Autocollants, dégradations, croix gammées… À Besançon-Battant, l’extrême droite tente d’imposer sa loi
Une vague d’atteintes inédites secoue le quartier Battant, confronté depuis quelques mois à des exactions ostensiblement signées par l’extrême droite radicale. Autocollants, pochoirs, graffitis envahissaient déjà les rues presque quotidiennement. Un écho à une présence qui ne se cache plus, notamment via les cercles royalistes attachés aux offices de l’église Sainte-Madeleine. Mais à cette propagande agressive, déjà pesante, se sont aujourd’hui ajoutés en parallèle les raids ciblés visant prioritairement les établissements et institutions désignés comme « humanistes ». Confronté·e·s aux profusions de croix gammées autant qu’aux menaces désormais explicites, riverain·e·s, commerçant·e·s, activistes, témoignent pour notre reportage.
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« On m’a menacé, jusque devant mon domicile »
À l’enseigne Gaëtan Leroux, c’est la stupeur qui domine. Maitre-artisan depuis près de trente ans, il égraine les péripéties qui s’accumulent. « Début juin, j’ai viré un client. Le type, très looké, m’expliquait qu’il fallait s’occuper des ‘bicots’ en lançant une guerre civile. Aucun problème pour avoir des désaccords sur des sujets sensibles, mais les appels à la haine n’auront jamais leur place entre mes murs. Il avait promis qu’on en resterait pas là, depuis j’en prends plein la gueule ». Cette figure évoque alors les svastikas taguées à la bombe dans sa cour, les inconnus bombers/crânes rasés l’interpellant dans la rue pour lui dire « on sait où tu vis » ou « tu devrais faire plus attention », ses véhicules régulièrement dégradés. Une série édifiante, qui a trouvé son apothéose dans la nuit de jeudi à vendredi.
« Mon camion, garé rue Léon Deubel, a été couvert de croix gammées, trois pneus crevés. Dans le même temps, à la boutique, rue Battant, différentes alimentations ont été sectionnées, le téléphone et internet étant mis hors-service et mon affaire paralysée. Ce qui m’agace, c’est que la mairie et les médias ont évoqué un acte de vandalisme sur un banc. Oui, d’accord, il faut le signaler, mais les choses sont infiniment plus graves ». Alors que les plaintes s’accumulent, le tenancier craint pour sa vie. « On m’a menacé, jusque devant mon domicile. Ce qu’on me fait payer, c’est d’assumer des principes. Si je rejette les étiquettes, par contre, ma boussole, c’est l’ouverture, la tolérance, le vivre-ensemble, permettre que la culture soit accessible aux classes populaires. À ce rythme, il va m’arriver quoi demain ? »
Illustration des dégâts découverts ce matin, visant particulièrement la camionnette professionnelle de Gaëtan Leroux – Crédit : Walden.
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La « Fraternité Saint-Pierre » en épicentre ?
Dans le secteur, certaines références ne sont pas plus épargnées. « L’union départementale CGT est souvent visitée ; pas plus tard que le 14 septembre, on a ainsi trouvé deux croix gammées et notre logo complètement arraché. On avait déjà l’habitude des stickers monarchistes ces derniers temps, est-ce que ça a un lien ? » s’interroge un permanent. Plusieurs patron·ne·s abordent spontanément ces fameux visuels, devenus récurrents dans la zone. « Ils visent le plus souvent des gouttières et panneaux, mais on en retrouve aussi parfois sur nos devantures. Bizarrement, avec une certaine insistance s’agissant d’alimentaires afghans, turcs ou libanais » se désole par exemple un gérant de la rue d’Arènes. « Il y a aussi des tags sauvages et des pochoirs à la fleur de lys » complète un collègue.
À l’origine de ces sessions, le « Cercle d’Action Légitimiste » (CAL) fondé fin 2025 par un étudiant. Un groupuscule rangé derrière la maison de Bourbon, aux forts accents nationalistes et catholiques. Ses membres sont des fidèles de la « Fraternité Sacerdotale Saint-Pierre », une congrégation traditionaliste installée à Sainte-Madeleine depuis 2009. Où on retrouve, pèle-mêle, des nostalgiques de l’absolutisme, la porte-parole de « Némésis », divers proches des « Vandal Besak », ou des pontes du « Rassemblement National ». « Cette faune, elle s’exalte à pavoiser dès la sortie des messes. Je ne peux pas affirmer que les croix gammées sont de leur fait, ni que les prélats sont au courant. Mais tout ça participe d’une même dynamique de l’extrême droite sur Battant » analyse un riverain.
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Un quartier populaire, de gauche et antifa
Alors qu’une agression politique est survenue le 14 septembre, beaucoup se remémorent également les « descentes » d’antan. Comme le 19 mai 2023, lorsqu’une vingtaine de néofascistes entendaient « instaurer la terreur auprès des habitant·e·s, client·e·s de bars et gens de passage ». « Sur toutes les artères possibles, c’est à mon bar que ces fachos sont allés. Une violence crue, qui compense mal une absence totale d’ancrage, inenvisageable à Battant » expliquait Méghane Schevènement pour « les Passagers du Zinc ». Plus récemment, le 15 février, une dizaine de néonazis s’étaient retrouvés, la nuit tombée, passerelle des Glacis, pour déployer une banderole en hommage à Quentin Deranque, « dans un quartier antifasciste de Besançon » dixit leur revendication via « Telegram ».
Quartier prioritaire, lieu de naissance de Proudhon, bureaux qui ont placé « la France Insoumise » en tête des présidentielles de 2022, siège de la maison du Peuple, de la librairie « l’Autodidacte » ou du local associatif « SCOPS », c’est peu dire que Battant fait figure de bastion. Ainsi, lorsque, le 10 septembre dernier, trois néonazis étaient attablés « au Porto », l’information a rapidement circulé. « Même moi, qui me fiche de la politique, j’ai été mise au courant le jour-même. Quand vous avez anti-antifa sur votre tee-shirt et collez des croix celtiques, ici ça ne passe pas inaperçu. Dans ce petit village, nous ne voulons pas de ces idées. Cet état d’esprit, il est encore solidement ancré. Face aux actualités détestables que j’apprends ce jour, on fera bloc » résumait une vendeuse quai Veil-Picard.
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Officiellement, Ludovic Fagaut condamne
Attendu à la suite de ses mises en scène dénonciatrices et autres mesures de censure visant les voix opposées à la « loi permis de tuer », le maire Ludovic Fagaut a réagit à travers un communiqué publié à 09h07 sur « Facebook » : « Ces actes sont graves et inacceptables. Ces symboles de haine, de racisme et d’antisémitisme n’ont pas leur place dans l’espace public ni dans notre ville. Face à ces faits, une plainte sera déposée afin que les auteurs puissent être identifiés et répondre de leurs actes devant la justice. Nous appelons à la plus grande vigilance et réaffirmons notre attachement au respect, à la dignité et au vivre-ensemble ». Dans une version actualisée à 11h26, il précisait : « Nous condamnons également avec la plus grande fermeté les dégradations commises à l’encontre d’un commerçant. Grâce à la vidéoprotection, un premier individu a pu être interpellé. Ces actes sont inacceptables et doivent être pleinement sanctionnés ».
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Toufik-de-Planoise
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Illustration d’en-tête : Aperçu du quartier Battant en 2026, depuis le quai Vauban – Crédit : Toufik-de-Planoise.






