« Nous devons maintenir la mémoire », Besançon commémore le 81e anniversaire des tragédies d’Hiroshima et Nagasaki

Le temps était au beau fixe ce jeudi 6 août 2026 au parc Micaud de Besançon, à l’occasion du 81e anniversaire des bombardements des villes d’Hiroshima et de Nagasaki. Le comité du Doubs du Mouvement de la Paix, notamment, a organisé un rassemblement en fin de journée, non loin de la statue de Louis Pergaud, écrivain pacifiste originaire du Doubs.
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Un trait d’union nommé Pergaud
À l’appel de huit associations, syndicats et partis de gauche, un peu plus d’une quarantaine de têtes grisonnantes se sont réunies pour commémorer le 81e anniversaire des bombes atomiques ayant dévasté les villes japonaises d’Hiroshima et Nagasaki. La réunion s’est tenue au cœur du parc Micaud, devant la statue de l’auteur de « La Guerre des boutons ». « Nous avons choisi ce lieu en particulier car Louis Pergaud était un écrivain pacifiste. Il a vécu dans une période d’avant-guerre où la loi de trois ans qui visait à augmenter le service militaire a été votée.(…) C’était une période très compliquée, c’est pourquoi certains pacifistes, quand il y a eu un appel à défendre le territoire, se sont engagés », explique, Christian Tourneret, membre du collectif du mouvement pour la paix dans le Doubs. Au-delà du symbole de la figure du célèbre écrivain doubiste, il s’agit surtout pour le collectif de prôner la non-violence : « C’est aussi ce que voulaient les japonais à la fin de la Seconde Guerre mondiale en acceptant de limiter la prolifération des armes nucléaires », poursuit-il.

Il constate aussi que cette année, les médias locaux de référence ont très peu parlé de ces commémorations, alors même que le monde vit un moment de bascule et que l’arme nucléaire revient au cœur des négociations et des conflits : « Cette année, évidemment, personne n’en parle. S’il s’agissait du 85e ou du 90e anniversaire de ces commémorations, on verrait quelque chose se produire. J’ai pourtant envoyé des communiqués au canard local mais il n’y a rien eu dans le journal », dénonce le militant pour la paix. Il rappelle aussi l’importance, plus vive que jamais, du devoir de mémoire et appelle à se souvenir : « Aujourd’hui, il est plus important que jamais de se rappeler cette histoire car nous entrons dans une période où le nucléaire est à nouveau au centre de l’attention. Avec la guerre en Ukraine, dans laquelle le président russe a expliqué plusieurs fois qu’il va ressortir la bombe nucléaire. Pareil en Iran dans la guerre avec Trump ? Exactement la même chose ». 

Sreenshot
 Christian Tourneret au cœur du parc Micaud à Besançon rappelle l’importance de lutter pour la dénucléarisation

Manque d’échos dans la presse ou bien désintérêt réel de la population bisontine pour ce moment de mémoire collective ? Force est de constater que l’appel à ne jamais oublier les tragédies du passé et ayant provoqué les centaines de milliers de morts civiles des deux villes japonaises en août 1945 n’a pas ameuté la foule dans la capitale comtoise. Ce qui peut s’avérer fâcheux, étant donné que le second objectif du collectif est celui de la transmission, notamment aux plus jeunes : « Nous voulons perpétuer cette mémoire aux nouvelles générations à travers des actions qui permettent de voir évoluer l’état d’esprit des personnes », insiste encore Christian Tourneret.

La Franche-Comté, pas concernée ?
En apparence loin des grands conflits internationaux où la question du nucléaire est soulevée, la Franche-Comté n’est pourtant pas en reste concernant ces problématiques. Comme nous l’explique un autre militant du collectif : « Tous les deux mois, au collectif Bourgogne-Franche-Comté pour la paix, nous faisons une vigie à Valduc, où se trouve une entreprise de CEA de 1 500 salarié·e·s dont cinq cents britanniques présent·e·s ». L’existence d’une telle entreprise en Franche-Comté apporte aux actions du collectif pour la paix tout leur sens. Cependant, elle n’est pas une structure isolée dans la région et n’est donc pas non plus le seul souci des militant·e·s en faveur de la dénucléarisation : « Actuellement, on est en train de se re-nucléariser la base de Luxeuil. Combien de Franc-Comtois·e·s savent qu’il y a un potentiel danger nucléaire, juste à côté d’elleux ? Le jour où partira une bombe, où est-ce qu’elle tombera ? Là où il y a des missiles », nous expliquent des militant·e·s présent·e·s. 

Sreenshot
Affiche officielle réalisée à l’occasion de la commémoration du 81e anniversaire des bombes atomiques d’Hiroshima et Nagazaki

Comme un clin d’œil de l’histoire, une affiche très symbolique est posée sous la statue de Louis Pergaud. Elle présente une photo du dôme de l’ancienne usine japonaise – seul monument resté debout à Hiroshima à la suite du largage de la bombe atomique – une autre photo d’un test nucléaire et autour des deux clichés, plusieurs petits oiseaux en papier plié, symboles d’espoir, inspirés de ceux d’une jeune et éphémère survivante des bombes au Japon en 1945 : une petite fille avait alors voulu fabriquer mille oiseaux de papier, mais n’avait pas pu achever son œuvre à temps. Ses proches et ami·e·s ont alors repris le flambeau.

Pour rappel, lors des explosions à Hiroshima et Nagasaki en 1945, le nombre de personnes tuées, par la chaleur intense et par la tempête de feu qui s’ensuivit est difficile à mesurer, encore aujourd’hui. Il n’existe que des estimations, allant de 103 000 à 220 000 morts au cours des explosions, sans compter les cas ultérieurs de cancers et autres effets secondaires nocifs. Les survivant·e·s des explosions, surnommés les « hibakusha », sont devenu·e·s le symbole d’une lutte contre la guerre et les armes atomiques à travers le monde.
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Myriam Bendjilali
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Illustration d’en-tête : Photo du rassemblement pour la commémoration des bombes atomiques d’Hiroshima et Nagazaki se tenant au parc Micaud à Besançon, le jeudi 6 août 2026