Au conseil municipal de Besançon, une rentrée sous haute tension

Jeudi 17 septembre 2026, le premier conseil municipal depuis la rentrée s’est tenu à Besançon en présence de la majorité en place menée par le maire « Les Républicains »/« Nouvelle Énergie », Ludovic Fagaut, ainsi que les élu·e·s d’opposition issus de différents partis de gauche. Un moment de politique locale qui a duré plus de huit heures et qui ne s’est terminé que très tard dans la nuit, vers 1h du matin. Au-delà d’une affaire d’horlogerie, quelles conclusions tirer de ce moment de démocratie bisontine ?
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Ce vendredi dans la presse, plusieurs articles ont fait état des principales thématiques ayant bercé cette séance du conseil municipal (CM). Parmi elles, on retiendra la gestion de l’eau par la municipalité, les interventions des élu·e·s concernant la MJC du quartier populaire des Clairs Soleils et de sa situation financière, une tentative de débat sur l’arrêté anti-mendicité et deux visions de la sécurité des Bisontines et des Bisontins diamétralement opposées en fonction de la place des un·e·s et des autres sur l’échiquier politique. Au « Ch’ni », attentif·ve·s à l’entièreté des discussions menées, il sera question ici de livrer une analyse tant sur la forme que sur le fond, factuellement étayée et sur ce qu’il nous dit de la vie démocratique dans la capitale comtoise. 

C’est par un temps fort que ce CM a commencé avec la prise de parole de Ludovic Faugot, maire de Besançon, et de Juan Diego Wade, maire de Charlottesville en Virginie (États-Unis), villes jumelées depuis 20 ans. Un premier moment au cours duquel l’édile américain s’est exprimé en une boutade : « J’ai trouvé particulièrement intéressant de découvrir que vos réunions du conseil municipal ne prévoient pas de temps réservé aux interventions du public. À Charlottesville, cela aurait été tout simplement impensable. Nos habitants s’attendent à disposer d’une tribune pour s’exprimer. Vous imaginez bien que cela a donné lieu à des réunions du conseil municipal très longues au fil des ans ». Une remarque destinée à détendre l’atmosphère et qu’on n’imaginait pas à ce point prédictive, tant la durée du CM d’hier soir fut importante : huit longues heures. Pourtant, aucun·e Bisontin·e non élu·e n’a pris la parole au cours de la soirée.
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Un débat de fond quasi impossible ?
De façon plus générale, sur le fond, il y aurait beaucoup à dire. L’essentiel étant peut-être que les élu·e·s de l’opposition municipale, quels que soient leurs partis (« PS », « LFI », « PCF » ou « les Écologistes ») ont estimé ne pas avoir obtenu de manière quasi systématique de réponses à leurs questionnements, ce qu’iels ont fait remarquer au maire tout au long de la séance. À commencer par l’écologiste Anthony Poulin, lors du 3eme point abordé dans l’ordre du jour, lorsqu’il évoque le budget de la ville : « Le fait qui m’interroge, c’est qu’alors que les collectivité empruntent à des taux autour de 3,5 et 3,6 %, nous avons ici à Besançon, fait un prêt signé cet été à 4% de taux. J’aurais souhaité connaître les détails de l’utilisation de cet argent public et pourquoi et quelles étaient les conditions pour lesquelles vous avez choisi cet établissement bancaire et ce type de prêt ? »
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Anthony Poulin et Anne Vignot, élu·e·s d’opposition à la marie de Besançon, lors du conseil municipal du 17 septembre 2026 – Crédit : ville de Besançon.

