançon : « Je suis passé d’un quartier à un autre avec des problématiques différentes. Ce n’était pas tout à fait le même monde ». Une transition qui marquera un renouveau pour le jeune Lil Shaolin. Il décide ainsi de se faire appeler tout simplement « Shao ».

Une passion ou une carrière ?

Arrive alors une époque où le jeune Shao va s’investir pour faire de son rêve une réalité. « C’est devenu sérieux quand je me suis dit que je commençais à avoir un public ». Shao développe alors une chaîne YouTube, participe à des concerts en direct… Aujourd’hui, âgé de 35 ans, il continue toujours la musique : « Le rap, J’en fais toujours comme par le passé mais plutôt comme un loisir. Je me suis jamais dit ‘demain je plaque tout et je mets tout ce que j’ai dans la musique’ ».

Et s’il exerce toujours sa passion avec le maximum de professionnalisme, Shao travaille en parallèle dans le périscolaire. Bien que la musique soit une partie importante de sa vie, éduquer les jeunes reste une priorité à ses yeux.

Aussi, il regarde l’univers du rap avec davantage de maturité aujourd’hui : « Cela fait longtemps que je fais de la musique, je commence à connaître l’envers du décor et je me rends compte que ce n’est peutêtre pas le fonctionnement que je voudrais dans ma vie ». Actuellement, il a tout de même signé avec un éditeur, ce qui lui permet d’envisager son avenir dans le monde de la musique autrement.

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« Le rap (…) c’est fait pour rassembler les gens »

Né d’une famille mixte, Shao insiste souvent dans ses textes sur des valeurs comme le respect, la tolérance et l’écoute. Son dernier projet « Fédérer » en témoigne. « Je sais aussi d’où je viens et tous les principes que je porte en moi. Quand tu grandis dans un quartier comme Planoise, dans un bâtiment où il y a des personnes d’origines complètement différentes mais qui arrivent à vivre ensemble, ça devient juste une base pour le reste de ton existence ».

Capture d’écran d’une couverture officielle du projet « Fédérer » représentant Shao en habit de samouraï – YouTube

Sur le contexte politique actuel, notamment en France, Shao prend clairement position en tant qu’artiste et en tant que rappeur : « Comme le dit Arsenik ‘Qui prétend faire du rap sans prendre position’ ?… Ma position est donc très claire, ça a toujours été comme ça à Planoise ou j’ai grandi et avec toutes les personnes que j’ai côtoyées. On ne veut pas de l’extrême droite au pouvoir. Je sais que pour moi le racisme, les discriminations de manière générale sont incompatibles avec ce que je fais. Le rap, la musique, c’est fait pour rassembler les gens ».

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Illustration d’en-tête : Photo de Shao lors de sa participation au festival des Pailles, le vendredi 24 juillet 2026.