À Planoise, la relation police/justice-population fait débat

Ce mercredi 29 juillet 2026, le centre Nelson Mandela de Besançon-Planoise a été le théâtre d’un atelier cinéma/débat. Des représentant·e·s de l’État, ainsi que des médiateurs/médiatrices, côté scène, faisait face à une partie de la population, notamment à des jeunes du quartier. Un temps d’échange, qui s’est joué autour du passage de trois extraits du film « les Misérables » de Ladj Ly.
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Quand la réalité dépasse la fiction…
« C’est de la fiction ». Répétée comme un mantra par plusieurs officiel·le·s, cette invocation résume parfaitement l’ambiance générale de la soirée d’hier. À l’initiative, le « club Sauvegarde » et son président Fodé Ndao souhaitaient « renouer le dialogue entre la police et la population ». Tout au long de la soirée, des extraits du film de Ladj Ly ont généré des discussions entre les officiel·le·s et autres représentant·e·s de l’État et des habitant·e·s et des acteur·ice·s du quartiers de Planoise. Mais le débat a vite terminé en dialogue de sourds au cours duquel les personnes présentes ne se comprenaient pas. Ainsi, chacun·e a ajusté son vécu comme un paravent indestructible à l’assaut de celui des autres.

Si Cédric Logelin (procureur de la République du tribunal de Besançon), Laurent Perraut (directeur Interdépartemental de la Police Nationale) et Manon Redoutey (déléguée du Préfet) ont fait valoir le bien-fondé des actions publiques des institutions qu’iels représentent, de l’autre côté, les acteur·ice·s du quartier ont parfois demandé des comptes à la suite d’injustices vues, vécues ou rapportées.

Lors d’un échange au cours du débat, un habitant a ainsi pris la parole : « Par rapport à la relation, police population tantôt, j’ai entendu ici dire qu’il fallait faire confiance en la police. Effectivement, ça c’est dans un monde idéal. On sait tous que selon son origine ou aussi même selon la couleur de sa peau et selon son accent ou bien selon la consonance de son nom de famille ou de prénom… Le traitement de la part de la police n’est pas le même », témoigne-t-il. La parole lui sera coupée par Laurent Perraut, précisant qu’il « ne peut pas pouvoir laisser dire ça ».

Plus tard, ce dernier plaidera en ces termes : « Il ne faut pas inverser les choses, une personne incriminée n’est pas nécessairement victime de la société défaillante. Il y a également des personnes qui ont leur libre-arbitre, toutes les personnes qui n’ont pas un environnement social favorable n’évoluent pas forcément dans le mauvais sens. Les personnes ont la capacité de grandir, de s’insérer dans la société, d’avoir un travail et respecter la loi correctement. Il ne faut pas l’oublier ».

Qui des deux a le plus raison, lequel avance les arguments les plus valables et les plus légitimes ? Difficile à dire. Finalement, l’un des risques qui demeure tenace, c’est que la parole des habitant·e·s des quartiers soit encore et toujours instrumentalisée.

Comme le rappelle encore Fodé Ndao, l’idée de ces échanges direct entre les représentant·e·s des institutions et les habitant·e·s est de créer du lien et des canaux de communication. Le but ? Réfléchir ensemble autour des grands principes qui sont censés régir la République française, comme la justice, l’éducation, la sécurité ou encore le respect. Mais, l’objectif aura-t-il été atteint au cours de la soirée ?
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Cédric Logelin (Procureur de la République) et Laurent Perraut (Directeur Interdépartemental de la Police Nationale) étaient régulièrement au micro.

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Une évènement politiquement correct ?
C’est ainsi que le premier extrait diffusé au cours du ciné/débat a été, à bien des égards, le plus significatif. Et de manière étonnante, il a aussi été le moins débattu. Il y était question de la place de l’éducation des enfants par les parents, ainsi que du rôle de la société dans cette éducation. La fameuse phrase « il faut tout un village pour éduquer un enfant » est revenue plusieurs fois dans la bouche des intervenant·e·s et de certaines personnes dans le public.

Éduquer, (se) responsabiliser… Bien qu’il puisse paraître intéressant que des représentant·e·s de l’État et des habitant·e·s du quartier populaire de Planoise en parlent, ce qui a été encore plus révélateur, c’est de voir se manifester ou non des grands principes dans l’exercice des échanges. Ce fut d’autant plus intéressant que les deux autres extraits diffusés ont tous porté sur les relations tendues entre jeunes des quartiers et police, figure parmi d’autres de l’autorité dans la société.