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Sur ce point précisément, la majorité municipale est relancée à deux autres reprises par Séverine Véziès de « LFI », mais aussi par Aline Chassagne du « PCF », qui demandent des comptes, en particulier sur la gestion de l’eau par la ville au cours de la période estivale. « Quelques questions très simples qui amènent des réponses précises et de transparence (…) Cet été, nous avons eu différents propos et nous vous avons interpellé sur les politiques que vous avez menées par rapport à la gestion de l’eau et aux prioritées données par votre équipe et vous-même sur l’arrosage des fleurs et du stade. Nous avons besoin de plus d’informations et de transparence au coût que cela a supporté par rapport aux habitants et nous savons par ailleurs qu’il y a eu des travaux faits la nuit. Quel coût pour les habitants de notre ville par rapport à une gestion de l’eau irresponsable, comme cela a pu déjà vous être renvoyé ? » insiste Aline Chassagne.

En retour, le maire en personne a alors introduit des éléments de réponse en ces termes : « Je vais céder la parole à différents élus qui vont vous apporter quelques éléments de réponses et nous allons aussi rétablir quelques vérités parce que surfer sur des fake news et des mensonges, très clairement, nous allons vraiment le remettre en cause ce soir dans cette assemblée et c’est bien que tous les Bisontins puissent l’entendre ».

Le chargé à l’urbanisme poursuivra également, en réponse aux interrogations et à la demande d’information de l’opposition communiste : « Être la cible des communiste en matière de fleurissement, c’est plutôt rassurant. C’est le signe que nous sommes sur la bonne voie. Une voix différente de la vôtre et surtout la voie que les bisontins et les bisontines ont choisi le 22 mars dernier. Concernant le bilan, il ne vous aura pas échappé que la saison n’est pas terminée et donc que l’heure du bilan n’est pas arrivée non plus. Vous aurez donc ce bilan en tant voulu », répond le 10e adjoint, Guillaume Bailly. Il poursuit en détaillant un autre bilan, celui de l’ancienne majorité municipale concernant la gestion de l’eau. Une méthode d’argumentation qui sera utilisée à plusieurs reprises et en longueur au cours de ce conseil municipal, par d’autres élu·e·s de la majorité.
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Guillaume Bailly, adjoint en charge de l’urbanisme au conseil municipal à Besançon le 17 septembre – Crédit : ville de Besançon.

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Mais c
es éléments de réponses récurrents n’ont pas satisfait l’opposition, qui a fait remarquer à plusieurs reprises au cours de la soirée que la majorité « ne répond pas aux questions légitimes des élu·e·s d’opposition ». Martin Mellion, conseiller municipal d’opposition affilié à « LFI » expliquera quant à lui, se référant à la loi : « En tant qu’élu·e, on doit avoir accès à ces informations, encore plus si on les demande. C’est le code général des collectivités qui le précise. (…) Mais même en tant que citoyen, on a les mêmes droits. Les citoyens eux aussi peuvent demander des informations selon le code des relations entre le public et l’administration (art. L311-1) », commente-il.
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Quelques points d’accord malgré tout…
En dépit des tensions palpables dans quasiment toutes les discussions menés lors de ce conseil, il est aussi à noter que l’assemblée a parfois su se mettre d’accord. Parmi les interventions faisant l’unanimité, on retrouve la condamnation unanime à la suite des saluts nazis survenus au Musée de la résistance et de la déportation de Besançon au cours de l’été. « Nous continuerons à dénoncer (…) l’ensemble des provocations commises, en particulier dans ce lieu de mémoire, et je pense que c’était une bonne chose que vous vous exprimiez à ce sujet madame Werthe », commente l’Écologiste Anthony Poulin lors de sa première intervention. Autre condamnation unanime, celle de l’agression perpétrée à l’encontre d’un jeune mineur à la gare de Besançon-Viotte par un militant d’extrême droite formulée de nouveau par Anthony Poulin et à laquelle s’est jointe Christine Werthe.

