Rentrée des mobilisations : des lycéen·e·s aux secteurs santé et sociaux en passant par les étudiant·e·s

Ce mardi 15 septembre, Besançon semblait être le lieu de rendez-vous des mobilisations. Blocus du lycée Pasteur, rassemblement syndical devant l’ARS pour la santé et le social mais aussi dans le secteur du transport, enfin, tractage, banderoles et prises de paroles au site Mégevand de l’Université Marie et Louis Pasteur. Étudiant·e·s et lycéen·ne·s se mobilisaient contre la hausse des APL et des frais d’inscription pour les étudiant·e·s extraeuropéen·ne·s, les syndicats contre la baisse des budgets et des moyens dans leurs secteurs respectifs.

 

Entre mémoire et nouvelle dynamique, Pasteur se mobilise

Aux premières heures de la matinée, discrètement, quelques lycéens et lycéennes s’étaient donné rendez-vous pour organiser le blocage du lycée Pasteur. « L’année dernière, on avait prévenu l’administration, ça s’était mal passé, cette année, on a fait à notre sauce » explique une membre de l’« Union Syndicale Lycéenne » (USL). Un blocage réussi toute la matinée malgré l’ouverture d’une grille rue du Lycée, rapidement colmatée physiquement par les personnes mobilisées. Présente à l’extérieur comme à l’intérieur de l’établissement, la police nationale semblait vouloir décider de qui pouvait rentrer ou ne pouvait pas, prenant leurs directives directement de l’administration, en retrait plus loin dans la cour de l’établissement. Loin de les écouter, les lycéen·ne·s organisaient leur propre barrage filtrant.

Mobilisées contre la suppression des APL pour les étudiant·e·s extraeuropéen·ne·s, les représentantes du mouvement s’expliquent : « C’est une politique xénophobe et nous, les étudiants français, demain nous seront les prochains concernés, nous sommes dans une France qui ne donne plus l’opportunité aux jeunes et aux étudiants de vivre décemment ». Elles relient cette décision du gouvernement à la récente loi de présomption de légitime défense pour les forces de l’ordre, une loi qu’elles qualifient de « permis de tuer ». Sur les murs et dans les mains des protagonistes, on peut voir des pancartes : « On veut étudier pas s’endetter », « Lycéen·ne·s antifas », « On manque nos leçons pour vous en apprendre une » ou encore « Non au permis de tuer » mais aussi le drapeau Palestinien, témoignant d’une volonté de mener une lutte intersectionnelle.

Si ce n’est pas le premier blocage que vit le lycée Pasteur, lieu régulier de la mobilisation lycéenne bisontine, les personnes sur place témoignent d’un engouement particulier : « On a eu quelques conflits avec des élèves qui voulaient rentrer mais surtout beaucoup de soutien, des prépas, des DN MADE sont là, des profs mais aussi des parents d’élèves ». Un succès pour les organisateurices, qui ont aussi pu compter sur d’ancien·ne·s du lycée pour s’organiser et pour qui l’information et la discussion avec les secondes est capitale : « On a un travail à faire avec elleux pour maintenir cette ambiance ». Un choix qui semble faire écho aux mobilisations de l’an passé qui avaient subi une féroce répression, mais aussi un conflit avec l’administration, particulièrement après que le proviseur adjoint avait poussé deux élèves.

De l’enceinte de la faculté jusqu’à l’ARS

Ce jour correspondait aussi à un forum des associations dans le site universitaire de Mégevand, l’occasion pour les militant·e·s de « Solidaires Étudiant·e·s » de porter les même revendications que leurs plus jeunes camarades lycéen·ne·s ; déploiement de banderoles, tractages, débrayages des amphithéâtres auront été le lot de cette journée de mobilisation. La revendication d’une « Université accessible à toustes, sans tri social et discrimination raciste à l’entrée » fait mouche auprès des nombreux étudiants et étudiantes amassé·e·s devant le restaurant universitaire, où des discussions se créent. « On appelle aussi à venir en assemblée générale le 22 septembre à 18h dans l’amphi Donzelot et on en profite pour rappeler la manif de samedi » expliquent des militant·e·s sur place, pour qui cette journée est l’occasion de « donner un nouvel élan militant ».

Mobilisation syndicale il y avait aussi, tout près de la gare Viotte, devant les nouveaux locaux de « l’Agence Régionale de Santé » (ARS) où s’était réuni·e·s travailleurs et travailleuses des secteurs de la santé et du social. Une mobilisation nationale à l’appel de plusieurs syndicats pour réclamer des moyens supplémentaires dans les budgets de la sécurité sociale et dans les budgets généraux de leurs services. « On subit des baisses régulières depuis des années, on a plus les moyens de faire correctement notre travail » explique un représentant syndical avant de poursuivre : « À titre d’exemple, quand j’ai commencé à travailler dans l’aide sociale à l’enfance, on accompagnait les jeunes jusqu’à 21 ans, aujourd’hui c’est jusqu’à 18 ans et il n’y a pas suffisamment de places ni de gens pour s’occuper de tous les enfants ».

Dans leurs tracts et leurs discours, le parallèle est fait entre baisse des budgets de leurs secteurs et augmentations de ceux de l’armement, de la défense et du maintien de l’ordre. « Ça montre bien le choix qui a été fait pour gérer les problèmes sociaux, la répression plutôt que l’accompagnement » fustige une autre travailleuse sociale. « Tous les secteurs vont mal, de la petite enfance jusqu’aux EPHAD » abondent une autre. Des chiffres sont donnés, augmentation de la mortalité infantile, 4,1 pour 1 000 naissances, 2 355 enfants à la rue dont 514 de moins de 3 ans, 30 000 élèves en situation de handicap sans place dans des établissements adaptés et/ou accompagnant·e·s… Une liste qui n’en finit pas, qui semble faire enfler la colère des personnes présentes et qui appellent à une nouvelle journée de mobilisation le 29 septembre.

 

C’est donc une journée bien chargée en évènements militants que « le Ch’ni » n’a malheureusement pas pu suivre dans son intégralité. Mais une chose est sûre, la volonté de lancer un nouveau moment de lutte et de mobilisation dans cette période de campagne présidentielle semble bien là, reste à voir si toutes ces étincelles allumeront vraiment un mouvement durable, qu’il soit sectorisé ou généralisé.

Nadwo

Illustration d’en-tête : Des lycéens et lycéennes allumant des fumigènes lors du blocage du Lycée Pasteur – Crédit : Nadwo.