Une actrice du monde éducatif de Planoise est ainsi revenue au cœur du problème en fin de soirée. Elle a évoqué le parcours d’un jeune ayant été exclu de son établissement scolaire, puis qui ayant fini en prison. Ensuite, elle a posé cette question, déterminante selon elle : « Comment faire en sorte que ces jeunes soient jugé·e·s et que la sanction soit éducative et porte ses fruits et qu’on ne les retrouve pas une semaine après devant le centre commercial, devant la boulangerie à traîner ? »

La déléguée du préfet, Manon Redoutey, peu bavarde et plus à l’écoute au cours de ces échanges, a tenté d’apporter un semblant de réponse : « Les moyens de prévention sont nombreux, mais évidemment ils sont loin d’être suffisants […]. Il y a des jeunes que nous n’arrivons pas à rattraper. Mais il y a en a qui sont de très beaux exemples, qui réussissent, qui s’épanouissent […]. C’est à noter et à mettre en valeur, car c’est aussi important », a-t-elle expliqué.
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La lutte contre la destinée
Ainsi, en se renvoyant de manière quasi systématiquement la balle, les différent·e·s protagonistes de la soirée ont semblé préférer faire l’autruche. Le confort de leur propres illusions l’emportant sur la vérité des faits. Dernier exemple parlant sur ce point : la parole des élu·e·s présent·e·s. Parmi elleux, Monique Chou, conseillère au département, qui a mis l’accent sur l’importance du cadre de vie, des problèmes de deal et de la consommation de drogue dans le quartier. Mais aussi, la parole du député MoDem de la première circonscription du Doubs, Laurent Croizier et de la conseillère municipale la France Insoumise à Besançon, Séverine Véziès.

Si pour le centriste, il est important de faire confiance en la police et « d’aller discuter avec eux […] car ils seront ravis de vous aider » pour l’insoumise, les derniers chiffres de l’enquête du Défenseur des droits en ce qui concerne les relations entre police et population en France sont beaucoup plus parlants. « Selon cette enquête, l’un des facteurs qui augmente le risque d’être contrôlé est le fait d’être perçu comme noir, arabe ou maghrébin. Ils ont 30 % de risques supplémentaires d’être contrôlés par rapport aux personnes perçues comme blanches », explique-t-elle.

Enfin, c’est peut-être cela qui s’est joué dans cette pièce ce soir-là à Mandela : la vérité personnelle, l’intime conviction des un·e·s, remporteront-elles la victoire sur la vérité des faits, objective et redoutablement efficace ? Une lutte sans merci des humains contre leurs destinées (ou contre « le déterminisme » diront certains).

Myriam Bendjilali.
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À la Gare-d’Eau, « le Ch’ni » persona non grata
Le début de journée avait commencé par la visite du commissariat de la Gare-d’Eau à partir de 14h00, permettant à une dizaine d’adolescent·e·s et d’accompagnant·e·s de mieux comprendre le fonctionnement de l’établissement. Un horizon prodigué par Lucas, vingt-sept ans de métier dont dix-huit comme « enquêteur ». Pendant deux heures, il a ainsi autopsié les réalités de sa profession : comment est traitée une plainte, quels sont les acteurs institutionnels, pourquoi procéder à une perquisition, a-t-on des droits spécifiques en tant que mineur·e·s ?

Les questions très pratiques ont ensuite fusé, sur des cas quotidiens ou au contraire théoriques. Un échange riche et ouvert, débouchant sur quelques rappels concernant la citoyenneté, la déontologie, ou la vidéosurveillance. Une somme de chiffres, aussi : Il y a sept-cents membres de la police nationale dans le Doubs dont quatre-cents à Besançon, ainsi que six-cents gendarmes ; 120 000 procédures sont ouvertes chaque année dans la ville, avec un taux de résolution à 50 % ; chaque jour dans ces locaux, il y a entre dix et vingt garde à vue…

Malheureusement, la bonne ambiance finira par tourner court. Au moment où la visite se poursuit devant les six geôles et deux cellules de rétention, le « Directeur Interdépartemental de la Sécurité Publique » (DIPN) Laurent Perraut vient saluer les hôtes. Mais, immédiatement, ses yeux se fixent sur les deux membres du média « le Ch’ni ». « Les journalistes n’étaient pas prévu·e·s, je n’ai pas les autorisations pour… Donc, il va falloir partir » tranchera le gradé. Impossible de retranscrire la suite de cette entrevue, la décision s’appliquant dans la foulée.

Problème bureaucratique, ou ressentiment de l’institution ? L’issue apparaît incompréhensible, alors que le responsable du « club Sauvegarde » avait été préalablement averti de notre présence et que nous nous étions également signalé·e·s à l’accueil dès notre arrivée. Mais une routine pour notre rédaction, tant les « difficultés » du genre sont la règle. Si les jeunes invité·e·s ont ainsi apprécié la réelle franchise de leur tuteur, ielles ont ainsi pu également voir que les principes d’ouverture, de transparence et de pluralité se heurtaient encore souvent aux réalités.

Toufik-de-Planoise.



Illustration d’en-tête : Aperçu de la visite au commissariat de la Gare-d’Eau, à l’arrivée devant les geôles.