Malgré ces points d’accord importants mais brefs, la faiblesse de certains arguments sur les nombreux autres sujets, et les questionnements récurrents demeurant sans réponse de l’opposition, sont à souligner. Car sur la forme, le bilan de ce conseil municipal est loin d’être rassurant.
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« Gardez votre sang-froid, Mme Véziès ! »
Les réactions sur les réseaux sociaux après le conseil municipal ont de quoi étonner. Après 1h du matin et huit heures de discussions souvent tendues, le maire ainsi que les élu·e·s d’opposition de « La France insoumise » ont fait chacun de leur côté le bilan de la soirée. Après le conseil municipal, Séverine Véziès expliquera dans une vidéo : « Nous posons un certain nombre de questions à M. Fagaut pour pouvoir délibérer en toute connaissance de cause et force est de constater qu’il a décidé de ne donner aucune réponse à l’opposition, à part son mépris, sa violence et son arrogance », indique-t-elle. 

D’ailleurs, le début de soirée a aussi été marqué par un moment de tension notable entre l’édile « LR / Nouvelle Énergie » et Séverine Véziès notamment, alors que la coordinatrice « LFI » terminait son propos concernant l’emprunt contracté par la ville : « On pourrait jouer à ‘Où est Charlie ?’ Mais là, c’est ‘Où sont les factures ?’, donc monsieur Bailly, où sont les factures que mon collègue vous a demandées ? Je tiens à vous dire que nous avons saisi la « CADA » puisque nous n’avons pas de réponse. Et il est de notre droit en tant qu’élu·e·s d’avoir accès à ces factures », s’exprime l’élue à l’attention de Guillaume Bailly, adjoint à l’urbanisme. Elle ajoute ensuite à Clément Darcq, concernant la boutique Jeanne Antide  : « Nous recueillons des témoignages, c’est factuel. Vous, vous affirmez des choses, nous recueillons des témoignages d’usagèr·e·s qui ont peur, en effet, de se prendre des amende de 150 euros en allant devant la boutique Jeanne Antide. Ce sont des témoignages de jeunes hommes qui ne savent pas où aller dormir, qui dorment dans une tante et à qui on prend leur tente. Où vont dormir ces jeunes personnes ? Et quand on demande comment on peut récupérer ces tentes, il n’ y a pas de réponse ».
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Séverine Véziès s’exprime au conseil municipal du 17 septembre 2026. À sa droite, se tient Martin Mellion et à sa gauche Hélène Magnin-Feysot. – Crédit : ville de Besançon.

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Le maire réplique alors : « Gardez votre sang-froid, Mme Véziès ! ». Il n’accepte pas de redonner la parole à l’élue d’opposition pour qu’elle puisse répondre à cet impératif. « Vous n’avez pas la parole, respectez les élus de cette assemblée, Madame Véziès ». Une séquence pour le moins troublante car lors de son intervention, Séverine Véziès n’a fait usage d’aucune insulte ou attitude violente… Un peu plus tard, l’écologiste Anne Vignot s’est aussi offusquée lors de sa prise de parole de cette attitude aux relents plus que douteux, ce qui a semblé agacer le maire de la ville, qui lui a aussi coupé la parole à plusieurs reprises. La séquence sous forme de parenthèse s’est dénouée avec la remise au point de Séverine Véziès, accueillie par quelques sourires condescendants.

Que retenir de ce conseil municipal tout en longueur ? Sur le fond, la plupart des questions légitimes soulevées par l’opposition n’ont pas su trouver de réponse satisfaisante. Il semblerait que la majorité municipale soit toujours à la recherche de ses marques, ayant été élue au mois d’avril dernier. Toutefois, l’argument de l’arrivée récente n’est pas éternel et il est évident que les élu·e·s d’opposition réclameront encore et toujours des comptes et des réponses claires et transparentes à leurs questions. Enfin, sur la forme, il semblerait que le respect réciproque dans les échanges, valables pour chacun et chacune, soit une évidence à rechercher à l’avenir en vue de produire des discussions constructives pour l’avenir de tous les Bisontins et de toutes les Bisontines.

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Myriam Bendjilali

Illustration d’en-tête : capture d’écran du maire de Besançon, Ludovic Fagaut, au conseil municipal à Besançon le 17 septembre 2026 Crédit : ville de Besançon.